novembre 30, 2020

Stephen King – Nuit Noire, Etoiles Mortes

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Résumé :

Recueil de quatre nouvelles ayant pour thème commun la double personnalité sous différentes formes.

1922 ou comment un homme a tué sa femme

Grand chauffeur ou la vengeance d’une femme violée

Extension claire ou un deal avec le diable

Bon ménage ou comment découvrir que son mari est un serial killer

 

Avis :

Quand on est un maître du suspense et de l’horreur, forcément, des tas de fans attendent avec impatience le dernier roman ou les dernières nouvelles de cet écrivain. Stephen King est depuis longtemps le roi incontesté du roman horrifique ou à suspense, autant connu pour ses romans variés (Carrie, Cujo, La Ligne Verte) que pour ses recueils de nouvelles (Danse Macabre, Brume). Nuit Noire, Etoiles Mortes est son dernier recueil avec à l’intérieur quatre nouvelle dont le thème récurrent est la schizophrénie ou encore le réveil de cet autre que l’on a en nous. Plutôt déçu par certains romans comme Roadmaster, c’est avec un petit frisson de crainte que j’ouvre ce bouquin, espérant lire et avoir bien peur. Alors qu’en est-il vraiment ? Les nouvelles sont-elles toutes au même niveau ? Le King a-t-il retrouvé son verbe et son talent ? Décryptons rapidement ces quatre histoires bien différentes.

La première histoire s’intitule 1922 et a pour cadre la campagne américaine profonde, avec ses immenses champs de maïs et ses familles d’agriculteurs parfois rustres, mais parfois aisées. On va donc lire la confession d’un fermier qui écrit ce qu’il a fait à sa femme et ce qu’il lui arrive aujourd’hui. L’emploi du « je » permet une identification rapide au personnage et à son histoire. Sur une histoire de tuerie banale, King va appuyer son récit sur une folie grandissante et une descente aux enfers sans concessions. On se sent mal à l’aise quand on lit cette nouvelle, car on hésite entre prendre en sympathie ce pauvre homme qui a écouté son plus bas instinct pour échapper à l’industrialisation et à la ville en tuant sa femme, et le détester pour la manipulation qu’il utilise envers son fils, le faisant sombrer avec lui. Le récit est vraiment dur, on ressent vraiment cette perte de contrôle et on ne sait pas, comme le personnage, si ce qu’il lui arrive avec les rats est réel ou juste un fantasme après le meurtre de sa femme et le destin tragique de son fils. King s’emploie à brouiller les pistes et il le fait avec brio, malgré parfois des moments plus faibles et un peu longuets. Les moments macabres et gores sont assez nombreux, allant parfois à la surenchère, mais cela montre bien la dégénérescence du père de famille qui a écouté le Rusé qui sommeille en lui.

La deuxième nouvelle s’intitule Grand Chauffeur et reste bien plus classique. On assiste ici au viol d’une écrivaine de romans policiers par un homme gigantesque le long d’une route. Laissée pour morte, elle rentre chez elle et refuse d’appeler la police, voulant éviter les scoops et les unes des journaux. Seulement, pour toutes les autres femmes qu’il a tuées, elle va vouloir se venger, écouter la tueuse qui sommeille en elle et part en chasse. L’histoire demeure rondement menée, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Mais le seul problème vient du fait que l’histoire a déjà été maintes fois entendue et qu’il n’y a rien de nouveau dans ce récit. Il suffit de regarder des films comme I Spit on Your Grave ou La Dernière Maison sur la Gauche pour connaître ce genre de récit. Alors évidemment, King s’applique dans son travail, il va proposer quelque chose de plus intime, s’appuyant sur les pensées de la victime, sur les raisons de sa vengeance, mais aussi et surtout sur la nécessité de tuer tous ceux qui sont apparentés de près ou de loin au violeur, ceux qui sont au courant. Heureusement, la personnalité de l’héroïne est assez sympathique, faisant parler son GPS ou son chat, montrant la folie qui habite parfois les écrivains et dont surement Stephen King. La fin de cette histoire demeure simple et reste du même acabit que le déroulement, sans grande surprise. On a connu le King en plus grande forme.

La troisième histoire s’intitule Extension Claire et est la plus courte de ce recueil. Il s’agit résolument de ma préférée, car elle contient tout ce que l’homme à de plus mauvais, de plus vil et de plus égoïste. On va suivre un homme atteint par un cancer en phase terminale. Employé de banque, mari modèle au revenu modeste, il s’arrête un soir sur une route et voit un vendeur sur le bas-côté. Discutant avec lui, le vendeur, répondant au doux nom de Dabiel (petit anagramme rigolo) lui explique qu’il vend des extensions, comme des extensions de pénis, des extensions de chance et que pour notre homme, il pourrait lui faire une extension de vie. Seulement, il y a une contrepartie et l’homme doit choisir quelqu’un qu’il déteste et lui apporter un objet appartenant à cet ennemi. Allant droit au but et n’y croyant pas plus que ça, notre héros va apporter un cachet de son meilleur ami qu’il déteste, puisque ce dernier a tout réussi dans sa vie et lui a même piqué la fille dont il était amoureux au lycée. La suite est une succession de bonheur pour notre employé de banque et une descente aux enfers pour son meilleur ami. Mais King ne s’arrête pas en si bon chemin et donne presque des explications farfelues aux différents drames mondiaux comme les attentats du 11 septembre ou la mort de stars. Faisant un récit sans merci, ni répit, King montre un homme lambda profitant de sa vie et de son succès acheté sans une once de remords, malgré les terribles incidents survenant dans la vie de son meilleur ami. Terriblement réel et vraisemblablement inhumain, il dépeint à coup sûr le monde d’aujourd’hui et les modes de pensées actuels où tout s’achète et où le mérite ne vaut plus rien. Un récit qui met mal à l’aise et qui nous balance en pleine gueule la réalité d’un monde purement égoïste.

La dernière histoire s’intitule Bon Ménage et reste une bonne surprise aussi malgré, encore une fois, le manque cruel d’imagination du King. Il s’agit ici de suivre un couple, avec le mari numismate qui doit partir loin pour des pièces rares et sa femme qui reste à son domicile. Elle tombe malencontreusement sur des magazines pornos extrêmes dans son garage et en les repoussant, elle tombe sur une planque et découvre les papiers d’une femme retrouvée morte il y a peu. Ne pouvant croire que ce soit son mari qui tue les jeunes femmes depuis maintenant seize ans, elle préfère réfléchir sur sa conduite à tenir. Sauf que l’homme arrive à brûle-pourpoint et découvre ce que sa femme à découvert. Un deal se met alors en place, l’homme justifiant ses crimes en prônant la schizophrénie. Bien entendu, dans cette nouvelle, il n’y a pas de meurtres ou d’effets gores, à part un, mais il cible plus la prise de conscience de vivre aux côtés d’un monstre et la découverte soudaine de la vraie personnalité de son compagnon. Le tout pose la question de la dénonciation ou du silence, connaissant l’homme avec lequel on a vécu. Reprenant un thème déjà v au cinoche, King ne montre pas quelque chose de neuf, mais il le fait de manière sympathique, sans temps morts et avec un tueur en série plutôt drôle.

Au final, Nuit Noire, Etoiles Mortes est un bon recueil de nouvelles et il fait partie des bons livres du King. Pas spécialement original et exploitant des scénarios déjà explorés par le cinéma, ce livre se laisse lire tout de même grâce au talent de l’écrivain. Je conseille particulièrement Extension Claire, véritable petit bijou sur l’inhumanité de l’être humain et sur le manque total de conscience de notre espèce. Bref, un recueil sympathique, facile à lire et avec du sang et de la schizophrénie.

Note : 15/20

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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