octobre 27, 2020

Ran

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De : Akira Kurosawa

Avec Tatsuya Nakadai, Nezu Jinpachi, Masayuki Yui, Mieko Harada

Année : 1985

Pays : Japon, France

Genre : Drame

Résumé :

Dans le Japon du XVIe siècle, le seigneur Hidetora Ichimonji décide de se retirer et de partager son domaine entre ses trois fils, Taro, Jiro et Saburo. Mais la répartition de cet héritage va déchirer la famille.

Avis :

Au Japon et dans le monde du septième art, Akira Kurosawa est plus qu’une légende. Réalisateur visionnaire, il a largement contribué à ce que le cinéma asiatique s’exporte vers l’occident. Avec une carrière qui s’étend des années 40 aux années 90, le cinéaste a livré des œuvres légendaires comme « Le Château de l’araignée« , « Les Sept Samouraïs » ou encore « L’Ange ivre« .

Dans ses grandes œuvres, « Ran » est surement sa dernière. Sorti en 1985, Akira Kurosawa décide ici de s’inspirer de « Le Roi Lear » de Sir William Shakespeare et transplante l’histoire du génie britannique dans le Japon du XVIe siècle pour un résultat épique et incroyable. Un résultat d’une brutalité magnifique, d’une démesure sidérante et d’une beauté à couper le souffle. « Ran » est le dernier très grand film d’un maître qui a tout compris.

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Japon, au XVIe siècle, le Seigneur Hidetora Ichimonji décide de partager son domaine entre ses trois fils. Vieux et fatigué, le vieil homme veut finir ses jours en paix, retiré dans sa demeure. Hidetora désigne alors Taro, son fils ainé, comme le nouveau Seigneur. Ses deux frères hériteront de belles demeures, mais seront aux ordres de leur aîné. Cet héritage va alors déchirer la famille et bientôt Hidetora se voit trahi par deux de ses fils. Chassé, le vieux Seigneur est désormais considéré comme un traître. Trouvant refuge dans une maison amie, ses fils entrent alors en guerre.

Immense tragédie à la sauce nippone, avec « Ran« , Akira Kurosawa nous offre là son ultime chef d’œuvre épique. « Ran » fait partie de ces œuvres démesurées qui offrent du très très grand spectacle à chaque instant.

Rarement un film n’aura été une tragédie aussi belle, affreuse et douloureuse en même temps. Le scénario est d’une solidité et d’une magnificence sans égal. Akira Kurosawa nous raconte cette trahison effroyable que va vivre ce père de manière absolument renversante et arrive sans aucun mal à livrer un film de deux heures quarante sans aucun temps mort et tout le temps bouleversant. Trahisons, manipulations, vengeances et complots sont racontés à la frontière de la folie. Ce qui est bouleversant dans ce film, c’est l’incroyable sentiment que tout est déjà tracé pour les personnages et que, quoi qu’ils fassent, ça ne fera que les emporter vers un final tragique. Et cette fatalité les rend encore plus passionnants qu’ils ne le sont déjà. On reste comme hypnotisé par ce que le réalisateur nous raconte. On craint, on tremble et on frémit pour ce vieux Seigneur abandonné de tous. L’on espère, peut être en vain, que l’issu ne sera pas aussi noire qu’elle ne le laisse transparaitre. Akira Kurosawa a parfaitement su comment raconter cette histoire, et une fois le film commencé, il sera bien difficile de ne pas aller au bout.

En plus d’avoir un scénario d’une richesse passionnante qui développe très bien des sujets tels que la famille, les liens père/fils, l’honneur, l’orgueil, la vanité, le point des regrets comme des remords sur l’héritage d’une vie (plusieurs scènes seront bouleversantes, comme par exemple celle de la servante qui ne hait point ce vieux Seigneur), Akira Kurosawa nous livre aussi un film dantesque dans sa mise en scène. Une mise en scène inspirée, immense, qui peut donner à elle seule la définition des mots épique et tragique. Magnifiquement filmé, Akira Kurosawa nous donne une leçon de mise en scène. Les plans sont magnifiques, le réalisateur y met très bien en valeur les décors et les paysages immenses dans lesquels évolue son intrigue. Puis face à l’immensité de certains paysages, il en fait ressortir la petitesse de l’homme, qui se croit plus grand qu’il ne l’est. Un bonheur qui est d’autant plus profond et touchant que le film est parcouru par une BO de Toru Takemitsu qui est aussi belle qu’elle est torturée.

Enfin, « Ran » est une distribution magistrale tenue par des acteurs bluffants. Si chacun des acteurs campent leurs rôles à la perfection, on retiendra toutefois Tatsuya Nakadai, qui incarne ce vieux Seigneur en fuite. L’acteur compose un personnage passionnant, jouant en permanence avec la folie, l’esprit de vengeance, la sénilité, le désarroi, mais aussi l’impuissance, l’incompréhension et les regrets. Touchant et intéressant à tout instant, il livre une performance comme rarement on a pu en voir. On en reste bouché bée et impressionné à la fois. Et c’est avec beaucoup de retard qu’on crie à la révélation !

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« Ran » est bel et bien l’immense chef d’œuvre dont on parle depuis maintenant une trentaine d’années. Œuvre noire, pessimiste, violente et en même temps belle, magnifique et poétique, Akira Kurosawa nous offre un film sensationnel doté d’un souffle épique comme on n’en voit que trop rarement.

Note : 20/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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