Mirage de la Vie

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Titre Original : Imitation of Life

De : Douglas Sirk

Avec Lana Turner, John Gavin, Juanita Moore, Susan Kohner

Année: 1959

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame

Résumé:

Sur la plage de Coney Island, près de New York, Lora Meredith, une jeune mère célibataire aspirant à devenir actrice, rencontre Annie Johnson, une sans-abri noire s’occupant elle aussi seule de sa fille. Les deux femmes sympathisent et Lora propose bientôt à Annie de rester chez elle, devenant ainsi la nourrice et la domestique de la maison. La fille d’Annie, Sarah Jane, semble ne pas supporter la couleur de sa peau à une époque où cela l’exclut socialement; elle est jalouse de Susie, la petite fille blonde de Lora. Cependant, les deux enfants grandissent ensemble, comme de véritables sœurs. Son père était pratiquement blanc : Sarah Jane a donc la peau très claire et se fait passer pour blanche, provoquant la tristesse de sa mère. Les années passant, Lora devient une véritable star de Broadway. Mais elle a dû sacrifier sa vie personnelle, ne pouvant s’occuper de Susie et refusant la demande en mariage du seul homme qu’elle ait jamais aimé, le beau photographe Steve Archer…

Avis:

S’il y a un sujet qui reste indémodable, malheureusement, c’est le racisme. Toujours d’actualité malgré les évolutions de la société, il faut croire que l’être humain semble incapable de ne pas haïr l’autre à partir du moment où il ne lui ressemble pas. Mais si aujourd’hui le racisme s’est fait plus insidieux et sournois, durant les années 50, il était de notoriété publique de dénigrer les gens de couleur. L’affaire la plus connue est bien évidemment celle de Rosa Parks qui refusa de céder sa place dans un bus et qui gagna ‘avec Martin Luther King) un procès conduisant à l’abrogation des lois ségrégationnistes dans le bus. C’est donc en toute logique que le cinéma s’est imprégné de cette histoire pour fournir des pamphlets humanistes abordant la thématique du racisme et la place des gens de couleur dans la société. C’est en 1959 que Douglas Sirk décide d’apporter sa pierre à l’édifice, délaissant la romance pure pour offrir un drame sociétal fort, qui transpire la tolérance et l’amour de l’autre. Car oui, Mirage de la Vie est tout simplement un chef d’œuvre.

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Le film démarre de manière relativement simple avec une actrice ratée qui perd sa fille au bord de la plage et une femme noire la récupère. Entre les deux femmes, un lien infime se crée au détour d’un regard et d’un geste d’une grande beauté. Dès le départ, Sirk annonce la couleur avec deux personnages féminins forts mais profondément bons. Et c’est sans en faire des caisses, petit à petit, à force de rapports tout en douceur, de gentillesse, que le cinéaste livre l’une des plus belles relations d’amitié du cinéma. L’héroïne, une blonde qui pourrait paraître imbue d’elle-même, demeure d’une tolérance sans faille et va se découvrir une amie en la personne qu’elle héberge. Elle y trouvera aussi du réconfort lorsque des producteurs véreux la voudront dans leur lit plutôt que sur les planches et c’est à force d’épreuves traversées ensemble que la relation entre les deux femmes va trouver une évolution touchante, logique et forte.

Mais au-delà de la simple leçon de tolérance que Sirk inculque, il y a un autre message sous-jacent avec la fille de Annie, la femme noire, qui est blanche et qui fait tout pour renier ses origines, les cachant aux gens pour trouver du travail ou tout simplement un amant. C’est grâce à la relation tendue entre Annie et sa fille que le réalisateur développe ce mal-être d’être différent dans une société profondément raciste. Et le cinéaste en profite pour balancer des images fortes et choquantes, notamment lorsque l’amant de la jeune fille apprend que sa mère est noire et la considère donc comme une noire, la tabassant dans une ruelle sombre. On ressent fortement cette haine sournoise et bête lorsque la maman va chercher sa fille pour ne pas qu’elle oublie ses racines ou pour qu’elle se sorte d’un bouge dégoutant. Dans le regards des seconds rôles, dans les yeux de la sublime Susan Kohner, on voit cette différence, cette tristesse qui provient du regard méprisant des autres. Derrière cette terrible réalité, Douglas Sirk livre un message d’une grande tolérance, accusant la société américaine de rendre des gens malheureux.

Alors certes, on retrouve d’autres thèmes comme les producteurs véreux et la galère de survivre sans emploi quand on est une femme célibataire. On trouve aussi les mariages arrangés pour réussir dans le milieu du spectacle et les désillusions d’une actrice vieillissante au profit des jeunes premières. Le réalisateur dresse un regard corrosif sur ce milieu du spectacle tout aussi raciste et vindicatif que la société. Du coup, on a deux femmes qui subissent des malheurs dans leur vie et qui ont du mal à s’accrocher à quelque chose, hormis cette amitié naissante, cet amour qui irradie d’elles quand elles sont ensembles. Et toute la force du récit explose en fin de film, dans un moment de grâce d’une tristesse absolue où tout prend un sens sur le son magique d’un gospel divin. Une fin traumatisante, bouleversante, qui fait ressortir les regrets, les remords, mais aussi le souvenir de quelqu’un d’exceptionnel et dont la vie fut injustement méprisée par la société. Plus qu’un drame sociétal, Douglas Sirk livre un film humaniste d’une importance capitale.

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Au final, Mirage de la Vie est résolument l’un des meilleurs films de son réalisateur. Tollé contre le racisme, message universel sur la tolérance et l’amour des autres, le film de Douglas Sirk est bourré d’amour et de justesse, à un tel point qu’il en deviendrait presque un objet visuel important. Chef d’œuvre du cinéma, Mirage de la Vie est une leçon d’humanité, un regard acerbe sur une société qui ne fait de cadeau à personne et qui montre qu’être différent signifie avoir un parcours de vie difficile. Bref, un film essentiel, un chef d’œuvre.

Note: 20/20

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Par AqME

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