octobre 26, 2020

Pepi, Luci, Bom et Autres Filles du Quartier

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Titre Original : Pepi, Luci, Bom y Otras Chicas Del Monton

De : Pedro Almodovar

Avec Carmen Maura, Felix Rotaeta, Alaska, Eva Siva

Année : 1990

Pays : Espagne

Genre : Comédie

Résumé :

Pepi, qui cultive de la marijuana dans des pots sur son balcon, est découverte par un flic qui la fait chanter, la viole et la déflore. Pour se venger, Pepi décide de séduire Luci, la femme du policier, femme au foyer dévouée et soumise.

Avis :

Pedro Almodóvar est l’un des réalisateurs emblématiques de la nouvelle vague espagnole. Alors que l’Espagne est sous la dictature de Franco, Pedro Almodóvar s’installe à Madrid à dix-huit ans avec l’envie de faire du cinéma son métier. Ne pouvant étudier le cinéma, puisque Franco a fermé l’école, le cinéaste apprenti va alors ramer et apprendre le métier sur le tas. Si en journée, il travaille dans une compagnie de téléphone, le soir, la nuit, les week-ends et pendant son temps libre, il joue, tourne, essaie, bosse et finalement commence à se faire un petit nom dans le milieu underground.

Puis finalement, une quinzaine de courts-métrages plus tard, Pedro Almodóvar arrive enfin à faire son premier long-métrage destiné au cinéma. Un long-métrage qui ne sortira jamais et que Pedro Almodóvar ne souhaite toujours pas éditer à cause de sa qualité « amateur ». « Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier » est donc officiellement son premier film, et malgré là aussi une qualité quelque peu amateur, on peut dire que ce premier long réunit déjà tout ce qui fera le cinéma d’Almodóvar dans l’avenir. Si ce premier film n’est pas franchement palpitant, il n’en reste pas moins un objet très intéressant et surtout incroyablement culotté, car Pedro Almodóvar y dresse sans détour les portraits de marginaux et l’on peut aisément imaginer le choc que le film a pu provoquer au moment de sa sortie.

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Pepi est une jeune femme qui possède plusieurs pots de marijuana sur son balcon. Un après-midi, la sonnette retentit. À la porte, un policier véreux. Celui qui habite en face de chez la jeune femme a bien remarqué ces plantes et a donc décidé de la faire chanter. Enfin, quand on dit chanter, c’est sur l’instant. Il propose à Pepi de fermer les yeux si cette dernière lui accorde ses faveurs. Pepi est vierge, mais veut bien se laisser faire, seulement si ce dernier la sodomise. Mais le policier refuse et viole Pepi. Une fois cet homme parti, la jeune femme concocte donc une vengeance.

« Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier » est typiquement le genre de film tellement barré qu’à la première vision, on ne sait trop comment le prendre. Et il faut quelques petits visionnages pour vraiment commencer à l’apprécier.

Si visuellement et dans son intrigue, le film est très brouillon et amateur, il dégage quelque chose de très spontané qui finalement le rend assez touchant. Plus que l’intrigue qui n’est pas passionnante, ce sont les personnages et le thème et surtout l’époque dans laquelle Almodóvar aborde tout ceci qui rend le film fascinant. Alors que l’Espagne essaye de passer à autre chose après la mort de Franco, Pedro Almodóvar débarque sur les écrans et aborde des personnages totalement marginaux. Ainsi, le réalisateur parle de manière assez vulgaire et sans détour, de sexualité, plusieurs sortes de sexualité, allant même dans le plaisir interdit. Sodomie, homosexualité, urophilie, sadomasochisme, transsexuelle, allant même jusqu’à une femme à barbe. Bref, un vrai panel Almodóvarien qui fait bouger les choses et met en lumière des personnages qu’on ne montre pas habituellement. On sent qu’Almodóvar boue de créativité, on sent qu’il veut parler d’autre chose et proposer un autre genre de cinéma. Un cinéma féministe et libéré, et malgré que le film soit très brouillon, qu’il a mal vieilli, cette envie crève l’écran. Ce sens comique dans l’absurde, ce côté vulgaire, dans lequel il manque du relief, laisse tout de même présager la future plume du cinéaste. Bref, tout ceci rend « Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier » assez fascinant.

Même si le film n’est pas incroyable dans le jeu de ses acteurs, ils dégagent tous quelque chose d’assez attachant et l’on a envie de leur pardonner les petites erreurs, tant on sent derrière tout ça une vraie sincérité. Carmen Maura est ici au-dessus des autres, arrivant à rentrer dans son personnage, le rendant hilarant parfois et cela même dans les instants les plus noirs.

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« Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier » est donc un film qui a ses défauts, dans lequel, de par son aspect amateur et le manque d’intérêt dans son intrigue, on a bien du mal à entrer. Mais derrière tout ça, « Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier » est aussi un film étonnant, audacieux, aux dialogues géniaux. C’est un film couillu, qui démontre l’envie d’un cinéaste à sortir des sentiers battus, quitte à déplaire, et rien que pour son ambition, « Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier » vaut le coup d’être vu.

Note : 11/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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