octobre 28, 2020

Les Inconnus dans la Ville

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Titre Original: Violent Saturday

De : Richard Fleischer

Avec Victor Mature, Richard Egan, Stephen McNally, Virginia Leith, Tommy Noonan, Lee Marvin, Margaret Hayes, J. Carrol Naish, Sylvia Sidney, Ernest Borgnine

Année : 1955

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame, Polar

Scénario : Sydney Boehm, d’après le roman de William L. Heath

Résumé :

Vendredi après-midi trois inconnus débarquent à Bradenville, Harper, Chapman et Dill. Trois gangsters qui préparent le casse de la banque pour le lendemain, le « Violent Saturday ». L’arrivée de ce trio va bouleverser la vie de plusieurs autres personnages…

Avis :

La réalisation est confiée à Richard Fleischer déjà auteur d’un grandiose policier en 1952 avec « L’énigme du Chicago express » et célébré deux ans plus tard pour son « 20 000 lieues sous les mers », excellente adaptation du roman de Jules Verne produit par Walt Disney Pictures venu chercher Fleischer pour résoudre les problèmes techniques sur le tournage lié à l’utilisation alors nouvelle du Cinémascope, car il avait déjà prouvé son aisance avec ce procédé sur le film « Arena » (1953).

En effet le CinémaScope (proposant une image panoramique, écran large) fît son apparition en 1953, lorsque la 20th Century Fox concluait un accord avec l’inventeur du procédé Henri Chrétien, avec en premier film à l’écran « La tunique » d’Henry Koster. Cependant le premier à être tourné via ce dispositif est « Comment épouser un millionnaire » de Jean Negulesco qui ne sortira qu’après « La tunique ». Le premier véritable succès étant « 20 000 lieues sous les mers » c’est tout naturellement que Richard Fleischer se vît ouvrir les portes de la 20th Century Fox qui distribuera ensuite d’autres de ses œuvres : «Le génie du mal » (1959), « Le voyage fantastique » (1966), ou « L’étrangleur de Boston » (1968, récemment critiqué sur le site). Avec « Les inconnus dans la ville » il signe son deuxième métrage pour la compagnie mais le premier pour elle en CinemaScope.

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Le film au titre original « Violent Saturday » plus révélateur que le titre français et à l’intrigue présageant un film de hold up classique voir banal va se révéler bien différent, étonnant et relever plus du mélodrame que du braquage de banque.

Prenant tout son temps pour nous présenter une palette importante de personnalités diverses très travaillées, qu’il s’agisse de rôle de premier plan ou secondaire, personne n’est laissé sur le côté, tous étouffés par certaines difficultés ou névroses qu’ils peuvent rencontrer et les poussent à commettre des actes qui vont avoir un impact final, certains plus que d’autres.

On y trouve un père de famille, Shelley Martin (Victor Mature), qui cherche à regagner de l’importance aux yeux de son fils, ce dernier s’étant battu devant lui avec son meilleur ami pour défendre son père n’ayant pas eu de médaille lors de la guerre tandis que celui de son ami est un fier médaillé. Un fils de propriétaire de mine alcoolique Boyd Fairchild (Richard Egan) qui a à peu près tout ce qu’il faut pour être heureux, dont une fortune non négligeable. Mais la chose qu’il désire le plus est sa femme qui ne lui donne pas l’impression de l’aimer, elle-même (Margaret Hayes) étant perdue et lors d’activité annexes s’amuse à batifoler avec un séduisant homme tout en essayant d’avoir l’image d’une épouse sérieuse, mais dont les pulsions ou besoin de faire envie prennent le pas. Un jeune directeur de banque (Tommy Noonan) marié qui va, la nuit venue, sous prétexte de promener le chien de sa compagne, épié une belle infirmière en bon voyeur qu’il est. Une employée de bibliothèque en difficulté financière qui va, dans sa détresse, se décider à voler un sac à main laissé de côté par une autre femme dans la dite bibliothèque. Une famille d’Amish (le père est incarné par Ernest Borgnigne) qui ne cesse de voir le bien partout, prêche leur foi en leur seigneur. Une jolie infirmière (Virginia Leith) qui va s’éprendre du mari soifard. Trois gangsters venus pour faire ‘sauter’ la banque (Stephen McNally, Lee Marvin, et J. Carrol Naish)…

Le sens du détail dans la description des personnages est très important car sans avoir recours à de longues explications on peut comprendre leur mentalité, savoir à qui nous avons affaire, quelques exemples :

Chapman (J. Carroll Naish) a toujours des bonbons/friandises dans sa poche. On peut donc penser qu’il apprécie les enfants et dans la séquence du train il est très courtois avec une famille Amish. C’est un type bien au fond. Dill (Lee Marvin) est quant à lui la vraie menace des trois, qui déteste les mômes : « les gosses ça me paralyse ». Il faut voir cette scène où un gamin en le bousculant renverse son inhalateur et voulant le ramasser se fait écraser les doigts par le gangster. Cet inhalateur qu’il utilise sans cesse durant le film est lui aussi un détail qui fait preuve d’une addiction dont il parle à un moment : « tous les 15 jours elle me le passait son rhume… j’y ai pris le tic de renifler ça » comme si la femme était de la coke, marque d’un passé, preuve encore que l’on a affaire à un type qu’il ne faut agacer, rude et sans état d’âme. Harry Reeves (Tommy Noonan) jeune directeur de la banque de Bradenville à lui aussi ses démons. Preuve est faite lors de la scène nocturne dont on devine le voyeurisme bien avant en une simple phrase autour d’un verre : « vous devriez danser avec elle, j’aime voir les autres danser ».

Violent Saturday

La mise en scène est magistrale. Richard Fleischer pense aux moindres détails donc, appuyant ainsi la description de ses personnages, mais aussi jouant parfaitement avec l’utilisation de la musique peu présente, laissant les acteurs, tous excellents, s’exprimer que ce soit par les dialogues ou simplement par leur jeu (regard, attitude, démarche). Cette musique est souvent utilisée pour appuyer l’arrivée d’une menace, la rendre plus forte plus présente.

Maestria aussi dans la gestion de son espace et du déroulement de l’histoire. Tout se déroule dans une petite ville et on y suit un grand nombre de protagonistes. Le tout est d’une fluidité exemplaire. Nous passons d’un personnage à l’autre et par la même occasion d’une histoire à l’autre avec une aisance incroyable, tout ce monde se croisant tour à tour. On suit leurs allées et venues jusqu’à se retrouver au moment du braquage dans la banque (même ceux qui n’y seront pas seront concernés). Les cadrages et recadrages sont impeccables tirant parfaitement profit du CinemaScope. Quasiment aucun gros plan (ceux intégrés sont judicieux et nous donne des informations importantes), dynamisant même de simples scènes informatives en les rendant ainsi plus vivante par des évènements se passant en arrière-plan et très souvent dans lesquels nous retrouvons d’autres protagonistes du film, puisqu’ils se croiseront sans cesse comme expliqué auparavant. Les mouvements de caméra sont des modèles ici, comme le montre une scène juste avant d’en arriver au braquage où on retrouve le directeur de banque qui traverse un passage piéton puis d’un simple mouvement vers le haut, on nous montre un des trois inconnus assis et prêt à donner le signal à l’un de ses compères, rendant dès lors la menace palpable, prête à surgir, toujours avec cette fluidité impressionnante dans la narration évitant d’avoir un recours incessant au montage et ceci tout le long du film, parcouru d’idées de composition jamais tape à l’œil mais pertinentes.

La tenue visuelle du film est magnifique notamment par les choix de mises en scène effectués par Richard Fleischer mais aussi sublimés par la volonté de tourner dans décors naturels en grande partie qui vont eux même apporter une forte personnalité au film.

La dernière demi-heure une fois tous les enjeux mis en place va se révéler implacable lors d’un « Violent Saturday ». Le casse de la banque, évènement incontournable, tragique, punitif est un moment fort, bien que très court. Comme le dénouement final de 15 mn entre nos trois ‘casseurs’, le père de famille et les Amish qui se déroule sans musique, avec peu de dialogue et le bruit des armes à feu, conférant une puissance supplémentaire à une séquence très intense et violente de lutte pour la survie.

Un final des plus tragiques, puisque définitivement personne n’en ressort indemne. Les casseurs sont tués, le père de famille a retrouvé l’admiration de son fils mais parce qu’il a abattu des hommes (scène dérangeante des enfants qui viennent voir le père blessé qu’ils prennent pour un héros car il a tué, même si c’était une question de survie). Le père Amish pacifiste durant tout le film s’est vu contraint d’aller en opposition totale à ses convictions les remettant en cause pour sauver un homme qui les a aidés à s’en sortir. Le voyeur doit renoncer à celle qu’il convoite en lui avouant son côté pervers et ne pourra plus l’observer (maintenant elle fermera ses rideaux). L’alcoolique dépressif et sa femme alors que tout semblait pouvoir rentrer dans l’ordre sont définitivement séparés. L’infirmière est éprise de Boyd qui est désormais complètement détruit. Quant à la voleuse (qui l’a fait pour payer ses dettes) se retrouvent désormais avec plus un sou, délestée de son argent mal acquis.

Une forte part moralisatrice qui peut en agacer quelques-uns certes, tous ceux qui ont fautés sont punis, mais aussi peinture d’une société qui n’ose pas s’assumer telle qu’elle est … Et la question de la violence qui y est abordée avec la famille Amish bien évidemment et l’acte du patriarche, n’est-elle pas nécessaire ou justifiée en certains cas ?

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Un mélodrame policier imposant, à l’image sublime, conté par un maître, grâce aussi au scénario d’un Sydney Boehm déjà auteur de celui du « Règlement de comptes » de Fritz Lang (1953), et interprété par de très bons acteurs. Mais transporté avant tout par la science de la mise en scène et des détails d’un très grand Richard Fleischer.

Note : 17/20

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Par Serval

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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