La Mort en Direct

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De : Bertrand Tavernier

Avec Romy Schneider, Harvey Keitel, Harry Dean Stanton, Thérèse Liotard

Année: 1980

Pays: France, Angleterre, Allemagne de l’Ouest

Genre : Drame, Science-Fiction

Résumé :

C’est l’histoire d’un homme qui a une caméra greffée dans le cerveau et qui filme donc tout ce qu’il regarde. C’est l’histoire d’une femme, Katherine Mortenhoe, qui s’enfuit pour « mourir libre ». Voulant échapper aux médias, en l’occurrence une émission de télévision, elle ne sait pas qu’elle est aidée dans sa fuite par celui-là même qui la filme.

Avis :

Bertrand Tavernier a commencé sa carrière comme réalisateur en solo en 1974, avec le réussi « L’horloger de Saint-Paul » et depuis ce film, le réalisateur ne s’est plus arrêté. Il passe les années 70 avec aisance, réalisant quatre films, dont il en ressort l’excellent « Le Juge et l’Assassin« . Pour cette nouvelle décennie qui commençait, Bertrand Tavernier s’exile pour la première en dehors de nos frontières pour son premier film en anglais. Par la suite, Bertrand Tavernier réitèrera l’expérience deux fois avec « Autour de minuit » en 1986 et plus récemment avec « Dans la brume électrique » sorti en 2009.

Mais revenons à cette « Mort en direct« , ovni peu connu dans la carrière de Bertrand Tavernier qui réunissait tout de même à l’écran Romy Schneider et Harvey Keitel. Pour son premier film en anglais, on peut dire que Bertrand Tavernier tient là un sujet très osé et surtout très en avance sur son temps. Si le film est excellent, il a surement pris encore plus de sens dans sa critique aujourd’hui, car c’est avec trente-six ans d’avance que le réalisateur livre un film qui est aujourd’hui terriblement d’actualité que c’en est même troublant.

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Dans un futur proche, Katherine Mortenhoe est un écrivain qui a trouvé un petit succès. Menant une vie rangée, elle apprend qu’elle est atteinte d’une maladie incurable. Dans cette société en mal d’émotion et de sensation, Katherine est contactée par Vincent Fireman un producteur et réalisateur de télé. Cet homme veut révolutionner le concept même d’émission et propose une forte somme d’argent à Katherine pour suivre ses derniers moments de vie. Katherine va alors s’enfuir pour pouvoir mourir loin des caméras. Dans sa fuite, elle va rentrer Roddy, un jeune homme plein de charme, qui a l’air de la comprendre et qui veut l’aider. Une jolie confiance naît alors entre eux deux. Mais ce que Katherine ignore, c’est que Roddy travaille pour Vincent Fireman et qu’il s’est fait greffer une caméra dans le cerveau et grâce à cette imposture, la vie de Katherine est alors diffusée à la télévision tous les jours.

La téléréalité avant l’heure, voilà ce qu’est « La mort en direct » de Bertrand Tavernier. Avec ce film sorti en 80, le réalisateur se lance dans une critique douce et solide, dénonçant le voyeurisme d’un spectateur que plus grand chose ne choque.

« La mort en direct« , c’est un scénario qui est un véritable petit bijou. C’est un scénario qui de par sa douceur et sa cruauté, de par son voyeurisme décomplexé et son immoralité, nous file la chair de poule et nous révolte pendant plus de deux heures. Deux heures tristement passionnantes, où le réalisateur analyse les tréfonds morbides de l’âme humaine, dénonçant les médias, dénonçant l’opportunisme de la télé, son omniprésence dans le quotidien, son côté malsain qui atténue une certaine gravité au nom du divertissement. Hypocrisie, mensonges, duperies, émission volontairement larmoyante pour faire pleurer dans les chaumières (comme le dit un personnage), voyeurisme, moments forts pour faire de l’audimat, pessimisme et autres dérives de programme, Bertrand Tavernier livre un film fort et révoltant qui tient de bout en bout. Et si le film était visionnaire au moment de sa sortie en salle, on reste scotché devant ce film qui s’inscrit aujourd’hui dans l’actualité avec l’inondation totale de nos écrans par ses émissions de télé-réalité qui poussent encore et toujours plus loin leur concept.

Alors que le sujet est fort et éclatant d’immondices dans son intrigue, Bertrand Tavernier a fait le choix d’une mise en scène simple et amère, mais terriblement efficace. Ici, rien de bien « spectaculaire », mais c’est dans la simplicité de cette détresse immense que vivent ces personnages que va naître un certain spectacle que le producteur de « Death Watch » recherche. Cette mise en scène si simple, si épurée, parfois novatrice dans les vues subjectives, est donc brillante et nous immerge totalement. Cette mise en scène est d’ailleurs assez perverse, car dans un sens, Bertrand Tavernier nous relaie au rang de spectateurs privilégiés de l’émission « Death Watch », et c’est avec horreur qu’on se rend compte qu’on est autant pris par l’histoire de Katherine que le spectateur qui suit l’émission. Ainsi, on a particulièrement envie de savoir ce qui va bien pouvoir arriver à ces deux personnages. Cette mise en scène qui démontre alors toute l’intelligence du réalisateur se révèle être flippante et même choquante.

« La mort en direct« , c’est aussi un casting particulièrement étonnant, car il réunit les immenses Romy Schneider, Harvey Keitel, Harry Dean Stanton et Max Von Sydow. Romy Schneider est magnifique dans un rôle à contre-emploi. Elle, toujours pleine de sourires et de vie, joue ici une mourante et elle en est tout simplement bouleversante. Elle prend aux tripes et dégage énormément d’émotions. Bertrand Tavernier la réinvente et c’est tristement magique. En face d’elle, on trouve Harvey Keitel qui tient là l’un des meilleurs rôles de sa carrière. Un rôle difficile que l’acteur tient avec des nuances. Il y a une certaine naïveté qui se dégage de son personnage et l’évolution de ce dernier sera toute aussi passionnante que le film lui-même. Bertrand Tavernier confie le rôle de producteur vicieux à Harry Dean Stanton et c’est un très bon choix, car l’acteur est l’homme qu’il fallait. Immoral jusqu’à bout, on prend beaucoup de plaisir à le détester. Puis enfin, même si le personnage n’apparaît que sur la fin, « La mort en direct » est parcouru de scènes sublimes entre Romy Schneider et Max Von Sydow. Des scènes justes et inoubliables.

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« La mort en direct » fut donc un vrai choc aussi beau que dur, aussi bouleversant que très agaçant. Totalement et tristement visionnaire, Bertrand Tavernier livre un grand film marquant qui est resté étonnement dans l’ombre.

Note : 20/20

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Par Cinéted

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