octobre 26, 2020

La Vie des Autres

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Titre Original : Das Leben Der Enderen

De : Florian Henckel Von Donnersmarck

Avec Ulrich Mühe, Sebastian Koch, Martina Gedeck, Ulrich Tukur

Année: 2006

Pays: Allemagne

Genre: Drame

Résumé:

Au début des années 1980, en Allemagne de l’Est, l’auteur à succès Georg Dreyman et sa compagne, l’actrice Christa-Maria Sieland, sont considérés comme faisant partie de l’élite des intellectuels de l’Etat communiste, même si, secrètement, ils n’adhèrent aux idées du parti.
Le Ministère de la Culture commence à s’intéresser à Christa et dépêche un agent secret, nommé Wiesler, ayant pour mission de l’observer. Tandis qu’il progresse dans l’enquête, le couple d’intellectuels le fascine de plus en plus…

Avis :

Florian Henckel von Donnersmarck est un réalisateur allemand au parcours pour le moins singulier. Né à Cologne en 1973, il a connu l’Allemagne divisée, mais sa condition de noble dans la haute société (il a l’équivalent du titre de Comte), lui offre de petites passes avec ses parents. Très vite, Florian Henckel von Donnersmarck va se mettre à barouder. Enfant, il connaît les États-Unis ou la Belgique, puis plus tard, il fera des études à Oxford, puis en Russie avant de revenir sur Berlin. Armé de ce bagage, le jeune réalisateur se lance dans des courts-métrages. Il y a en aura quatre entre 1997 et 2002. Puis à force d’efforts, Florian Henckel von Donnersmarck arrivera enfin à son premier long-métrage.

Son premier long métrage, ce sera « La vie des autres » et le moins que l’on puisse dire, c’est que le réalisateur va mettre la barre très haute, offrant un film fort et sublime. Un petit bouleversement qu’on n’est pas prêt d’oublier. Abordant en toute indiscrétion un film politique qui montre les réalités d’un état de l’Europe de l’Est, Florian Henckel von Donnersmarck offre un film subtil, nuancé et juste. « La vie des autres » emporte et pose des réflexions à son spectateur et c’est bouleversé qu’on quitte ces personnages, avec un seul mot en tête : Un chef d’œuvre !

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Allemagne de l’Est au début des années 80, Georg Dreyman est un dramaturge acclamé. Chacune de ses pièces est un triomphe. Avec sa femme, la splendide actrice Christa-Maria Sieland, ils font partie de l’élite intellectuelle de l’Allemagne communiste. Dans les apparences, le couple est tout ce qu’il y a de plus honorable dans cette Allemagne. Le couple, et plus particulièrement Georg, revendique et soutient le parti, mais derrière les regards, le dramaturge pense tout autre. L’agent Gerd Wiesler, un pur produit du parti, est présent à l’une des premières de l’auteur. Interrogé et agacé par le personnage, il convainc alors son supérieur d’ouvrir une enquête sur cet homme, qui pourrait ne pas être celui qu’il prétend être. Une mission de surveillance comme l’homme en a fait tant, mais pourtant, très vite, Hauptmann se trouve être de plus en plus fasciné par l’homme et ses idées.

Acclamé par le public à sa sortie en salle, détenteur de l’Oscar et du César du meilleur film étranger, « La vie des autres » est une immense surprise. En l’espace de deux heures et quart, Florian Henckel von Donnersmarck saura autant prendre par les tripes avec une histoire passionnante que désarçonner en offrant un personnage inoubliable.

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989, le cinéma allemand a vu arriver une toute nouvelle vague de réalisateurs qui vont avoir l’envie de s’interroger sur leur pays et leurs souvenirs. Dans cette nouvelle vague, on pense presque instinctivement à Wolfgang Becker pour son chef d’œuvre « Goodbye Lenin ! » ou encore à Dennis Gansel avec sa « Vague« . On pense aussi à Oliver Hirschbiegel et son fabuleux « La chute« , puis Roland Suso Richter avec « Le tunnel« . Autant de réalisateurs qui ont rappelé avec nostalgie cette époque et d’autres qui sont partis plus loin s’interrogeant à la base de la base qui amènera à ce mur de la honte. Florian Henckel von Donnersmarck s’inscrit dans cette nouvelle vague et à juste titre, puisque « La vie des autres » va être une véritable remise en cause pour son personnage principal.

Très documenté et très instructif, « La vie des autres » est un tiraillement fascinant entre une vision idéaliste de la RDA et la découverte d’une réalité que le personnage principal se cachait et ne voulait pas admettre. Sur un scénario audacieux, intelligent, émouvant et surtout divertissant, Florian Henckel von Donnersmarck nous livre un film qui navigue tout en subtilité entre le film politique qui dénonce, sans jamais tomber dans la surenchère, le thriller au suspense insoutenable, le film d’espionnage simple et parfait et le drame presque Shakespearien dans sa tragédie. Le réalisateur mélange tout ça et plus encore, puisqu’il va peindre le portrait d’un homme ô combien sûr de lui au départ qui au fur et à mesure de l’intrigue va être terriblement touchant. Caché dans ce grenier, ces confidences indiscrètes et volées auxquelles cet agent infiltré va avoir à faire vont peu à peu le changer et vont l’ouvrir à un tout autre monde. On aura le droit à plusieurs scènes incroyables, même dans leur silence. Florian Henckel von Donnersmarck a parfaitement su cerner et filmer ce bouleversement silencieux qui s’empare de son personnage et ainsi de par ce bouleversement, le réalisateur tient un sacré bon suspens, puisque un tel changement peut rendre son personnage et son histoire, imprévisibles. Le réalisateur nous tient donc jusqu’à la fin, et malgré le traitement difficile de son intrigue, c’est avec une maitrise de fer qu’il ne se perd jamais et nous offre le grand film dont on a tant entendu parler.

Parfaitement tenu, Florian Henckel von Donnersmarck impressionne par son sens du rythme, nous racontant une histoire difficile à mettre en place, car très riche aussi bien dans son conflit que psychologiquement chez ses personnages et il ne faut rien oublier. « La vie des autres » est donc un film qui va prendre tout le temps dont il a besoin pour poser son époque, son conflit, mais aussi chacun de ses personnages. Le réalisateur arrivera aussi à relever le défi de rendre chacun de ses personnages attachants, même les plus « dégueulasses ». D’une humanité grandiose et d’une contradiction tout à fait humaine (l’un voit son idéal se briser, l’autre sait que le régime n’est pas terrible, mais il en profite pour sa carrière et je ne parle pas du dramaturge qui réalise davantage…), on est passionné par les émotions et les contradictions que Florian Henckel von Donnersmarck a réussi à mettre en images. Et c’est avec un véritable plaisir de cinéma qu’on ne verra à aucun moment le film passer. C’est même une prouesse, puisque Florian Henckel von Donnersmarck arrive à faire passer ces deux heures et quart comme une seule, et même si l’on en ressort ému et retourné devant tant d’injustice et de beauté en même temps, on aura aussi un peu le goût de la frustration tant on ne l’aura pas vu passer. Et ça, c’est très bon signe.

« La vie des autres » est aussi un trio d’acteurs magnifiques et intenses. Si on sera touché par l’excellent Sebastian Koch dans la peau de ce dramaturge, si l’on sera agacé par le tout aussi excellent Ulrich Tukur dans le rôle de ce supérieur ambigu et prétentieux, mais aussi sympathique, on ressort de « La vie des autres » avec Ulrich Mühe en tête, car l’acteur est tout simplement exceptionnel. Incroyable de justesse, de solitude et de contradiction, il est complétement investi dans ce personnage, il saura nous toucher et nous bouleverser par un simple regard ou un silence qui en dira bien plus long que n’importe quelle déclaration ou excuse. On notera avec une mention spéciale la belle Martina Gedeck qui arrive à s’imposer au beau milieu de ce casting masculin.

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Posant un regard magnétique sur son pays et son histoire, Florian Henckel von Donnersmarck nous marque au fer avec un film aussi beau qu’éprouvant émotionnellement. « La vie des autres » mérite amplement son succès et ses récompenses, car il est sans conteste l’un des plus grands films allemands de ce début de siècle.

Note : 20/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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