Blood Father – Papa Gros Gnons

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Titre Original : Blood Father

De : Jean-François Richet

Avec Mel Gibson, Erin Moriarty, Diego Luna, William H. Macy, Michael Parks

Année : 2016

Pays : France

Genre : Thriller/Action

Résumé :

John Link n’a rien d’un tendre : ex-motard, ex-alcoolique, ex-taulard, il a pourtant laissé tomber ses mauvaises habitudes et vit reclus dans sa caravane, loin de toute tentation.
C’est l’appel inattendu de sa fille Lydia, 17 ans, qui va lui faire revoir ses plans de se tenir tranquille…
Celle-ci débarque chez lui après des années d’absence, poursuivie par des narcotrafiquants suite à un braquage qui a mal tourné.
Lorsque les membres du cartel viennent frapper à la porte de John, ils sont loin de se douter à qui ils ont affaire…

Avis :

On avait quitté Jean-François Richet l’été dernier avec un Moment d’égarement sympathique mais anecdotique, un remake correctement emballé mais qui semblait si loin du style et des préoccupations habituelles du cinéaste qu’on le craignait définitivement blasé du cinéma de genre nerveux qui avait fait sa réputation.

On avait quitté Mel Gibson, lui, en 2014, alors qu’il continuait le come-back fracassant entamé avec Hors de Contrôle en 2010, en affrontant les Expendables de Barney Ross pour leur troisième épisode, dans un rôle de badass aux muscles proéminents qu’on lui avait rarement connu.

Et bien il semble que celui-ci ait décidé de continuer dans cette voie, et que son réalisateur ait conjointement opté pour un retour au polar énervé après sept ans d’absence et son interlude comédie dramatique de 2015, car avec Blood Father on se retrouve dans la tradition la plus pure et la plus directe du cinéma d’action : un enfant qui a des ennuis, un papa qui a des aptitudes, emballez, c’est pesé, la situation va devenir explosive, et Mel va enchaîner les patates et les trous dans le bide, dans le plus grand style John Matrix ou Bryan Mills.

Ou presque.

Mais on y revient tout à l’heure.

Plus exactement, la fille longtemps disparue d’un biker repris de justice reconverti dans la légalité d’un salon de tatouage va refaire surface, poursuivie par les sbires de son trafiquant de drogue de petit ami. Devant des arguments convaincants qui sentent fort la poudre et les couteaux bien aiguisés, la famille ainsi réunie va devoir fuir et chercher refuge dans le passé turbulent du papounet, pour le meilleur, mais très certainement surtout pour le pire.

Un pitch plein de promesses et de bonnes intentions pour un film qui s’est vu offrir les honneurs d’une séance de minuit lors du Festival de Cannes 2016, contribuant un peu plus à l’encanaillement progressif du plus grand festival du monde. Après un film porno en 3D l’année dernière, c’est donc un actioner bourrin qu’on nous promet, réalisé par un vrai bon artisan français, et mené par un Gibson buriné à souhait, à la barbe aussi impressionnante que les biceps.

Autant dire qu’au moment de la projection, l’ambiance est électrique, la salle est comble, et le retard accumulé ne semble même pas gêner les spectateurs qui applaudissent à tout rompre Mel Gibson, son réalisateur Jean-François Richet, et sa partenaire la jeune Erin Moriarty, qu’on avait déjà vu quelques jours plus tôt en sélection dans Un Certain Regard avec Captain Fantastic mené par l’immense Viggo Mortensen.

Bref, on savoure à l’avance le retour aux affaires de William Wallace sous la houlette d’un de nos meilleurs frenchies à Hollywood.

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Pourtant, malgré les promesses du pitch, d’un casting en osmose (on n’oublie pas Diego Luna en salopard cocaïné jusqu’aux os et William H. Macy en voisin placide) et d’une bande-annonce alléchante, ceux qui attendaient une fuite vers l’avant en forme de course-poursuite ultra-vitaminée et violemment jouissive en seront pour leurs frais. L’action de Blood Father se limite à la portion congrue, lors de péripéties qui se contentent du strict minimum dans leur ampleur, pas forcément aidées par une structure scénaristique beaucoup trop linéaire pour remplacer la baston.

Pour prendre en exemple un film similaire dans son déroulement, le Commando de Mark Lester compensait son intrigue ultra-simpliste et sa structure rudimentaire par un étalage presque continu de scènes d’action outrancières, de passage exubérants jusqu’à l’absurde et de punchlines cultes qui confirmaient que, contrairement à ce que dit l’adage, dans une telle situation, le trop n’est jamais l’ennemi du bien.

Richet, lui, se contente de suivre le « petit manuel du polar d’action sans se fatiguer » avec un canevas de départ accrocheur mais pas très original, et un scénario cousu de fil blanc taché de sang, émaillé de quelques scènes d’action, certes sèches et sans fioritures, mais sans le grain de sel qui les élèveraient au-dessus du tout-venant.

Non pas que le français s’embourbe dans une réalisation sans saveur, lui qui a toujours été un efficace artisan, en témoigne son très honnête remake d’Assaut sur le central 13, forcément en dessous de l’original mais fort bien mené de bout en bout.

Seulement, comme le scénario, il semble faire le strict minimum pour un produit bien calibré et sans aspérités, avec le quota de trahisons, de révélations, de poursuites et de brutes qui se toisent. J’ai appris après coup que le scénario n’était pas l’œuvre d’un tâcheron qui régurgite à la chaine des scripts en mode automatique, mais l’adaptation du roman à succès de Peter Craig « Père de sang ». Succès qui apparaît peu compréhensible au vu du résultat, sympathique, pas désagréable, mais qui ressemble douloureusement au tout venant de la production U.S en terme de série B d’action des années 2000.

Reste les personnages.

C’est probablement sur ce point-là que Blood Father réussit à tirer au moins son épingle du jeu.

Là où le scénario suit des rails tout tracés sans dévier d’un iota, et sans oser défourailler plus que nécessaire, l’équipe semble prendre son temps pour brosser des portraits tout en subtilité et en zones d’ombre. Un vrai plus qui permet, malgré le traitement en demi-teinte du reste du film, de s’attacher à l’histoire qui nous est racontée.

D’abord il y a Mel Gibson, comme une entité brute taillée dans un bloc de charisme, qui n’en finit pas, après une traversé du désert de presque huit ans que n’aurait pas renié Mickey Rourke, de laisser la présence de ses personnages porter sa carcasse plutôt que de les adapter au style Gibson. Les yeux fatigués mais vifs, le cuir tanné comme une peau de buffle, la barbe poivre et sel envahissante et les muscles lourds, il porte l’ambiance écrasante du Nouveau Mexique sur ses épaules, monolithe implacable et désabusé, mais avec un coeur gigantesque.

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Sans jamais surjouer le gros dur, simplement en étant là, présent, et vibrant, il dessine un personnage toujours sur le fil et toujours à deux doigts d’abandonner sa placidité pour la fureur, autant prêt à reprendre les armes que la bibine, aussi fragile que sans pitié.

Il est vraiment l’ogre qui bouffe tout l’écran et sans qui Blood Father risquerait de n’être qu’une série B anonyme.

À ses côtés, la jeune Erin Moriarty confirme tout le bien qu’on pensait d’elle depuis True Detective (elle y jouait la fille de l’inspecteur Hart une fois adolescente) et Jessica Jones (où elle campait une Hope Shlottman manipulée par Kilgrave pour tuer ses propes parents) en interprétant une digne fille de son père, fragile et solide à la fois, capable de foncer tête baissée dans les abysses comme de se remettre en question et tenter d’en sortir.

Les deux forment un duo immédiatement attachant et crédible, tenu par un amour réciproque et des relations passées difficiles.

Peu à peu, on finit par se dire que le film s’appuie plus sur cette famille qui se reconstruit dans la douleur, qui réapprend à s’apprivoiser dans la précipitation pour éviter de se faire plomber le derrière, que sur l’accumulation de péripéties et de tensions promise. Au final, l’intérêt de Blood Father se trouve là, dans ce duo père-fille improbable mais au lien indéfectible (et ce malgré un épilogue passablement couillon dans sa tornade de bons sentiments), et dans la galerie de personnages qui les entoure.

Car du salopard le plus increvable au soutien le plus bienveillant, mafieux et bikers, mercenaires et voisins, tous sont brossés à l’économie et subtilement charismatiques, parfaitement investis par des interprètes aussi talentueux que Diego Luna et William H. Macy donc, mais aussi Michael Parks en ancien complice pas très net, ou encore ce vieux briscard de Miguel Sandoval (Manuel Devalos dans la série Medium) et cette trogne féminine de Dale Dickey (qu’on retrouvera dès la semaine prochaine dans Comancheria).

Cette acuité et cette attention portée aux personnages et à leurs relations élèvent Blood Father un peu plus haut que là où sa maigre intrigue et sa réalisation solide mais un peu simpliste l’avaient laissé, et en font un film sûrement recommandable, mais pas assez dense pour laisser une empreinte inoubliable.

Note : 13/20

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Par Corvis

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