décembre 5, 2020

Apprentice

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De : Boo Junfeng

Avec Fir Rahman, Wan Hanafi Su, Ahmad Mastura, Boon Pin Koh

Année: 2016

Pays: Singapour, Allemagne, France

Genre: Drame

Résumé:

Aiman officie dans une prison de haute sécurité. Rahim, le bourreau en chef, y accompagne les derniers jours des condamnés. Rapidement, il prend le jeune gardien sous son aile et lui apprend les ficelles du métier. Aiman s’avère être un exécutant très appliqué, mais sa conscience et ses véritables motivations le rattrapent peu à peu…

Avis:

« Apprentice » est le troisième film du réalisateur singapourien Boo Junfeng. C’est aussi le premier film qui arrive jusqu’à chez nous. Il faut dire que le film présenté dans la sélection « Un certain regard » a fait son petit effet et c’est ainsi qu’il arrive chez nous près de trois semaines après le festival de Cannes.

Pour son nouveau film, Boo Junfeng a choisi de traiter un sujet difficile et fort. Un sujet qui va mettre le spectateur face à sa propre humanité, à sa propre réflexion concernant la peine de mort. « Apprentice » est donc un film qui sera aussi beau que triste, glaçant, révoltant et bluffant. Un film qui ne laissera personne indifférent. On en ressort scié, étouffé, tourmenté, bouleversé même. Une chose est sûre, « Apprentice » n’est pas prêt de quitter notre esprit.

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Aiman est un jeune homme qui vient de se faire embaucher dans une prison de très haute sécurité. Très vite, il va faire la connaissance de Rahim, qui n’est autre que le bourreau de la prison. Depuis une trentaine d’années, c’est à Rahim que revient la lourde tâche d’exécuter les sentences des condamnés à mort. Rahim, qui cherche quelqu’un pour le seconder, va alors prendre Aiman sous son aile et ainsi lui apprendre les ficelles de ce métier inimaginable. Très vite, Aiman se trouve être très à l’écoute de Rahim, mais « n’est pas fait pour tout le monde ». Aiman, dont certaines des motivations sont dissimulées, va devoir faire un examen de conscience.

« Apprentice » ou le combat intérieur d’un apprenti bourreau. Avec ce film, Boo Junfeng va livrer un portrait sombre et nuancé d’un jeune homme en pleine confusion. La peine de mort est un vaste sujet qui a déjà été traité maintes et maintes fois au cinéma. On pourra même se dire qu’à force de le traiter, le cinéma pourrait en avoir fait le tour. Mais « Apprentice » nous démontre le contraire avec une intrigue singulière, marquante et neuve. On a beau chercher, on ne voit pas de films approchant l’axe qu’a choisi de développer Boo Junfeng. Cet axe si particulier est donc d’une grande originalité. Pertinent, le réalisateur nous propose d’observer le cheminement moral de ce gardien de prison qui va petit à petit apprendre à exécuter un homme dans une certaine forme de respect et de dignité. Ne jugeant personne, « Apprentice » s’avère être neutre du point de vue de la peine de mort. Boo Junfeng nous laisse libre juge de ce qu’il nous montre et raconte. Ici, Boo Junfeng nous raconte une tranche de vie, il met en lumière un métier difficile, incompréhensible pour certains, nécessaire pour d’autres. Il fait se confronter des choix, des opinions et surtout, il fait réfléchir son spectateur et c’est franchement passionnant, même si l’on n’est pas là pour passer un « bon moment » de cinéma.

Doté d’une ambiance lourde, « Apprentice » nous entraîne alors au plus près de ses personnages, mais aussi de ce lieu particulier. Si le scénario a tendance à s’essouffler en milieu de film, donnant l’impression que l’on tourne un peu en rond, surtout quand il aborde le quotidien en dehors de la prison et les relations du héros qu’il entretient avec sa sœur, le réalisateur ne nous perd jamais et saura même comment happer notre attention avec une tension qui monte crescendo, jusqu’à ce final insoutenable, qui sera aussi frustrant que génial. Ce final est même le coup de génie du film. Un film qui laisse en suspens, nous laissant imaginer ce que l’on veut, si l’on a envie bien entendu d’imaginer ce qui pourrait bien se passer ou non.

« Apprentice » est un film qui est aussi percutant dans la sobriété de sa mise en scène. Sans tomber dans un aspect documentaire, sans être glauque ou trop sombre, Boo Junfeng a su trouver le ton et donner le caractère qu’il fallait à son film pour nous accrocher d’emblée. Parfaitement tenu et maîtrisé, c’est de manière discrète mais très efficace que Boo Junfeng va nous étouffer avec la montée en tension de son intrigue. D’ailleurs, c’est assez génial là aussi, puisque le film s’avère même un peu pervers de ce côté-là. On ne se rend pas compte de cette montée en tension. Et c’est même de façon insidieuse que le réalisateur nous colle des frissons dans le dos. Les reconstitutions d’exécution par exemple, ou même les conseils avisés de Rahim pour exécuter une personne sans souffrance, mettent assez mal à l’aise de par le ton totalement libre qu’a le personnage de Rahim.

« Apprentice » est un film qui est interprété de manière superbe. Les acteurs sont tout en retenue et leurs personnages sont fascinants, car criant de réalisme. Le film développe une belle relation entre les deux personnages principaux et leurs interprètes, Fir Rahman et Wan Hanafi Su qui sont stupéfiants. Les deux acteurs arrivent à faire passer beaucoup de sensations et leurs silences ou leurs regards en disent bien plus que tous les discours possibles.

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« Apprentice » est donc un film percutant, aussi fascinant que dérangeant en fin de compte. Sans juger quiconque, Boo Junfeng aborde la peine de mort de manière très crue, sans langue de bois et le moins que l’on puisse dire, c’est que son film n’a pas fini de hanter celui qui s’y est osé. Faut dire que cette dernière scène est tout simplement bluffante de bout en bout.

« Apprentice » est donc un film qui mérite qu’on s’y arrête. Enfin si vous avez la chance qu’il passe par chez nous. On ne va pas refaire le débat sur le manque de visibilité de tel ou tel film, mais quarante salles seulement le projettent.

Note :15/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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