octobre 27, 2020

Rester Vertical – Lozère, Ton Univers Impitoyable

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De : Alain Guiraudie

Avec Damien Bonnard, India Hair, Raphaël Thiéry, Christian Bouillette

Année : 2016

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Léo est à la recherche du loup sur un grand causse de Lozère lorsqu’il rencontre une bergère, Marie. Quelques mois plus tard, ils ont un enfant. En proie au baby blues, et sans aucune confiance en Léo qui s’en va et puis revient sans prévenir, elle les abandonne tous les deux. Léo se retrouve alors avec un bébé sur les bras. C’est compliqué mais au fond, il aime bien ça. Et pendant ce temps, il ne travaille pas beaucoup, il sombre peu à peu dans la misère. C’est la déchéance sociale qui le ramène vers les causses de Lozère et vers le loup.

Avis :

Réalisateur à part et surtout libre dans le paysage du cinéma français, les films d’Alain Guiraudie sont autant d’objets filmiques qu’ils divisent à leurs sorties. Certains hurlent au génie, d’autres trouvent l’ensemble à dormir debout. Bref, face au cinéma d’Alain Guiraudie, on ne reste pas indifférent et c’est bien souvent la surprise qui s’invite au moment de la découverte. Une surprise bonne ou mauvaise, ce sera à vous de juger, mais en tout cas, chaque film est bien différent de ce à quoi l’on s’attend et « Rester Vertical » n’échappera pas à la règle.

Trois ans après son superbe huis-clos « L’inconnu du lac« , Alain Guiraudie est de retour avec intrigue perdue dans les grands espaces de la Lozère. « Rester Vertical » se veut être une fable poétiquement absurde sur le parcours atypique d’un homme, mais à la place d’être poétique et touchant, c’est surtout un film glauque, irritable et brouillon que va nous livrer le réalisateur. On aurait adoré retrouver le magnétisme de cet « Inconnu du lac« , mais rien n’y fera, Alain Giraudie nous entraîne dans une intrigue longue, chiante et terriblement difficile d’accès, car elle est en roue libre totale. « Rester Vertical » abordera bien des sujets, mais sans jamais entrer dedans et au final, ça agace, ça catastrophe même devant l’absurdité de cette histoire qui ne tient pas debout. Et il en ressort du nouveau film de Guiraudie une œuvre vague qui rime bien souvent avec le misérabilisme et le soporifique…

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Léo est un scénariste en manque d’inspiration. Cherchant à voir des loups en Lozère, il fait la connaissance de Marie, une bergère. Le courant passe bien entre eux. Ils passent même si bien qu’un enfant va naître de leur relation. Mais Marie, qui est déjà mère de deux enfants, ne se voit pas avec un autre enfant. Elle quitte alors Léo et le laisse seul avec le bébé. Mais Léo a une vie instable et se retrouver seul avec un gamin, même s’il aime ça, s’avère terriblement complexe.

« Rester Vertical« , c’est l’exemple type du film qui a tellement de bons sujets à mettre en images, qui veut parler de tout, mais qui finalement ne parlera de rien. Il parlera même si bien de rien, qu’on finit par se demander à la sortie de la séance de quoi Alain Guiraudie a vraiment voulu nous parler pendant cette petite heure quarante qui s’est fait ressentir comme quatre…

Et cette sensation est d’autant plus dommage que « Rester Vertical » est un film qui aborde des sujets aussi durs qu’importants. Avec ce film, Alain Guiraudie parle de l’amour et de la mort. Il parle, évoque et met en lumière la France profonde, celle qu’on ne voit jamais sur les écrans. Il parle de la famille, de ce moment unique où l’on devient père et responsable d’un être. Il aborde la solitude et l’abandon de certaines personnes âgées. Il parle aussi de l’homosexualité, le désir, ou encore la honte ou comment se cacher ou même se réprimer toute sa vie. « Rester Vertical » allume aussi ses projecteurs sur le problème des éleveurs et de la réintroduction des loups dans certaines régions. Un sujet qui revient souvent, car « ici, le loup tue… », un problème épineux et important.

Bref, « Rester Vertical » est un film extrêmement riche dans ses idées. C’est un film courageux qui a le mérite de mettre en lumière certaine choses et de poser de vraies questions. Donc sur le papier et dans ses idées, évidemment qu’on ne peut qu’espérer trouver un bon film.

Mais voilà, malgré les bonnes idées, malgré les magnifiques images qu’Alain Guiraudie met en boite et malgré ce final incroyable, « Rester Vertical » est un film grotesque, ridicule et qui ne tient pas la route dans la trajectoire qu’il offre à son personnage principal. La trajectoire de ce personnage, justement, pourrait ressembler à une véritable odyssée, mais c’est chez le spectateur que l’odyssée se déroule pendant les très longues minutes que dure le film d’Alain Guiraudie.

Ce qui est terriblement dérangeant avec ce film, c’est le fait qu’Alain Guiraudie parte dans tous les sens, essayant de parler de telle ou telle chose. « Rester Vertical » aurait gagné à se concentrer sur deux ou trois sujets et les explorer à fond, car ici, avec sa multitude de sujets, finalement le réalisateur ne traite rien, il laisse tout en suspens, il n’offre aucun ligne à son film et surtout, il tombe dans le poussif. Il arrive tant de choses absurdes au personnage de Léo que parfois c’est risible et sur le tout, ça n’a ni queue ni tête. Puis c’est très souvent amené de manière grossière et totalement gratuite. Exemple, la dernière scène entre Damien Bonnard et Christian Bouillette s’invite de manière gratuite et laisse une sensation de malaise et d’incompréhension. C’est glauque, malsain, misérable et l’on se demande pourquoi une telle situation. Alors peut-être faut-il plusieurs visionnages de l’œuvre pour en comprendre toutes les subtilités et les choix d’Alain Guiraudie, mais malheureusement pour « Rester Vertical » l’exercice est tellment dur à finir la première fois, qu’on n’a pas envie de s’y replonger tout de suite, voire même jamais…

« Rester Vertical » est un film qui agace aussi par le choix noir et glauque de sa mise en scène et des moments qu’Alain Guiraudie a décidé de filmer. Là encore, c’est une impression de gratuité qui s’invite. On a la désagréable impression que le réalisateur tombe dans le « sensationnel », le choquant ou le sexuel pour que son film reste en tête. Quand on y pense, tous ces moments de sexe, cet accouchement ou encore la façon de parler des homosexuels n’approfondissent pas l’intrigue et finalement, on se demande quelle est la démarche du réalisateur. Pourquoi ce côté choquant ou ce côté misérable pour nous raconter le destin de Léo ?

Reste toutefois un acteur incroyable de magnétisme. Et même s’il n’arrive pas à nous convaincre, car l’histoire part totalement en vrille, on ne peut que constater que Damien Bonnard est une belle révélation et que sans lui, le film de Guiraudie serait encore plus difficile à regarder. Car si le film et l’histoire laissent de marbre, Damien Bonnard arrive parfois à nous toucher. Des moments rares, mais qui au milieu de pas grand-chose, font du bien. On pourra mettre aussi une jolie mention pour India Hair qui est peu présente, mais se fait elle aussi remarquer. Pour le reste du casting, c’est malheureusement aussi difficile que le film lui-même. Entre des personnages ridicules (Raphaël Thiéry) et détestables (Christian Bouillette), « Rester Vertical » ne fait pas grand-chose pour nous aider à entrer dedans et être emmené par ses personnages. Puis il y a Basile Meilleurat qui est absolument atroce. Si à peu près tous les personnages sont détestables, leurs comédiens qui les incarnent se défendent bien, mais le jeune Basile Meilleurat quant à lui, n’a pas une seule réplique bien placée. Son jeu est une absence de jeu, ce qui est terriblement agaçant, car ça s’ajoute à un personnage qui n’a ni queue ni tête.

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On ressort donc de « Rester Vertical » éprouvé, agacé et frustré ! Alors qu’Alain Guiraudie avait su offrir de bons films qui parfois avaient aussi des côtés scandaleux et sulfureux, jamais il n’était tombé dans le glauque et la gratuité du malsain. Il avait toujours su trouver le ton juste. Mais ici, « Rester Vertical » laisse sur le carreau et quand le générique final finit par enfin arriver, la seule émotion qui nous traverse, c’est la joie de quitter notre fauteuil pour enfin aller respirer !

Note : 05/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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