Deftones – Gore

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Avis :

L’évolution d’un groupe, voilà un sujet assez épineux et qui peut poser différents problèmes. En effet, soit un groupe décide de toujours servir la même chose au risque de lasser certaines personnes mais s’assurant un support de fans solide, soit un groupe peut tenter, de temps à autre d’aller vers d’autres genres ou alors de modifier un petit peu sa musique. Cette deuxième vision de l’évolution est une grosse prise de risque car elle peut décevoir les fans comme elle peut attirer un nouveau public. On a pu voir cela avec Linkin Park, délaissant rapidement le Nu Métal pour se concentrer sur de l’électro, avant de revenir vers un genre hybride et finalement pas si mal que cela. Mais le cas Deftones est encore plus intéressant. Fondé en 1988 à Sacramento, le groupe arrive avec un son déjà très particulier, entre des riffs des lourds et une voix planante lors des couplets et criarde au moment des refrains. Marque de fabrique facilement repérable, Deftones se fait rapidement un nom et la musique du groupe possède une véritable identité. Mais c’est lorsque l’on écoute les albums au fil des années que l’on se rend compte de l’avancée évolutive du groupe, changeant lentement mais surement de style. Point de rupture donc, mais à chaque fois un petit pas vers autre chose, permettant une mutation en douceur qui ne perturbe pas les fans, bien au contraire, le groupe s’octroyant toujours plus de groupies.

Gore est le huitième album du combo et il fait suite à l’excellent Koi No Yokan, sorti en 2013 et qui avait reçu un accueil critique très chaleureux. Du coup, passage difficile pour ce nouvel album qui, encore une fois, montre cette volonté du groupe à aller vers un autre genre tout en ne rompant pas les codes du Nu Métal. Prayers/Triangles ouvre le bal des hostilités dans un style très aérien qu’affection particulièrement le groupe. Seulement, et cela malgré une ambiance pesante et assez sombre, le morceau s’éloigne volontairement du métal pour lorgner du côté rock, avec des riffs assez lourds et bas lors des refrains, mais demeurant très aérien lors des couplets. Et si l’on reconnait la patte de Deftones et la voix si caractéristique de Chino Moreno, il n’en demeure pas moins que ce morceau montre à quel point le groupe à évoluer et livre des choses moins sanguines et plus structurées. Cela se confirmera avec Acid Hologram, qui est encore plus lourd au niveau des riffs, mais possédant toujours une rythmique assez lente et une voix très lancinante. Dans son ensemble, il est difficile de renier l’héritage de Deftones du début, tant l’album respire l’esprit du groupe, mais la structure de l’album demeure assez lente, plus apaisé, malgré des fulgurances plus pesantes et une ambiance générale bien sombre.

Deftones

On sent aussi que le groupe a mûri, certainement à cause du décès du bassiste des suites d’un grave accident de voiture, mais les structures de certains morceaux sont plus longues et mieux construites qu’auparavant. A titre d’exemple, on peut citer Geometric Headdress ou encore Phantom Bride, qui sont des titres qui ne marquent pas de prime abord, mais qui possèdent un charme certain tenant dans leur structure ou dans leur mélodie plus doucereuse. Cependant, le groupe n’est pa dupe et sait que s’il veut garder un vivier de fans, il lui faut des titres plus hardcore et c’est ce qu’il fait avec deux titres seulement, Doomed User et Gore. Deux titres qui envoient du bois au niveau des riffs et des saturations de grattes, avec une voix plus puissante, plus criarde qui colle parfaitement à la rythmique et à l’énergie dégagée lors du morceau. En faisant ainsi, mélangeant des titres puissants à d’autres plus calmes et construits, le groupe trouve une osmose que de rares autres groupes ont dénichée. Si cela peut ressembler à un pot-pourri de tout ce que sait faire le groupe, c’est en écoutant à plusieurs reprises l’album que l’on se rend compte de la puissance de celui-ci et de la qualité des compos, malgré des choix qui risquent de faire fuir certains fans. Hearts/Wires en est l’exemple même, un long titre planant, parfois plus violent, mais qui rentre dans une démarche d’évolution artistique sans jamais perdre son identité. Et c’est bien là le plus important, savoir se renouveler sans cesse sans jamais perdre de vue ce que l’on est.

Au final, Gore, le huitième album de Deftones, est une belle réussite une fois encore. Réussissant le tour de force de renouer l’ancien avec le récent, le groupe trouve un équilibre rarement atteint, proposant une galette variée, aérienne et puissante à la fois, tout en possédant une ambiance sombre et pesante. Traversant les époques avec une facilité déconcertante, Deftones montre encore une fois si nécessaire qu’il est un grand groupe sachant évoluer dans un respect total de ses fans mais surtout dans un respect inébranlable de la musique, s’éloignant encore et toujours des sentiers battus pour fournir un objet de grande qualité.

  1. Prayers/Triangles
  2. Acid Hologram
  3. Doomed User
  4. Geometric Headdress
  5. Hearts/Wires
  6. Pittura Infamante
  7. Xenon
  8. (L)Mirl
  9. Gore
  10. Phantom Bride
  11. Rubicon

Note : 18/20

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Par AqME

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