octobre 29, 2020

Wayward Pines – Blake Crouch

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Auteur : Blake Crouch

Editeur : J’ai Lu

Genre : Thriller

Résumé :

Lorsque Ethan Burke se réveille, il ne sait plus qui il est ni où il se trouve. Mais les souvenirs lui reviennent peu à peu : agent des Services secrets des Etats-Unis, il est venu à Wayward Pines, petite bourgade tranquille du fin fond de l’Idaho, enquêter sur la disparition de deux de ses collègues, quand il a eu un accident de voiture aux abords de la ville. Mais alors, pourquoi l’hôpital ne veut pas le laisser sortir, alors que ses blessures sont superficielles ? Pourquoi le shérif, franchement hostile, refuse-t-il de lui rendre son portefeuille et ses affaires ? Pourquoi ne parvient-il pas à joindre sa famille à Seattle ? Il y a quelque chose de bizarre à Wayward Pines. Et de dangereux…

Avis :

Propice aux fantasmes et délires de toutes sortes, le territoire des États-Unis laisse vagabonder de nombreuses affaires et zones d’ombre pour entretenir des mythes telles que les légendes urbaines ; particulièrement quand il s’agit de la campagne américaine profonde. Des petites villes perdues dans des cadres idylliques où les apparences dissimulent les pires exactions. On songe notamment à Twin Peaks, série culte de David Lynch et Mark Frost qui, on le verra par la suite, possède plusieurs points communs avec le présent ouvrage. Premier jalon d’une trilogie, Wayward Pines crée-t-il le mystère et la paranoïa au fil de son histoire ou ne fait-il qu’effleurer ces notions ?

Au même titre que la couverture, l’entame nous retourne la tête avec un accident, des habitants aussi étranges que leur petite ville, ainsi que des événements aux limites du paranormal. Il faut bien reconnaître qu’on aura du mal à se remettre les idées en place. Blake Crouch (dont il s’agit ici du sixième roman) brouille les pistes et entretient le suspense via une atmosphère déstabilisante ; pour ne pas dire oppressante. On jongle constamment entre les frontières du perceptible et celles de l’impalpable. Wayward Pines fait davantage que s’inspirer des références du thriller paranoïaque. Il les triture de manière à les plier à l’absurdité de façade qui agrémente le quotidien des locaux.

Des disparitions, des crimes, des comportements étranges (voire incohérents), chaque événement contribue de manière plus ou moins importante à la singularité des lieux. Rien n’est à sa place ou plutôt Wayward Pines semble plongée dans une sorte d’anachronisme permanent où les époques se croisent sans vraiment se rencontrer. Absence de repère temporel autre qu’un lot de dates sans chronologie particulière, environnement lisse sans influence réelle (pas même en ce qui concerne la culture ou les mœurs de la population). La ville personnifie le terme de contradiction pour appuyer les caractéristiques singulières qui la régissent.

Concernant l’agencement général de l’histoire, ainsi que sa progression, il est vrai que la structure a de quoi décontenancer. Les chapitres longs s’alignent avec quelques passages très furtifs, le tout formé par un style d’écriture presque erratique où chaque phrase fait souvent l’objet d’un paragraphe. Une technique destinée à accentuer la sensation d’oppression, mais qui a tendance à devenir trop récurrente au fil des pages. Cela fonctionne, mais le sentiment tend à s’émousser au bout d’un certain temps. En dehors de cela, l’immersion est au rendez-vous grâce à une atmosphère hors du commun pour lier l’ensemble des éléments.

Étrange, inquiétant et angoissant, Wayward Pines fait se succéder une galerie de personnages tout aussi difficile à cerner que l’intrigue. Ce n’est pas sur une considération manichéenne qu’il faut les situer, mais sur un plan différent, comme si un événement particulier annulait par sa simple existence les concepts basiques de bien et de mal. Il en découle une caractérisation nébuleuse et fascinante qui met en exergue la nature humaine, ses peurs, mais également ses pires penchants. Pour l’auteur, c’est une manière habile de malmener son lecteur en le laissant désemparé, sans le moindre repère, tout comme son personnage principal.

Entre thriller paranoïaque et fantastique, l’intrigue manipule les perceptions, joue sur les émotions et le ressentit. Avec patience, Blake Crouch développe une certaine propension à faire voler en éclat les convictions et les faits que l’on tient pour acquis. Hallucination, cauchemar ? Peut-être un peu des deux… ou pas. Le livre est synonyme d’illusion, de faux-semblants où il demeure bien compliqué de faire la part des choses, de délimiter la raison de la folie. De fait, on ressasse toutes les possibilités et les hypothèses pour expliquer ce qu’il se passe à Wayward Pines. Malgré cela, le dénouement est difficilement envisageable à l’avance.

Au final, le premier tome de Wayward Pines se révèle un bijou d’ambiance. À la croisée des genres, l’histoire s’amuse avec le lecteur tout en le manipulant au gré d’une narration aussi particulière que la petite ville dépeinte au fil des pages. Oppressant et tortueux, Wayward Pines fait montre d’une maîtrise rare pour décontenancer et susciter la curiosité. Blake Crouch signe un très bon roman qui n’a rien à envier à des références telles que Le village des damnés (pour rester dans le thème de la communauté isolée) ou Twin Peaks dont il est un fan absolu. Peu de révélations face à une somme d’interrogations considérables, il n’en demeure pas moins un excellent thriller paranoïaque qui sort des sentiers battus au sens propre, comme au figuré. Saisissant.

Note : 17/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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