décembre 1, 2020

Lutte Sans Merci

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Titre Original : 13th West Street

De : Philip Leacock

Avec Rod Steiger, Alan Ladd, Dolores Dorn, Michael Callan

Année : 1962

Pays : Etats-Unis

Genre : Policier

Résumé :

Un scientifique loufoque se fait renversé en voiture par une bande de jeunes punks. Hors de lui, il décide de se lancer à la poursuite de ses agresseurs.

Avis :

Il est étrange de voir comment certains films oubliés refont surface aujourd’hui grâce à de petits éditeurs qui essayent de mettre en avant des catalogues variés et surtout de faire découvrir des chefs d’œuvre qui sont passés à la trappe, soit par faute de mémoire, soit pour laisser une place toujours plus prépondérante aux blockbusters et autres grosses ventes. Et heureusement qu’ils sont là ces éditeurs à l’image de The Ectasy of Films ou encore Elephant Films et Sidonis Calysta, car ils permettent une ouverture de culture immense et une restauration légitime de films qu’il ne faudrait pas oublier. La preuve en est faite avec Lutte Sans Merci, un film noir de Philip Leacock qui s’insère parfaitement dans nos mœurs actuelles malgré ses cinquante ans passés. Et c’est là-dessus que doivent miser ces petits éditeurs, fait profiter aux cinéphiles de petites perles inattendues, montrant que le cinéma, ce n’est pas que les films actuels et encore moins les grosses entrées.

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Lutte Sans Merci s’inscrit dans cette veine de films intemporels dont le sujet traverse les âges malgré une volonté de faire changer les choses. Débutant comme un film scientifique sur un homme travaillant dans l’ingénierie spatiale, le métrage va dériver vers le policier noir lorsque cet homme va se faire agresser en pleine rue par une bande de jeunes à  laquelle il a mal parlé, manquant se faire renverser. Violence exacerbée pour un regard de travers, le film montre la folie des hommes dans toute sa débilité, le refus de parler et la haine de l’autre. Un sujet terriblement d’actualité lorsque l’on voit les agressions dans les rues ou encore les bandes de jeunes casseurs qui ne savent même pas pourquoi ils se battent. Le film de Philip Leacock prend place dans un milieu embourgeoisé et retire immédiatement tout amalgame raciste ou envie de faire de son film un tollé social. Bien au contraire, le film va parler d’un mal être profond, d’une jeunesse qui s’ennuie mais qui ne craint rien grâce à la richesse de leurs parents.

Et c’est là-dessus que le film fait très fort, c’est qu’il ne sombre jamais dans un message douteux, offrant des portraits de jeunes désœuvrés, désabusés et recherchant à chaque fois les limites. Ainsi, avec les menaces, les violences, les ultimatums, le réalisateur dresse un portrait peu flatteur de la jeunesse bourgeoise, livrée à elle-même mais dont les parents protègent les intérêts dans un mépris effroyable. Lutte Sans Merci est un portrait sans équivoque d’une bourgeoisie hautaine et qui n’a que faire d’un agressé en pleine rue. Les acteurs jouant les jeunes délinquants sont incroyablement justes, à un tel point qu’on les détestera vraiment sans jamais sentir de l’empathie pour eux. Mais le plus étrange, c’est que l’on ne ressentira de l’empathie pour aucun des personnages, car même le « héros », l’agressé, sera quelqu’un de pénible, qui perdra de vue sa quête de vérité pour assouvir une vengeance étrange.

Et c’est là que la film tient toute sa subtilité, c’est de contrebalancer la violence des jeunes par la violence de l’ancien, qui voudra certainement se prouver quelque chose pour tout simplement se venger sans jamais se poser de questions. Seulement, si les jeunes n’en sont qu’à leurs balbutiements dans la vie, le personnage principal va perdre de vue sa femme, sa vie et devenir quelqu’un d’autre. Ainsi, le réalisateur explore deux facettes de la violence dans un film relativement classieux dans sa mise en scène et dans ses portraits sans concession. Car il faut savoir que le film est relativement violent, surtout pour son époque, n’hésitant jamais à montrer les coups, les blessures et l’aspect complètement foutraque des jeunes agresseurs. Il en résulte un film étonnant, moderne, qui allie à la perfection le policier noir et le film quasi punk sur les thèmes abordés. On pourra aussi y voir en filigrane les enquêtes de police, qui semble déjà, pour l’époque, débordée par le travail et les cas difficiles. Là aussi, le cinéaste montre une image peu glorifiante de la police, qui essaye de faire son travail, mais qui s’éparpille trop et qui ne supporte pas la pression d’un homme égoïste ne pensant qu’à lui, qu’à sa vendetta pour punir ces gosses de riche.

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Au final, Lutte Sans Merci est un film incroyable qui ne fait absolument pas son âge, que ce soit dans sa forme ou dans son fond. Violent, sans concession, le film de Philip Leacock est d’une modernité hallucinante sur des thèmes qui résonnent encore comme une réalité près de cinquante ans plus tard. D’autant plus que le métrage ne souffre d’aucune lenteur, assurant le show avec des courses-poursuites et des scènes plus tendues, et ne se perdant pas en tergiversations inutiles, allant droit au but. Bref, une réussite. On peut donc remercier Sidonis Calysta d’avoir restauré cette petit pépite et de permettre au plus grand nombre de découvrir des films de cet acabit.

Note : 18/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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