avril 15, 2021

Toucher le Ciel

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Titre Original : Touch the Sky

De : Adrian Wills

Année : 2012

Pays : Canada

Genre : Documentaire

Résumé :

Le 30 septembre 2009, le fondateur et chef de direction du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, réalisait un rêve qu’il caressait depuis l’enfance et qu’il ne pensait jamais pouvoir concrétiser, à savoir aller dans l’espace. Alors qu’il ne l’attendait plus, l’occasion de s’embarquer dans l’astronef Soyouz pour un séjour de onze jours à bord de la Station spatiale internationale s’est présentée à lui, après qu’un autre milliardaire ait dû se désister et laisser sa place. Sautant sur l’occasion, le Québécois s’est donné comme mission de faire de cette occasion une mission sociale poétique, afin d’amener ses concitoyens à réfléchir au sort de l’eau sur leur planète.

Avis :

Il est des voyages inaccessibles pour le commun des mortels. Des lieux, des défis qui nécessitent un entraînement particulier et surtout des fonds conséquents pour y parvenir. On pense aux abysses et la manière assez complaisante dont James Cameron nous a offert un aperçu avec Aliens of the Deep. Autre fenêtre sur l’inconnu : l’espace. Synonyme de découvertes toujours plus stupéfiantes au cœur d’un environnement hostile (ou de l’absence même d’un environnement à appréhender dans le vide intersidéral), l’espace semble être l’une des ultimes frontières que souhaite repousser l’homme. De nombreux documentaires font l’état des lieux de notre savoir, principalement dans le domaine scientifique.

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Pour Toucher le ciel, Adrian Wills s’éloigne sensiblement de l’aspect didactique de ses homologues. D’ailleurs, il n’a pas la prétention de nous apprendre quoi que ce soit sur le fonctionnement de l’univers. Le cinéaste dirige sa caméra sur la devanture de son métrage : Guy LaLiberté. Le célèbre créateur du Cirque du Soleil a un rêve : découvrir l’espace. Qu’à cela ne tienne, il participe à un programme de voyage touristique au-dessus de nos têtes. En cela, l’intérêt dudit documentaire aurait pu se pencher sur cette branche commerciale embryonnaire (on compte moins d’une dizaine de touristes de l’espace). Or, ce qui paraît clair au départ s’égare de minute en minute.

De l’entraînement du milliardaire à l’atterrissage mouvementé de la capsule au cœur du Kazakhstan, il se déroule un peu tout et n’importe quoi au gré des 90 minutes du film. Dans un premier temps, on évoque les coûts astronomiques de pareil projet, mais on prend soin de taire les finances du « héros » et ce qu’il a dépensé pour se rapprocher des étoiles*. Pourquoi ? Tout simplement, car l’on se penche sur l’éventualité d’ouvrir le voyage spatial aux personnes « ordinaires ». Si une telle entreprise exige des capacités physiques extraordinaires, cela ne fait pourtant pas des astronautes des individus exceptionnels. Des professionnels compétents ? Certainement, mais pour le reste…

S’ensuivent entre deux séances d’entraînement, de tests et d’apprentissage du russe, des témoignages d’anciens astronautes. Ils y racontent leur expérience, leur ressenti et la manière dont ils perçoivent le monde après leur retour sur Terre. Outre le fait de revenir aux clivages de la guerre froide (à croire qu’il n’y a que les Russes et les Américains pour s’être lancé dans la conquête spatiale), on nous affuble de discours patriotiques d’un autre âge. La fierté de porter haut les couleurs d’un drapeau, de se surpasser pour la nation ou la mère patrie. Autant de valeurs et de poncifs qui freinent davantage les découvertes qu’elle ne les encourage. Et ce n’est pas la présence de la station spatiale internationale qui changera ce triste constat.

Les scènes se succèdent sans réelle cohérence avec, en prime, une nouvelle couche d’intermèdes qui revient aux prémices de la conquête spatiale. Youri Gagarine et consorts, marcher sur la Lune, entrevoir une mission pour Mars… Ça bavasse à tout bout de champ sans jamais rien creuser. De temps à autre, on nous affuble de quelques incursions du groupe U2 et de Bono complètement inutiles ou encore les préparatifs d’un spectacle-hommage à Elvis en compagnie de Priscilla Presley. Des séquences qui arrivent comme un cheveu sur la soupe et qui s’oublient d’autant plus vite. On évoque même l’écologie, la fragilité de la planète, le risque d’extinction de l’humanité ou encore le fait de coloniser d’autres mondes.

On a l’impression que le réalisateur brasse tout ce qui lui passe par les mains pour combler les carences narratives de son film. On se rend compte que tout tourne autour de Guy LaLiberté, comme s’il était l’étoile de son propre système solaire. C’est bien simple, rien n’émaille son image de marque ou sa réputation. Même la question du poème dans l’espace est vite expédiée. Sans doute à cause des divergences artistiques entre l’homme d’affaires et monsieur Péloquin, auteur pressenti avant Yann Martel pour composer l’écrit censé éveiller les consciences. En somme, on nous dresse un portrait nombriliste et surfait dont certains pans (Guy sur son yacht, Guy avec sa famille, Guy en train de nager dans la piscine de sa luxueuse villa…) relèguent le documentaire à un épisode pathétique d’une émission de télé-réalité.

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Au final, il est difficile de retenir grand-chose de Toucher le ciel. Au lieu de nous offrir une aventure humaine où les défis technologiques et intellectuels sont prépondérants, on a droit à un film bâclé qui ne parvient jamais à trouver son point d’ancrage. Nanti d’un montage abominable, de choix douteux sur l’exposition des faits, le long-métrage d’Adrian Wills se complaît dans une sorte d’ébahissement permanent où l’on parle de tout ce qui lui passe par la tête sans jamais rien approfondir. La question écologique est en ligne de mire, mais on contourne le problème en évoquant la conquête d’autres mondes, une fois les ressources de la Terre épuisées. Ou comment se tirer une balle dans le pied avec des propos fatalistes et irresponsables. Il demeure une vision hagiographique d’un homme d’affaires qui réalise un rêve d’enfant. Au vu du résultat, on est en droit de se demander s’il ne s’agit pas là d’un caprice…

* N.B. Une petite recherche sur le Net suffit à trouver la somme engagée par Guy LaLiberté pour son voyage, soit 35 millions de dollars.

Note : 07/20

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Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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