Les Intrus – Michael Marshall

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Auteur : Michael Marshall

Editeur : Albin Michel

Genre : Thriller

Résumé :

Depuis qu’il a quitté la police de Los Angeles, Jack Whalen est devenu écrivain et s’est installé dans une petite ville tranquille sur la côte nord du Pacifique, dans l’espoir d’échapper au chaos de la cité des Anges.
Un jour, un ancien copain de lycée, Gary Fisher, lui demande son concours pour élucider un double meurtre. Mais Jack a un dossier plus urgent à résoudre : sa femme Amy, partie en voyage d’affaires à Seattle, ne lui donne plus signe de vie, et cette disparition inopinée l’oblige à considérer leur histoire d’un œil neuf. De ce moment, toutes ses certitudes vont voler en éclats. D’ailleurs, tout change autour de lui, y compris ce bon vieux Gary, qui n’est sans doute pas celui qu’il prétend être.
Peut-être Jack Whalen trouvera-t-il des réponses à ces mystères dans les entrailles d’un immeuble de Seattle, sur les traces d’une fillette capable du pire…

Avis :

Qu’il s’agisse d’une œuvre littéraire ou cinématographique, le thriller est un domaine exigeant avec des codes précis, mais que l’on peut facilement manipuler avec un bon concept de départ. Avec la multitude de sous-genres qu’il propose, chaque lecteur peut s’orienter comme il le souhaite au travers de meurtres brutaux, de corruptions politiques, d’ésotérisme, d’innovations technologiques ou scientifiques… Après sa trilogie des Hommes de paille, Michael Marshall ne se cantonne pas à un genre (fantastique, épouvante…) et fait montre d’une inventivité peu commune quand il s’essaye au thriller paranoïaque avec Les intrus.

D’emblée, l’intrigue nous entraîne dans une inextricable spirale où mystères et suspense sont complices. Un grand point d’interrogation persiste sur les premières pages. Que se passe-t-il ? Quel est la nature du double meurtre ou le rôle de cette fille de 9 ans qui erre seule dans les rues ? Les pièces de l’énigme sont éparses, voire insaisissables dans les premiers instants. Michael Marshall les place au compte-gouttes à intervalles réguliers sans dévoiler la teneur véritable du livre. De fait, l’atmosphère est développée comme il se doit en jouant autant sur les appréhensions des protagonistes que sur les hypothèses échafaudées au fil de la lecture.

Ce n’est pas tant la curiosité que la manière dont l’histoire est écrite qui anime et motive la progression. Nanti d’un rythme soutenu qui ne faiblit jamais (même dans les phases plus posées), Les intrus fait la part belle aux faux-semblants, à la multiplication des points de vue, ainsi qu’à la disparité des pistes à explorer. Il en découle une architecture globale construite avec patience et talent pour susciter de nombreux sentiments chez le lecteur. Appréhension, engouement et doute se succèdent tandis que certains pans narratifs lorgnent du côté du fantastique. Tout est entrepris pour passer d’émotions en contradictions sans que l’on s’en rende compte.

Ici, l’on ne jouera pas sur une surenchère de violence ou de rebondissements éculés. Les tenants sont assez obscurs pour développer un cheminement âpre où l’immersion est le maître mot. Cette progression sinueuse et fascinante accompagne les intervenants dans leurs investigations ou leurs errements selon la place qui leur est allouée. De fait, il est bien difficile de savoir où l’on nous emmène. Et c’est justement grâce à ce suspense de tous les instants qu’on ne décroche pas. Le cœur de l’intrigue conserve habilement le secret qu’elle renferme sans lasser ou sombrer dans un parcours étiré jusqu’à l’absurde pour se complaire dans des subterfuges éculés.

Afin de donner le change, les protagonistes ont fait l’objet d’une attention toute particulière. Outre le fait qu’on les reconnaît aisément (ne serait-ce que par le style littéraire employé), ils se révèlent suffisamment étranges pour instiller à leur manière et à leur échelle leur part obscure où motivations, enjeux et passé entrent en collision. Les indices sont subtils pour deviner la place de chacun au centre d’une conspiration à peine dissimulée. En ce sens, le traitement demeure assez flou, sans dichotomie possible. Les notions d’ennemis ou de méchants prennent une signification différente que l’on rapprochera davantage de la réalité que de toute autre fiction.

Au final, Les intrus est un thriller comme on en voit rarement. Suspense construit avec talent, l’histoire s’avère aussi singulière que surprenante. Loin d’être un pétard mouillé qui démarre sur les chapeaux de roue, ce roman use à merveille les codes du thriller paranoïaque tout en les détournant habilement pour éviter de sombrer dans le conventionnel. Michael Marshall signe une partition proche du sans-faute avec une qualité de style exceptionnelle. Il n’en oublie pas le soin apporté à la progression de l’intrigue qui amène à une conclusion déroutante. Une œuvre aussi déstabilisante qu’originale.

Note : 18/20

Par Dante

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