octobre 29, 2020

Un Prophète

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De : Jacques Audiard

Avec Tahar Rahim, Niels Arestrup, Reda Kateb, Leïla Bekhti

Année : 2009

Pays : France, Italie

Genre : Drame

Résumé :

Condamné à six ans de prison, Malik El Djebena ne sait ni lire, ni écrire. A son arrivée en Centrale, seul au monde, il paraît plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans.
D’emblée, il tombe sous la coupe d’un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des  » missions « , il s’endurcit et gagne la confiance des Corses.
Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau…

Avis :

Jacques Audiard, c’est des Césars en pagaille remportés dans plusieurs catégories (Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur première œuvre, meilleure adaptation…), c’est une palme d’or, c’est une nomination à l’Oscar du meilleur film étranger, et c’est beaucoup de succès en salle à chaque sortie de film. Le réalisateur tourne peu, mais il tourne bien. Il prend le temps de choisir ses sujets, il ne donne pas dans la précipitation, préférant la qualité à la quantité et on ne peut que le remercier pour cela.

Découvert avec « Sur mes lèvres« , le cinéma de Jacques Audiard ne m’a plus quitté depuis, et parmi ses très belles réussites, il y a « Un prophète » qui fut et qui reste une claque terrible. Film qui se déroule dans l’univers carcéral, « Un prophète » est un film viscéral, puissant, qui nous immerge, nous enferme même, au côté de Malik, son héros. Un film âpre où seule la loi de la survie compte. Avec « Un prophète« , Jacques Audiard réalise-là un grand film comme on en trouve que trop peu et c’est une vraie jouissance à suivre !

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Malik est un jeune homme de dix-neuf ans qui vient de prendre une peine de prison de sept ans. Malik ne sait pas bien lire, ne sait pas écrire et parait trop fragile pour la prison. Dès ses premiers jours, Malik se fait aborder par les hommes de César Luciani, un parrain corse. L’homme lui impose une mission que Malik ne peut malheureusement pas refuser. Dans la prison, Reyeb est un prisonnier qui en sait trop. Il vend du shit, moyennant des faveurs sexuelles. César impose alors à Malik de faire croire au détenu qu’il est d’accord pour lui acheter du shit et ainsi, une fois seul dans sa cellule, Malik doit tuer Reyeb. Si jamais Malik refuse et ne le fait pas, alors César le fera tuer. Si Malik le fait, il n’aura plus rien à craindre et sera ainsi sous la protection de César.

« Un prophète » n’est pas qu’un simple film sur des règlements de comptes dans une prison française. « Un prophète » c’est un voyage, c’est une odyssée, c’est un parcours initiatique. Jacques Audiard suit le parcours d’un jeune homme qui entre « avec un diplôme en cambriolage » et qui en ressortira avec « un doctorat en biochimie » (pour ne citer que Johnny Depp dans Blow) et c’est l’un des points qui rend le film d’Audiard si fort. La prison, le lieu de la réinsertion, change certaines personnes et peut les rendre plus dangereuses qu’à leur entrée. Un sujet qui n’a jamais été autant d’actualité soit dit en passant. Sans juger et sans plaindre ses personnages, Audiard nous invite à être le témoin de ce parcours qui n’avait au départ (et qui aura toujours) pour but que la survie. Ce qui est redoutable dans ce film, c’est son scénario diabolique qui pose des choix difficiles sur le parcours de son personnage, dont l’issue ne peut en être autrement. Si le personnage de Malik veut survivre, avancer et effectuer sa peine pour pouvoir ressortir, il doit accepter certaines propositions. Des propositions qui le changeront à jamais. C’est infernal, c’est fatidique, finalement, on est pris, fasciné et l’on s’accroche à un personnage qui vire de plus en plus. « Un prophète » met vraiment nos repères à mal.

Autre aspect qui n’est pas négligeable, c’est la mise en scène brillante et l’ambiance plus que réaliste dont le film jouit. Jacques Audiard arrive parfaitement à nous enfermer dans cette prison avec ces personnages et chacune de ces sorties, même si elles apportent avec elles d’autres dangers, sont de vraies bouffées d’air. Audiard a su capter une ambiance particulière, étouffante, froide, ce qui rend son film encore plus intéressant qu’il ne l’est déjà. « Un prophète » est aussi un film très riche, qui fourmille d’idées. Jacques Audiard a imaginé des scènes rudes et bluffantes qui nous emportent directement dans l’action. Puis il y a aussi des moments plus tendres, plus simples et beaux, comme celui d’un personnage, les pieds dans l’eau sur une plage. En un plan, elle reste comme l’une des plus belles scènes du film. Puis enfin, il y a cette fin, dure et lourde de sens.

« Un prophète« , c’est aussi une révélation, Tahar Rahim, petit comédien quasi-inconnu avant le film et qui depuis est l’un des comédiens qui tourne le plus. Quand on découvre Tahar Rahim, on peut aisément comprendre pourquoi Audiard lui a confié le rôle de Malik. Tahar Rahim est bluffant de naturel et crève l’écran à tout instant. Le comédien est aussi bouleversant que terrible, arrivant à jouer avec les deux frontières. Parfois, même en un regard, un mouvement, Rahim arrive à nous communiquer son angoisse, sa peur, sa solitude, ses regrets ou encore sa joie, car oui, il y a aussi des moments de joie et de détente dans le film. Face à lui, Jacques Audiard a rappelé Niels Arestrup et lui a offert un rôle en or. Le comédien, dont le talent n’est pas à prouver, éclate ici de charisme. Avec son regard magnétique et sa froideur, il est incroyable et impose un respect terrifiant. Loin des castings habituels, « Un prophète« , c’est aussi l’occasion de découvrir beaucoup de nouveaux talents, dont certains ont fini même par s’imposer, puisqu’on retrouve par exemple Reda Kateb, ou Leïla Bekhti. On retrouve aussi de belles révélations comme Adel Bencherif, Slimane Dazi ou Hichem Yacoubi.

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D’une noirceur saisissante, avec ce « Prophète » Jacques Audiard livre un grand film qui est bien plus que d’être un simple film qui se déroule dans une prison. Audiard nous livre un grand film sur la survie, l’adaptation et l’espoir de sortir entier de cet enfer. Bref, « Un prophète« , résonne comme l’un des meilleurs films d’Audiard, si ce n’est son meilleur.

Note : 18/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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