décembre 5, 2020

Les Côtelettes

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De : Bertrand Blier

Avec Philippe Noiret, Michel Bouquet, Farida Rahouadj, Hammou Graïa

Année : 2003

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Le Vieux et Léonce, deux hommes d’un âge certain, discutent de la vie, de la mort, des femmes ou encore du sexe. Tous les deux vont être troublés par l’apparition de Nacifa, leur jeune et nouvelle femme de ménage maghrébine.

Avis :

Après avoir passé la décennie des années 90 de manière plus tranquille, Bertrand Blier enchaîne les années 2000 avec tout autant de tranquillité et presque d’invisibilité puisqu’il ne va réaliser que quatre films qui vont être tous (à tort) des échecs et surtout mal aimés. Après s’être moqué des acteurs avec son film justement appelé « Les acteurs« , l’un des réalisateurs les plus irrévérencieux de nos contrées s’apprête alors à officier sa messe et elle sera vulgaire, misogyne, raciste, hilarante et surtout jubilatoire.

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Léonce est un vieil homme qui s’ennuie dans sa vie et fantasme sur sa femme de ménage. Un soir, alors qu’il dîne en famille, il entend frapper à sa porte. Quand il ouvre cette dernière, il trouve un vieil homme qu’il ne connaît pas. L’homme reste et est désagréable, lui signifiant que le hasard a choisi la porte de Léonce et qu’il est là pour le faire chier…

À point, grillé, saignant ? Comment aimez-vous vos côtelettes ? Pour Bertrand Blier ce sera saignantes, très saignantes, avec un soupçon de vulgaire, une cuillerée d’irrévérence et surtout une très très grosse loupe de second degré. Quand on connaît la filmographie du bonhomme, on sait qu’il vaut mieux savoir où l’on met les pieds quand on se lance dans un film signé Bertrand Blier. Et ce conseil vaut encore plus particulièrement quand on s’apprête à poser les yeux sur ces « Côtelettes« , ovni parmi les ovnis d’un réalisateur qui cherche en permanence à bousculer les codes du cinéma pour offrir du neuf, quitte à secouer le public.

Pour ce deuxième film des années 2000, Bertrand Blier fait fort et livre un film complétement déstructuré, sans espace ni temps, passant d’un décor à un autre sans raison apparente avec pour seul lien la conversation en cours. Le film ressemble à un rêve ou un cauchemar selon les parties dans lesquelles vous vous trouverez. Oubliez donc l’intrigue, car on ne peut pas dire qu’il en ait vraiment une. Sorte de fantasmagorie sombre à l’humour très noir, « Les côtelettes » est avant tout un film de dialogues. D’ailleurs, c’est un film qui ne tient uniquement que sur ses dialogues qui se savourent aux petits oignons. Amenant à des situations toutes plus absurdes les unes que les autres, le film de Blier ne va pas se taire une minute pour notre plus grand bonheur et chaque réplique peut devenir culte tant elle est radicale et loin de ce que l’on a l’habitude d’entendre. Surtout, chaque réplique déclenche des sourires et des rires, gênés ou non. C’est avec un humour très sombre, presque dérangeant, que le réalisateur va aborder l’amour, la vie, la mort, le couple, le sexe, la vieillesse, la solitude, la politique, la morale, le fantasme, le temps qui défile, l’homosexualité et tant d’autres sujets. Parfois pris à la déconnade, parfois choquant volontairement, on ressent quand même une certaine mélancolie et une profonde tristesse derrière ces « Côtelettes« , un peu comme si le réalisateur dresse un bilan de la vieillesse. « Les côtelettes » serait donc un film rustre, raciste et misogyne au premier plan, mais plus profond et plus tendre qu’il n’en a l’air, si l’on gratte un peu et c’est ce qui est joli avec ce film. Au premier abord, on a le droit à une comédie conne et méchante, et dans le fond, on a un drame plus touchant.

Pour nous accompagner, nous faire marrer et nous toucher, le réalisateur s’offre un duo de grands comédiens remarquables, Philippe Noiret et Michel Bouquet et les deux font vraiment la paire. L’un ne va pas sans l’autre et ensemble, ils font des merveilles, offrant une énergie, un rythme et une classe pas possible et cela même quand le film tombe à outrance dans la vulgarité. On notera aussi l’hilarante Catherine Hiegel qui incarne la mort de manière singulière. L’actrice s’en donne à cœur joie dans des répliques improbables. On pourra aussi compter sur le charme, la grâce et la féminité de Farida Rahouadj que le réalisateur sait décidément très bien mettre en valeur.

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Mal aimé, mal compris, « Les côtelettes » mérite vraiment le coup d’œil. Avec ce film, Bertrand Blier livre son métrage le plus culotté de ces dernières années. « Les côtelettes » est un film qui met vos repaires à mal, c’est un film qui va déranger presque uniquement sur ses dialogues et son concept. Jubilatoire pour certains, affreux pour d’autres, je vous invite vraiment à tenter l’expérience. Par contre, si jamais vous n’accrochez pas d’emblée, ce n’est peut-être pas la peine d’aller plus loin, car tout le film, absolument tout le film, est ainsi.

Note : 17/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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