octobre 24, 2020

Annie Lennox – Nostalgia

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Avis :

Faire un album de reprises, c’est un pari très risqué. Que l’on soit un nouveau venu dans le monde de la musique ou que l’on soit un vieux briscard des micros, il y aura toujours quelqu’un pour critiquer la façon de faire et le but final du projet. C’est tout simple, soit c’est s’approprier un répertoire facile pour gagner en notoriété rapidement, soit c’est un manque d’idées et une façon de faire du pognon en attendant que la lumière céleste de la créativité revienne. Dans tous les cas, proposer ce genre d’album confronte l’artiste avec des détracteurs dès le départ. Mais lorsqu’en plus on touche à des standards ou des stars intouchables, il faut avoir le cœur bien accroché. Ou une forte envie de marquer les esprits sur notre génération actuelle. Parce qu’il ne faut pas croire, mais que ce soit pour proposer des découvertes (ou redécouvertes) ou pour remettre un chanteur décédé au gout du jour, on peut y voir aussi un reflet de notre société qui part à vau l’eau. Il suffit d’écouter l’album de reprises des chansons de Balavoine par la génération actuelle, et on regrette vraiment une époque où l’apparence et les trémolos n’étaient synonymes de réussite artistique.

Mais faisons fi de tous ces a priori, surtout quand on regarde quelle artiste est à la barre d’un nouvel album de reprises. Parce qu’Annie Lennox, ce n’est pas Soprano ou M. Pokora, loin de là. Active au sein de plusieurs groupes depuis 1975, elle connait le succès mondial en 1983 avec Eurythmics et le morceau Sweet Dreams, qui deviendra un incunable du genre, repris des milliards de fois par de nombreux artistes d’horizons différents comme Marylin Manson par exemple. C’est en 1992 qu’elle commence une carrière solo et Nostalgia est son dernier album en date, sorti en 2014. Mais qu’est-ce donc que ce Nostalgia ? C’est le cinquième album solo de la chanteuse, mais c’est surtout un album de reprises des standards américains des années 30 et 40. De Ray Charles à Billie Holiday en passant par Duke Ellington, la chanteuse, après des heures de visionnage sur Youtube, a décidé de reprendre ces classiques à sa sauce, avec un piano et parfois d’autres artifices. Est-ce réussi ? Plutôt, même si malheureusement l’album pêche énormément en son milieu.

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Il faut dire que la chanteuse s’est permis d’entrer dans un genre assez difficile d’accès, un jazz relativement simpliste qui contraste parfois avec les énergies des titres repris. Ainsi, l’ambiance générale du skeud se veut très feutrée, très calme, assez lounge, sans jamais vraiment tenter des incursions pop ou une prise de risque trop élevée. C’est le principal reproche que l’on pourrait à cet album qui a du mal en son milieu à maintenir une énergie constante. C’est assez mou, malgré un aspect technique irréprochable, et certains titres ont même l’audace de se ressembler un petit peu. On retrouve cet effet avec I Cover the Waterfront et Strange Fruit, deux titres subtils mais relativement identiques aussi bien dans leurs structures que dans leurs rythmes. On retrouve le même état de fait avec You Belong to Me, September in the Rain et I Can Dream, Can’t I ?. Du côté, difficile de dire si la chanteuse était très inspirée pour faire cet album ou si c’était juste l’occasion de se faire un petit plaisir en reprenant des standards qui lui plaisait beaucoup. Parce qu’en termes d’inventivité et de créativité, on sent que c’est assez faiblard et c’est bien dommage.

Mais fort heureusement, tout n’est pas à jeter dans ce court album (12 chansons pour un poil plus de 40 minutes d’écoute). En effet, le départ est assez tonitruant avec deux titres explosifs. La chanteuse commence doucement avec Memphis in June, mais c’est surtout Georgia on my Mind de Ray Charles qui va marquer le début des hostilités. Forcément moins pêchu que le titre original, la chanteuse va quand même arriver à en faire quelque chose sans pour autant dénaturer le morceau de base. C’est plutôt doux, mais c’est magnifiquement interprété, avec une voix suave parfaite qui colle volontiers à l’ambiance voulue. On retrouve cela avec le culte I Put a Spell on You. La chanteuse fait des merveilles avec sa voix que l’on sent pure. Elle n’a pas besoin de hurler ou de faire des effets pour prouver qu’elle a des capacités vocales et elles n’usent jamais de toute sa puissance, ce qui est agréable. Enfin, en fin d’album, on retrouve Mood Indigo, où la chanteuse délaisse le jazz pour du blues, du vrai, du pur et ça fait vraiment du bien, car non seulement cela apporte de la variation au skeud, mais aussi une énergie insoupçonnée qui finit par réveiller l’auditeur.

Au final, Nostalgia, le dernier album d’Annie Lennox, est plutôt une bonne surprise, même s’il comporte quelques défauts évidents. Malgré une redondance lénifiante en plein milieu de l’album, l’ancienne membre des Eurythmics arrive à captiver son public grâce à une voix subtile et suave qui colle parfaitement à cette ambiance jazzy lounge. Un album qui peut sembler être opportuniste, mais qui respecte ses standards sans pour autant les transcender.

  1. Memphis in June
  2. Georgia on my Mind
  3. I Put a Spell on You
  4. Summertime
  5. I Cover the Waterfront
  6. Strange Fruit
  7. God Bless the Child
  8. You Belong to Me
  9. September in the Rain
  10. I Can Dream, Can’t I?
  11. The Nearness of You
  12. Mood Indigo

Note: 13/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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