décembre 2, 2020

Jodorowsky’s Dune – Chef d’œuvre Virtuel

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De : Frank Pavich

Avec Alejandro Jodorowsky, Michel Seydoux, H.R. Giger, Brontis Jodorowsky

Année : 2016

Pays : Etats-Unis

Genre : Documentaire

Résumé :

En 1975, le producteur français Michel Seydoux propose à Alejandro Jodorowsky une adaptation très ambitieuse de « Dune » au cinéma. Ce dernier, déjà réalisateur des films cultes « El Topo » et « La Montagne sacrée », accepte. Il rassemble alors ses « guerriers » artistiques, dont Jean Giraud (Moebius), Dan O’Bannon, Hans-Ruedi Giger et Chris Foss qui vont être de toutes les aventures cinématographiques de science-fiction de la fin du siècle (« Star Wars », « Alien », « Blade Runner », « Total Recall » etc.).Le casting réunit Mick Jagger, Orson Welles, Salvador Dali, David Carradine ou Amanda Lear, mais également son jeune fils Brontis Jodorowsky, Pink Floyd et Magma acceptent de signer la musique du film… L’équipe de production recherche 5 millions de dollars pour finaliser le budget et se heurte à la peur des studios hollywoodiens qui craignent le tempérament de Jodorowsky…

Avis :

Producteur et réalisateur de documentaire, Frank Pavich est un quasi-inconnu chez nous, et seuls ceux qui ont jeté un œil sur son documentaire « N.Y.H.C. » sorti en 1999 peuvent entrevoir qui est l’homme, pour les autres ce n’est point la peine de chercher.

Et c’est pourtant ce quasi-inconnu qui va livrer peut être l’un des meilleurs documentaires de cette année 2016. Car « Jodorowsky’s Dune » n’est pas simplement bon, il est aussi passionnant, bluffant et très frustrant, car à la sortie de la salle, on ne peut qu’imaginer le chef d’œuvre de science-fiction à côté duquel on est passé.

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Le « Dune » de Jodorowsky est considéré par beaucoup comme le plus grand film de science-fiction que le monde du septième art ait connu, enfin sur le papier, car mal heureusement après deux ans de travail, un casting bouclé et des problèmes techniques quasi-résolus, Jodorowsky a dû abandonner son film et de celui-ci, il ne restait plus que les esquisses et autres croquis de l’équipe que le réalisateur avait réuni.

Alors à force d’en entendre parler, à force de le rêver, Frank Pavich a voulu en savoir plus et a finalement l’idée d’en faire un documentaire. Pour cela, il a donc effectué un sacré travail de recherche et a aussi contacté une belle partie de l’équipe de l’époque pour que ces derniers nous parlent en toute franchise et avec nostalgie de ce qui aurait pu être un PUTAIN de film !

À travers les âges et les époques, beaucoup de films qui auraient pu être des chefs d’œuvres, ou simplement bons, divertissants ou même mauvais, se sont finalement retrouvés piégés au fin fond des tiroirs dans des maisons de production. Si pour 90 %, on en n’entendra jamais parler, certains d’entre eux étaient si ambitieux, si fous, et faisaient tant rêver, que même sans jamais être réalisé, ils ont fini par devenir cultes et sont très souvent cités et imaginés dans des conversations. Comme ça, on pourrait citer le « Superman Lives » de Tim Burton, « L’enfer » d’Henri George Cluzot, le « Napoléon » de Kubrick, ou encore « Le petit prince » d’Orson Welles, puis « L’homme qui tua Don Quichotte » de Terry Gilliam. Bref, tant de projets qui resteront dans le domaine du fantasme. Mais parmi eux, il y en a un dont l’aura et l’ambition surpassent de très loin ce que l’on pourrait imaginer. Ce film, c’est l’adaptation de « Dune » réalisé par Alejandro Jodorowsky.

Et avant même d’aborder cet excellent documentaire qu’il faut voir quand il va sortir, on va énoncer quelques noms qui se trouvaient engagés sur le film. Alors accrochez-vous ! « Dune » version Jodorowsky, c’est bien sûr ce réalisateur visionnaire et avant-gardiste derrière la caméra. Mais c’est aussi celui qui avait réussi à réunir dans son équipe artistique le dessinateur Moebius, le scénariste Dan O’Banna et H.R Giger pour les décors, les costumes et l’univers du film. Le « Dune » de Jodorowsky devait être joué par Mick Jagger, Dali, Orson Welles, David Carradine et Amanda Lear, rien que ça ! Et cerise sur le gâteau, la bande originale devait être composée d’un côté par Pink Floyd et de l’autre par le groupe français Magma.

« Jodorowsky’s Dune » est un documentaire assez simple dans les grandes lignes, puisqu’il va nous raconter la naissance du projet, son développement, la carte blanche dont le réalisateur a joui, la créativité infinie, l’investissement et l’amour pour ce film que les protagonistes ont eu, puis enfin cet abandon. Bien sûr, comme on l’imagine, le tout est entrecoupé d’interviews de l’équipe technique, de certains acteurs, de producteurs de l’époque, de passionnés, de critiques et autres réalisateurs (Nicolas Winding Refn, Richard Stanley) et du réalisateur lui-même qui devient au fur et mesure de ses confidences le héros de ce documentaire. Alors c’est vrai que comme ça, des documentaires avec cette construction, on en a déjà vu des dizaines, mais ce n’est pas pour ça que le film ne sera pas intéressant. Et c’est même tout le contraire, car Frank Pavich nous offre un documentaire passionnant, riche, fourni de détails et d’idées (les séquences d’animation du Storyboard de Jodorowsky valent à elles seules le déplacement !). Et c’est donc avec beaucoup de passion et de sincérité dans sa démarche que Frank Pavich offre la possibilité au public d’être les témoins d’un travail de titan afin de présenter aux studios le projet le plus solide qui soit. Et c’est un peu comme un miracle que le réalisateur va réussir à faire de cet « échec » une totale réussite nécessaire. Une réussite qui se doit être vue, car elle aide à comprendre un peu mieux comment Hollywood fonctionne. Le film est touchant, car les protagonistes se livrent comme rarement. Sans pathos, sans haine, sans rancœur ni jugement, sans appuyer ou taper du bâton sur telle ou telle personne parce que le projet n’a pu se faire. Frank Pavich a simplement recueilli ces confidences de la part du réalisateur lui-même, dont la passion pour ce projet reste intacte, mais aussi de ces guerriers comme il les appelait, ceux qui y ont cru et qui se sont donnés à fond. Le tout sera même raconté avec de bonnes touches d’humour bienvenues qui nous feront plus que sourire.

En fait, le seul petit bémol que l’on peut reprocher au film, c’est que tout le monde est encore convaincu que le film aurait été le plus grand film de l’histoire du cinéma, oubliant d’évoquer, ou de se réserver, sur un possible échec qu’il aurait pu être aussi, ce qui est un peu dérangeant parfois, car derrière la passion, ça peut aussi paraitre prétentieux. Le moment où Jodorowsky qualifie son film de prophète par exemple est peut-être un peu trop.

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« Jodorowsky’s Dune » est donc un très très bon documentaire. C’est même un documentaire passionnant sur un chef d’œuvre virtuel qui ne peut que laisser rêveur et encore plus après avoir vu le film de Frank Pavich. Alors si jamais vous avez la chance que le film passe près de chez nous, n’hésitez pas longtemps, car ce serait dommage de le louper sur grand écran.

Note : 17/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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