octobre 28, 2020

Les Yeux de Julia

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Titre Original: Los Ojos de Julia

De : Guillem Morales

Avec Belén Rueda, Lluis Homar, Julia Gutierrez Caba, Pablo Derqui

Année : 2010

Pays : Espagne

Genre : Thriller/Horreur

Résumé :

Quand Julia apprend la mort soudaine de sa sœur Sara, tout semble clairement indiquer qu’elle s’est suicidée. Mais Julia n’arrive pas à accepter cette version des faits et commence à passer au crible les événements qui ont eu lieu les derniers mois avant le drame. La découverte d’éléments déconcertants, en désaccord avec la personnalité de Sara, et sa rupture de contacts avec son entourage, ne font que nourrir les soupçons de Julia quant aux circonstances réelles du décès. Décidée à résoudre l’énigme de cette ultime période, Julia devient l’objet d’une singulière menace qu’aucune autre personne autour d’elle, y compris son mari Isaac, ne semble percevoir, alors même que la maladie dégénérescente dont elle souffre prend le dessus, la plongeant petit à petit dans l’obscurité. La compréhension et l’amour d’Isaac avaient jusqu’alors eu raison des attaques de cécité de Julia, mais une série d’incidents inquiétants, et toujours plus violents, menacent son équilibre, l’enfermant inexorablement dans le monde des ténèbres, à la merci de la présence terrifiante qui s’y terre…

Avis :

A l’heure où le cinéma débile prend le dessus, à l’image de tous ces blockbusters inintéressants au scénario simpliste et aux effets spéciaux numériques tape à l’œil, il existe encore et toujours des irréductibles pour mettre en avant des films intelligents, au scénario alambiqué et surtout à la mise en scène inventive. Les Yeux de Julia fait partie de ces films, donnant du jus au spectateur et voulant instaurer une vraie ambiance comme on n’en voit plus depuis les premiers giallos de Dario Argento. Car si le film sonne comme quelque chose de nouveau, il représente aussi un hommage évident aux films de genre italiens et il possède une atmosphère relativement glaçante, jouant avec les lumières et les nerfs du spectateur. Mais pourquoi être aussi élogieux d’entrée de jeu, dès l’introduction de cet article ? Tout simplement parce que Les Yeux de Julia est passé inaperçu de par chez nous et qu’il mérite amplement le détour. D’autant qu’il s’agit d’une production Guillermo Del Toro et que le monsieur a du gout, comme on a pu le voir avec L’Orphelinat ou encore Le Labyrinthe de Pan. Alors êtes-vous prêts pour un voyage où la vue, l’un des sens les plus importants pour le cinéphile, se perd petit à petit ?

Le scénario du film demeure assez simple en soi, comme tout giallo qui se respecte. Mais il va jouer avec nos sens et surtout avec notre perception et c’est en ce sens que le film demeure unique. On va donc voir une femme aveugle gueuler après quelqu’un, mais on ne voit rien. L’ambiance est glaçante, mettant en avant un orage où seuls les éclairs demeurent une source de lumière. La femme décide alors de se pendre, mais au moment où elle hésite, un pied étranger vient frapper le tabouret. Sa sœur jumelle, atteinte elle-aussi de la même maladie dégénérative de la vue, vient sur les lieux et se pose des questions sur la mort de sa sœur. Elle va vite découvrir l’entourage de sa sœur, faite de jeunes femmes aveugles et de voisine tout aussi non voyante et elle va petit à petit voir et croire en un tueur profitant de la cécité de sa sœur et de la sienne. C’est le postulat de base d’un film dont l’histoire va demeurer plus complexe et qui va explorer l’altération de la vision, mais aussi le regard que l’on peut poser sur les autres et sur soi-même. C’est d’ailleurs la principale force de ce film, qui pousse à se poser des questions sur le regard. En dehors du fait de mettre en avant une maladie de la vision, on va voir des gens qui se questionnent sur leur vie, sur leur point de vue, sur leur façon dont le regard des gens se pose sur eux. On est donc face à un film qui interpelle le spectateur, sur sa façon d’être, mais aussi sur sa façon d’appréhender les gens.

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Chérie, promis, je vais essayer les pilules bleues !

Mais en dehors du fait de cette intelligence et du message fort proposé par Guillem Morales, il y a une ambiance d’une froideur incroyable dans le film. A l’image du début où seuls les éclairs d’un orage sont la seule source de lumière, le film baigne dans une mélancolie glaciale et fait référence à des films comme Ténèbres de Dario Argento. Le passage le plus flagrant étant le centre où les jeunes femmes aveugles se retrouvent, sorte de blockhaus gris où les handicapés visuels se retrouvent en sous-sol dans un vestiaire décrépi. Et tout le film possède cette mélancolie dramatique, jusque dans les interactions entre les personnages où l’on peut voir et sentir les problèmes du couple. Le travail sur les jeux de lumière est assez équivoque sur la volonté de mettre en avant l’obscurité et la faculté de passer inaperçu. Le métrage fait preuve d’un grand savoir-faire en matière d’ambiance et propose vraiment quelque chose de froid, de dur, mais de tellement possible, ajoutant à cela des moments d’angoisse géniaux comme la confrontation entre Julia recouvrant la vue et le tueur de sa sœur, face à face tendu, où les deux veulent jouer aux plus malins. Et c’est là que prend véritablement le film, lors de cette ultime confrontation où l’hommage au giallo est plus fort que jamais !

Bien entendu, le film ne serait rien sans la performance incroyable de Belén Rueda, véritable milf mais au jeu d’actrice si puissant. Déjà vu dans L’Orphelinat, elle offre ici une prestation sans failles de la femme qui n’a plus rien à perdre et qui perd petit à petit la vision. Les faux-semblants s’accumulent, les hypothétiques suspects se font nombreux et la jeune femme semble perdue dans ce monde brut. Elle réalise un véritable coup de force, notamment lorsqu’elle joue la fausse aveugle face au tueur de sa sœur, avec la sublime scène du couteau. Mais il faut aussi féliciter Pablo Derqui, jouant le tueur, qui demeure absolument froid et malade mental, donnant dans un registre effrayant et parfois touchant malgré sa folie pure. Lluis Homar, acteur reconnu en Espagne, tient le rôle du mari, et il tient bien son rôle, s’inquiétant véritablement pour sa femme. Le reste du casting est vraiment très bon, de la grand-mère aveugle aux voisin pervers, tout cela est vraiment parfait, donnant un sentiment de malaise constant et renvoyant au spectateur une nature humaine souvent odieuse et visuellement violente.

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Mais non, c’est avoir le compas dans l’œil, pas le couteau dans l’œil !

Mais ce qui est encore plus fort, à l’image de tous ces films d’horreur actuels, qui se contemplent dans un gore excessif et grotesque, Les Yeux de Julia va prendre le parti de faire peur sans présenter de sang ou très peu. On aura bien une scène violente avec un magnifique coup de couteau et une fin un peu plus sanglante, mais le film propose un simple sentiment de malaise, d’épiage et surtout il propose un jeu d’ombre assez angoissant, reflétant les aspects les plus vils de l’espèce humaine. Les raisons du tueur sont glauques à souhaits, et sa folie l’emporte jusqu’au plus profond de lui-même. De ce fait, Morales va emporter le spectateur dans une course aux indices angoissantes et surtout dans une peur du noir universelle où l’on prend la place de l’héroïne et où nos perceptions sont altérées !

Au final, Les Yeux de Julia est un thriller horrifique de haute volée, qui rappelle allégrement les premiers giallos de Dario Argento. Visuellement superbe et exploitant au maximum les jeux de lumière et d’obscurité, Guillem Morales signe un film percutant, angoissant et prenant. La mise en scène est parfaite et les questionnements sur l’aspect de l’être humain en dehors de la vue sont très prégnants. Bref, un excellent film en dehors des normes du cinéma actuel.

Note : 17/20

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AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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