octobre 30, 2020

Insensibles

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De : Juan Carlos Medina

Avec Alex Brendemühl, Tomas Lemarquis, Derek De Lint, Félix Gomez

Année : 2012

Pays : Espagne

Genre : Horreur

Résumé :

A la veille de la guerre civile espagnole, un groupe d’enfants insensibles à la douleur est interné dans un hôpital au cœur des Pyrénées.
De nos jours, David Martel, brillant neurochirurgien, doit retrouver ses parents biologiques pour procéder à une greffe indispensable à sa survie. Dans cette quête vitale, il va ranimer les fantômes de son pays et se confronter au funeste destin des enfants insensibles.

Avis :

Il n’est jamais facile d’allier film d’horreur et film historique, même si cette partie demeure purement fantaisiste. Le pari est souvent risqué parce que soit l’horreur est oubliée ou reléguée au second plan, soit la partie historique est bâclée et ne sert finalement pas à grand-chose. Avec Insensibles, la donne était encore plus compliquée puisqu’il s’agit d’un premier film et que son réalisateur, venant d’Espagne était inconnu au bataillon. Du coup, le film s’est vu peu distribué dans les salles obscures en France, et sa sortie s’est faite plutôt discrète. Mais l’arrivée du DVD dans les bacs permet à un bon nombre de fans de compenser ce manque de tolérance et d’ouverture de la part des distributeurs qui préfèrent largement nous gratifier d’un insupportable Paranormal Activity 4. Alors le film de Juan Carlos Medina est-il bon et les amateurs d’horreur sont-ils passés à côté de quelque chose ? Allons faire un tour dans les Pyrénées côté Espagne !

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Ras le cul de tenir la chandelle !

Le scénario de Insensibles s’axe autour de deux histoires parallèles qui se rejoignent bien entendu à la fin. On va tout d’abord commencer dans les années 30, avec des enfants qui ne ressentent pas la douleur et qui s’adonnent à plusieurs expériences plutôt sadiques comme se brûler ou encore se manger et se casser des membres. La guerre civile étant proche, on va parquer ces enfants dans un hôpital psychiatrique perdu dans les montagnes des Pyrénées. Brusquement, on va changer d’époque et se retrouver en 2012, avec la présence de David Martel, un neurochirurgien très réputé et sa femme enceinte. Seulement, il s’endort au volant, tuant sa femme. Après des examens et le sauvetage in extremis du bébé, ses collègues se rendent compte qu’il à un cancer et que le seul moyen de le sauver, c’est de lui faire une greffe de moelle osseuse à 100% compatible. Il va donc voir ses parents qui lui font une révélation, il a été adopté. Il va donc chercher ses vrais géniteurs. Cette enquête va le mener dans des contrées historiques qu’il ne fallait pas révéler. Bien évidemment, quand on en arrive là, on se demande comment les deux axes peuvent se rejoindre ! Et pourtant, avec un procédé très efficace de va et vient, le réalisateur va nous faire comprendre les découvertes du héros, mais il va ancrer un aspect horrifique dans un contexte historique violent et douloureux. Si cela s’avère casse gueule, Juan Carlos Medina s’en sort à merveille, ne trompant jamais le spectateur et l’intriguant encore plus sur le sujet du film.

Ce qui fait la force de ce film, outre un scénario bien mené et très intéressant, c’est sans contexte son ambiance ou plutôt ses deux ambiances. Nous avons d’un côté un aspect historique dont les teintes jaunâtres rappellent bien sûr la belle époque, mais donnent comme un sentiment de malaise et de maladie. D’ailleurs, c’est très intelligent de la part du réalisateur puisqu’il y est question de l’insensibilité des enfants. La violence historique comme la seconde guerre mondiale, puis la guerre civile et la chasse aux communistes est accrue par cette ambiance un peu lancinante et on va vite comprendre l’enfermement de cet enfant brimé qui ne demandait qu’à être compris et aimer. Cet effet est contrebalancé par la période moderne et l’enquête de David. Les tons sont gris et plutôt clairs, donnant un aspect médical et aseptisé de notre société. Grâce à ce procédé, le réalisateur n’a pas besoin d’entrecouper ses scènes de dates et le spectateur comprend rapidement de lui-même les changements d’époque. Il n’y a qu’à la fin, montrant la montée en puissance du monstre que devient ce pauvre enfant qui est annoté en date, montrant ainsi que tous les quatre ans, un drame violent et une guerre éclatant. Au final, l’alternance entre l’ambiance lancinante historique et aseptisée moderne donne une autre dimension au film, touchant des points différents de nos émotions et cela est très intéressant. Certaines images sont d’ailleurs très fortes, comme la poigne du bébé, décidant le père dans son enquête ou encore le lien affectif entre les deux enfants insensibles et l’infirmière qui les aime vraiment. On retrouve un peu de Labyrinthe de Pan sans l’aspect fantastique.

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On refait la scène, le petit derrière à droite regarde la caméra !

Bien entendu le film ne serait pas ce qu’il est sans des acteurs exemplaires et il faut décerner un prix à ces deux jeunes enfants insensibles sur lesquels repose la partie historique. La jeune fille est bouleversante, notamment sur la fin et le jeune garçon, qui deviendra par la suite le bourreau nommé Berkano est vraiment très bon. Mais on remarquera surtout Tomas Lemarquis dans le rôle de Berkano, sorte de monstre imberbe au regard sauvage et au physique si étrange avec toutes ses scarifications. Il est remarquable ! Mais le personnage central, l’homme cherchant sa vraie famille est très bon aussi, donnant vraiment un aspect tragique et dramatique à l’histoire. Alex Brendemühl est épatant dans ce rôle, notamment grâce  son regard profond et à sa dureté d’expression. On applaudira aussi Derek de Lint, déjà vu Black Book de Verhoeven (un chef d’œuvre), qui incarne ici un professeur allemand juif qui va tenter de sauver et d’éduquer ces pauvres enfants. Bien entendu, les rôles secondaires sont très bons, notamment les personnages historiques, de la jeune femme communiste au destin funeste aux terribles personnages menant la guerre contre les communistes. On pourra noter un sans faute, jusque dans la scène d’introduction, d’une violence et d’une innocence inouïe !

Alors il est assez difficile de classer Insensibles. S’agit-il d’un film d’horreur quand on voit la déviance de l’enfant et son devenir ? S’agit-il d’un thriller avec l’enquête menée par le neurochirurgien ? S’agit-il d’un film dramatique avec les expériences menées sur les enfants et le passé du médecin ? Ce film, c’est un peu tout ça à la fois et ce n’est pas plus mal. Dénonçant sans vergogne les dérives des expériences médicales, mais aussi des croyances publics bien loin des sciences. Dénonçant aussi les régimes totalitaires, faisant fi de l’innocence de la jeunesse et la destruction de la personne. Dénonçant enfin les cachotteries horribles qui peuvent détruire des années plus tard, le film n’est pas innocent et montre toutes les dérives de l’humanité et les laissés pour compte à cause d’une particularité physique. On retrouve un peu de Blindness, où tous les aveugles se retrouvent parqués dans des bâtiments insalubres jusqu’à leur rébellion. Le film n’oublie pas aussi les passages gores, comme cette séance d’arrachage d’ongles, ou l’opération du chien à vif, mais cela n’est pas là pour faire bien, cela montre juste l’incompréhension des incultes face à l’inconnu et l’innocence des enfants face à cette inconnue (ici la sensation de douleur), montrant ainsi la différence de perception entre un adulte et un enfant. Le final est un peu lancé à la va-vite, mais il reste dans cette ambiance mélancolique et dure.

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Au final, Insensibles est un grand film qui est l’inverse de son titre, c’est-à-dire sensible. Jouant sur les émotions mais aussi sur la stupidité de l’homme adulte pouvant ainsi créer un monstre de toute pièce et le conserver, le métrage est doté d’une image magnifique et d’un montage presque parfait. Si des longueurs sont présentes lors de la partie enquête et moderne, elles sont vite palliées par une partie historique violente mais belle, dure mais émotive. Bref, un film qui ne peut laisser indifférent et même s’il ne fait pas peur demeure un vrai moment d’horreur et ça, c’est fort !

Note : 17/20

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AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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