Eths – Ankaa

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Avis :

S’il y a bien un domaine musical qui n’est pas du tout mis en avant en France, c’est le métal. Perçu depuis des lustres comme un genre extrême trop violent à l’imagerie trop sombre, il semblerait que le pays de la culture préfère les paroles dangereuses d’un Booba ou d’un Jul plutôt que des riffs de grattes saturées. Mais qu’importe, les fans savent où trouver les groupes de métal français et ces derniers sont aussi très souvent au rendez-vous des différents festivals afin de rencontrer leur public. Pour ce qui est des albums, il faut savoir fouiner, chercher et se renseigner pour pouvoir accéder à l’un d’eux, car on se rend que même dans les magasins dit de culture, le rayon métal est toujours le plus petit, caché au fin fond de la rangée. Là aussi, ce n’est finalement pas bien grave, car on sait comment les maisons de disques se graissent largement la patte sur les ventes d’albums, laissant peu de marge aux groupes. Et si le métal français est difficile d’accès sur son propre territoire, il est encore plus dur s’il ne vient pas de la capitale. Si l’on connait Lofofora, AqME et Mass Hysteria, c’est parce qu’ils viennent de Paris, une ville où il est plus facile de se produire et de marquer les esprits.

Pour Eths, ce fut une autre paire de manches, car le groupe vient de la cité phocéenne, une ville qui est plus marquée par le rap que par le métal. Mais c’est avec une identité forte et une chanteuse charismatique que Eths a fini par marquer les esprits et à devenir l’un des groupes phares du métal français. Et si l’attente d’un nouvel album est toujours pleine d’impatience, Ankaa, quatrième effort de la formation, marque un tournant dans la vie du groupe, car c’est le premier skeud sans Candice, ancienne chanteuse, qui est ici remplacée par Rachel, découverte dans une émission de télé crochet. Et on sait comme il est compliqué de succéder à une partie d’âme d’un groupe. Alors le contrat est-il rempli avec ce quatrième skeud ?

L’album commence avec Nefas, un titre énigmatique qui pose une introduction qui n’est pas sans rappeler un certain métal industriel. Mais cela stoppe vite face à la fougue du groupe et à des riffs assassins accompagnés de growl féminin ultra rapide. Bref, Eths fait du Eths et cela rassure dans un premier temps. Et lorsque l’on écoute l’album dans son entièreté, on ne peut pas dire que le groupe renie son passé, bien au contraire, il continue son évolution, en posant des jalons pour montrer tout de même un certain changement. On retrouvera les breaks atmosphériques du groupe dans des titres comme Nihil Sine Causa ou encore Amaterasu, même si l’on s’éloigne un tant soit peu d’une image malsaine que véhiculait Candice lors de ses prestations. On retrouvera cet aspect glauque dans la pièce Nixi Dii, où l’on pourra entendre un bébé pleurait, rendant le morceau assez particulier et presque gênant par moments. Sans jamais recopier ce que le groupe faisait avant, sans jamais tomber dans le piège de copier l’ex-chanteuse du groupe, Eths continue son bonhomme de chemin et prouve qu’il est toujours capable d’innover. On retrouvera d’ailleurs des pièces plus calmes, comme Vae Victis et d’autres titres dont l’introduction est particulièrement soignée comme l’excellent titre Seditio et son piano entêtant, faisant irrémédiablement penser à l’imagerie vampirique.

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Cependant, il réside dans ce quatrième album quelque chose qui cloche au sein des mélodies et du chant. En effet, on retrouvera par moments les mêmes choses, les mêmes riffs, et on aura du mal à trouver une certaine innovation dans la violence ou dans les mélodies, le groupe se répétant assez souvent, provoquant une certaine lassitude après plusieurs écoutes. Mais le plus décevant provient du chant de Rachel. Certes, elle envoie du bois et semble être la remplaçante parfaite de Candice, sauf que l’on ne comprend absolument pas les paroles quand elle chante. C’est bien simple, il faut à chaque fois se référer aux paroles pour comprendre quelque chose et c’est bien dommage car cela représentait le groupe, avec des thématiques très sombres et relativement explicites. L’exemple le plus flagrant provient sur Nefas, mais aussi Seditio ou encore Kumari Kandam qui est pourtant un titre accessible et moins percutant que le reste. Cet état de fait se remarque encore plus sur le titre HAR1 où seul le guitariste chante et growl en anglais et sur lequel on comprend mieux les paroles que sur tout l’album. Alors cela n’incombe peut-être en rien Rachel qui fait de son mieux, mais cela vient-il peut-être de l’enregistrement de l’album ou de la simple volonté du groupe.

Au final, Ankaa, le dernier album en date de Eths, n’est pas foncièrement mauvais et peut être perçu comme un tournant dans la vie du groupe. En perdant l’un des membres qui faisait l’identité de la formation, le groupe marseillais y a laissé des plumes et il faut attendre que la nouvelle chanteuse prenne ses marques afin de proposer un autre album plus dense, plus structuré et affichant peut-être un nouveau groupe qui allie à la perfection l’avant et l’après. Bref, un quatrième intéressant, qui ne renie en rien ses origines mais qui ne marque pas assez les esprits.

  1. Nefas
  2. Nihil Sine Cause
  3. Amaterasu
  4. Seditio
  5. Nixi Dii
  6. Vae Victis
  7. HAR1
  8. Sekhet Aaru
  9. Kumari Kandam
  10. Alnitak
  11. Alnilam
  12. Mintaka

Note : 14/20

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Par AqME

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