octobre 25, 2021

L’Empire des Anges – Bernard Werber

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Auteur : Bernard Werber

Editeur : Albin Michel

Genre : Science-Fiction

Résumé :

Que pensent les anges de nous ? Que peuvent-ils faire pour nous aider ? Qu’attendent-ils de l’humanité en général ? Lorsque Michael Pinson (stupidement tué dans un accident d’avion percutant un immeuble) a passé avec succès l’épreuve de la « pesée des âmes », il a accédé au royaume des anges. Mais passé le premier émerveillement, il découvre l’ampleur de la tâche. Le voilà chargé de trois mortels, qu’il devra désormais guider et aider tout au long de leur vie. Ses moyens d’action les rêves, les signes, les médiums, les intuitions, les chats. Cependant, il est obligé de respecter le libre arbitre des hommes. Il s’aperçoit que ceux-ci essaient de réduire leur malheur au lieu de construire leur bonheur. Que faire pour leur montrer la voie ? Et puis comment s’occuper intelligemment au Paradis, un endroit bien sympathique mais sans cinéma, sans musique, sans restaurant ?

Avis :

Avec Les Thanatonautes, Bernard Werber tentait de percer l’un des plus grands mystères qui hantent l’humanité : qui a-t-il après la mort ? L’auteur était parvenu à un récit singulier puisant son inspiration à travers un tour d’horizon exhaustif des cultures, des croyances et des mythes provenant de tous les continents. Avec le deuxième tome de sa pentalogie du ciel, il poursuit son exploration du monde de l’invisible. Étant donné qu’il s’est déjà penché sur l’au-delà, la question est d’essayer de trouver un sens à l’existence en l’expliquant sous le prisme des anges. Cette approche se révèle-t-elle aussi pertinente et décalée que son prédécesseur ?

Si l’on retrouve des têtes connues dès les premières lignes (Michael Pinson et ses amis), le schéma narratif n’est pas forcément identique à celui des Thanatonautes. Ce dernier jouait sur une découverte progressive du territoire des morts. Or ici, il s’agit d’une stagnation au pays des anges non pas pour s’extasier sur une quelconque vision paradisiaque ou la contemplation du nirvana, mais pour se pencher sur l’humanité et ses petits tracas. Les purs esprits n’ont donc pas droit au repos éternel, mais à un travail aussi harassant que décourageant. Une nouvelle fois, on s’amusera de croiser de défuntes personnalités telles que Sœur Theresa ou Marylin Monroe.

Pour autant, l’intrigue est à contre-courant de ce qui a pu être fait auparavant. Au lieu de s’intéresser à l’au-delà, c’est celui-ci qui se penche sur le monde des vivants. De fait, la quête initiatique se joue sur plusieurs plans. Celui qui vient d’être évoqué renouvelle la saga afin d’éviter tout sentiment de déjà-vu ou de redite opportuniste. De plus, il offre plusieurs axes secondaires au récit. On suit à la fois Michael dans son rôle d’ange et ses protégés. Trois individus aux personnalités disparates qui n’ont rien en commun ou presque. Si la progression demeure linéaire, elle s’étend sur des décennies pour couvrir une majeure partie de leur existence, voire une vie tout entière.

Il est vrai qu’on notera certaines imprécisions ou quelques incohérences, dans les comportements ou les propos tenus. La terrible question du libre arbitre entre en ligne de compte et est principalement visée. De plus, le fait d’exaucer les vœux (même les plus capricieux ou saugrenues) à la manière d’un bon génie rend parfois l’avancement un peu trop facile, car nantie de rebondissements peu crédibles et niais. Pour autant, cela reste intéressant d’apprécier les conséquences de certains choix (encore que le karma possède une influence minime) sur les chemins de vie respectifs.

Au gré des pages, on tente aussi de percer le secret des 7. Comprenez les êtres qui se situent au-dessus des anges et se jouent des destinées, comme s’ils étaient des marionnettistes. La problématique a le mérite d’être posée et on a même droit à quelques phases d’explorations intergalactiques, ainsi qu’à des réflexions censées sur leur rôle au sein de la grande machinerie de l’univers. Pour autant, il s’agit plus d’une mise en bouche au cycle des dieux. Cet élément se détache donc sensiblement de l’histoire principale pour éloigner l’horizon de nos perspectives, sans pour autant l’atteindre dans l’immédiat.

En dehors de cela, Bernard Werber n’a pas son pareil pour dépeindre avec humour et bonhomie l’au-delà ou les pires situations dans lesquelles peuvent s’empêtrer ses personnages. Sans sombrer dans l’autodérision ou la légèreté, l’ambiance modère les épreuves ou les événements qui puissent nous toucher en laissant de côté un ton moralisateur. La présence du tome 4 de l’encyclopédie du savoir relatif et absolu apporte également une dynamique qui, au lieu de rallonger le livre ou ralentir le rythme, offre des intermèdes imprévisibles, intelligents et, le plus souvent, ignorés ou oubliés. Autrement dit, un condensé étonnant et plein de bon sens sur les connaissances humaines.

Au final, L’Empire des anges est une très bonne suite des Thanatonautes. Bernard Werber propose une vision aussi originale que décalée sur la mort et ses mystères, mais surtout sur le sens de la vie sans prendre parti pour un dogme établi. On regrettera quelques écueils au niveau de l’évolution de l’intrigue (notamment le comptage des points karmiques par rapport au système du premier volet), mais rien de préjudiciable sur le long terme. C’est sans doute cette manière de conjuguer religion, philosophie et culture sur le ton humoristique qui donne tout son piquant à l’ouvrage et, par extension, à l’œuvre de l’auteur. Un roman inclassable dans une catégorie de genres, mais doté d’une grande richesse qui parvient à amuser tout en faisant réfléchir.

Note : 16/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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