décembre 5, 2020

Coming Home

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Titre Original : Gui Lai

De : Zhang Yimou

Avec Gong Li, Chen Daoming, Zhang Huiwen, Guo Tao

Année : 2014

Pays : Chine

Genre : Drame

Résumé :

Lu Yanshi, prisonnier politique, est libéré à la fin de la Révolution Culturelle. Lorsqu’il rentre chez lui, il découvre que sa femme souffre d’amnésie. Elle ne le reconnait pas et chaque jour, elle attend le retour de son mari, sans comprendre qu’il est à ses côtés.

Avis :

Zhang Yimou est l’un des plus grands réalisateurs chinois, si ce n’est le plus grand ! Voilà presque trente ans maintenant que le réalisateur officie et enrichit très régulièrement le cinéma chinois de pépites inoubliables. S’aventurant dans tous les genres ou presque, le réalisateur réussit tout ce qu’il entreprend. Si le début des années 2000 l’a vu partir dans le film d’arts martiaux avec « Tigres et Dragons« , « Hero » et « Le secret des poignards volants« , le réalisateur s’était aventuré par la suite dans le drame shakespearien avec l’incroyable « La cité interdite« . Par la suite, il se tente au film de guerre avec « Sacrifices of War« , mené par Christian Bale.

Zhang Yimou aura pris alors trois années pour revenir, mais quel retour bouleversant il va faire ! Marquant son onzième film avec son actrice fétiche, la fabuleuse Gong Li, le réalisateur revient avec un drame impérial. Un drame d’une beauté renversante qui sert la gorge. Un drame qui mouille les yeux et que l’on suit avec passion. Revenant avec un sujet dur et injuste, Zhang Yimou livre sans conteste l’un de ses plus beaux films. Un véritable moment en dehors du temps. Bref, « Coming Home » est un grand film et un véritable coup d’amour !

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Lu Yanshi fut un prisonnier politique condamné sous le régime de Mao. Séparé de son épouse et de sa fille depuis une vingtaine d’années, il est alors remis en liberté quand le régime de Mao s’écroule. Lu Yanshi est pressé de revoir les siens, mais quand il rentre chez lui, sa femme ne le reconnaît pas. Il apprend que son épouse souffre d’amnésie et la seule certitude qu’elle a, c’est que le cinq du mois, son mari est libéré. Lu Yanshi va alors tout faire pour que sa bien-aimée, qui le rejette, retrouve la mémoire et finisse par le reconnaitre. Mais chaque jour qui passe, rien n’y fait, Feng Wanuy attend son mari, sans savoir qu’il se tient tous les jours à ses côtés.

« Coming Home » est un film d’une richesse incroyable. Devoir de mémoire, drame familial, film sur la rédemption et le poids d’une trahison, Zhang Yimou aborde les méfaits de la révolution culturelle. Il aborde l’amour inconditionnel, la famille. Le film parle d’espoir, de vie, de souffrance, de torture même avec le poids des secrets. Bref, Zhang Yimou tient là un scénario en or massif, qu’il va mettre en image avec une légèreté bouleversante, tout en restant sérieux. Magnifique, poignant, reversant, « Coming Home » traite d’une multitude de sujets, mais à aucun moment il ne se perd. Zhang Yimou sait parfaitement ce qu’il veut nous raconter, comment il veut nous le raconter, appuyant sur tel ou tel évènement qui renverra de manière appuyée ou subtile vers des sous-entendus qui démonteront l’injustice, l’absurdité ou la douleur de ce régime.

Ce qui est assez incroyable avec « Coming Home » c’est la façon pleine de délicatesse et surtout de discrétion avec laquelle Zhang Yimou parle de ces injustices, cette pression et cette répression absurde. Le réalisateur ne juge aucun de ses personnages, il nous les montre dans ce qu’ils ont de plus vrai, de plus simple, dans leur contradiction et c’est ce point de vue, sans appuyer sur le bien ou le mal de tel ou tel évènement qui fait que son film est si touchant.

Quelques lignes plus haut, je parlais de discrétion, car « Coming Home« , même s’il parle beaucoup du régime de Mao, c’est entre les lignes qu’il en parle. « Coming Home » est aussi et surtout un drame bouleversant. Une histoire d’amour incroyable. Une histoire d’amour d’une simplicité magnifique. Un homme et une femme ont été séparés pendant une vingtaine d’années, mais chacun d’eux n’a jamais enseveli l’espoir de retrouver l’autre. Et alors que cet amour aurait pu de nouveau brûler, la vie en a décidé autrement. Sans aucun pathos, sans cliché, tout en délicatesse, en regard, en apesanteur, dans une mélodie qui se répète, Zhang Yimou nous livre un grand film d’amour. Un film qui parle et décrit l’amour comme rarement. Et les personnages sont d’une justesse incroyable. Le personnage de Lu Yanshi nous sert la gorge. Le scénario invente en permanence de nouvelles idées pour faire revenir la mémoire dans cette femme aussi souriante à l’extérieur qu’elle est éteinte à l’intérieur. Ce qui est génial aussi, c’est que Zhang Yimou trouve le ton juste pour ne pas que son film, malgré la tristesse qui le parcourt, ne sombre dans le déprimant. Le réalisateur a insufflé à son intrigue et son film quelque chose de lumineux, quelque chose qui malgré les scènes les plus dures et les plus tristes, malgré ce final déchirant, fait que « Coming Home » est teinté d’espoir en permanence. On ressort donc de ce film, ému, troublé, impressionné même, mais à aucun moment on en ressort le cœur lourd, déprimé ou autre. Zhang Yimou a su faire un grand drame plein de lumière.

Cette lumière vient aussi de son casting fabuleux. Porté par sa muse Gong Li, le réalisateur offre à son actrice son plus beau rôle depuis « La cité interdite« . Sans aucun glamour, vieillie, fatiguée, le teint fade, le personnage est complexe, contradictoire, torturé à l’intérieur et Gong Li campe cette femme de manière incroyable. En permanence sur un fil, l’actrice nous touche au plus profond. Son sourire en dit tant, ses silences aussi. Son regard, elle est simplement bouleversante. En face d’elle, on trouvera Chen Daoming qui incarne ce mari, présent et absent. L’acteur, qui est une découverte, est tout aussi bouleversant que Gong Li. Il déborde d’amour pour cette femme et l’on sera particulièrement ému, quand ce dernier tente telle ou telle chose afin qu’elle retrouve ne serait-ce que les bribes d’un souvenir. Plusieurs fois même, on va rester comme en apesanteur, guettant une réaction qui ira dans le bon sens. Et l’on appréciera, même si l’on déteste sur l’instant, que Zhang Yimou joue avec ces souvenirs qui pourraient ressurgir. On notera aussi un rôle magnifique pour la jeune et talentueuse Zhang Huiwen qui incarne avec complexité et regret la fille du couple.

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Avec « Coming Home« , Zhang Yimou a donc placé la barre très haute et c’est une franche et magnifique réussite. « Coming Home » est un film prenant, dur, qui traite de sujets difficiles, aussi dans bien dans son intrigue principale que sa sous-intrigue qui parcourt discrètement tout le film. Maîtrisé de bout en bout, tout le temps sur le fil, sans jamais tomber dans la gratuité d’un pathos, Zhang Yimou nous offre un drame impérial qui bouleverse et fait tant de bien en même temps.

Note : 20/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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