décembre 2, 2020

Deadpool – Daddy Cool

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De : Tim Miller

Avec Ryan Reynolds, Morena Baccarin, Ed Skrein, Gina Carano

Année : 2016

Pays : Etats-Unis

Genre : Action

Résumé :

Deadpool, est l’anti-héros le plus atypique de l’univers Marvel. A l’origine, il s’appelle Wade Wilson : un ancien militaire des Forces Spéciales devenu mercenaire. Après avoir subi une expérimentation hors norme qui va accélérer ses pouvoirs de guérison, il va devenir Deadpool. Armé de ses nouvelles capacités et d’un humour noir survolté, Deadpool va traquer l’homme qui a bien failli anéantir sa vie.

Avis :

Dans le bestiaire de l’univers Marvel, il y a un trublion, un fauteur de troubles qui répond au doux nom de Deadpool. Figure emblématique chez les lecteurs de Comics, Deadpool a la particularité de se savoir un personnage de comics et donc de discuter par moments avec son lecteur. Véritable électron libre de l’écurie à Spiderman, Deadpool semblait inadaptable au cinéma. Et pourtant, il a fait sa première apparition dans X-Men Origins : Wolverine en 2009 sous la houlette de Gavin Hood et se fut un véritable scandale. Mutique, transparent, doté de pouvoirs incohérents comme celui de lancer des lasers avec ses yeux, ce personnage fut une véritable trahison pour les fans. Et pour son interprète. Ryan Reynolds ne s’est jamais vraiment remis de ce personnage et de son traitement anémique. Enfilant le costume vert de Green Lantern en 2011, qui fut aussi une déception, l’acteur décide de prendre le taureau par les cornes et annonce sa volonté de faire un film unique sur Deadpool, en respectant le matériau de base. S’ensuivit une série de photos, teasing et encouragements de la part des fans. Jusqu’à ce jour où le film sort sur les grands écrans, brisant les codes du film de super-héros.

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Et il était attendu au tournant ce cher Ryan Reynolds afin de réhabiliter l’image du plus fou des mutants de l’écurie Marvel. Le pari est-il réussi ? Oui. Un grand et beau oui, puisque non seulement le film est très réussi dans sa globalité, mais en plus de cela, il reste une œuvre à part dans l’univers Marvel. Loin des stéréotypes que l’on nous sert depuis presque dix ans, Deadpool se rapproche plus de Kick-Ass dans sa façon irrévérencieuse de traiter le super-héros. Loin d’être un enfant de chœur, le personnage est un ancien mercenaire qui va avoir des pouvoirs à cause d’un traitement expérimental contre le cancer. A ce moment-là, les motivations du personnage ne seront pas héroïques, mais concerneront une vengeance froide envers celui qui a mené ces expériences. Dès le départ, le ton est donné, on écarte le récit manichéen pour proposer une réelle vision d’un héros qui se fout de tout et qui n’hésite pas tuer pour parvenir à ses fins. D’ailleurs, il y aura une réflexion sur la fin sur la différence entre être un héros ou non, et le film fait clairement le choix d’être subversif sans avoir aucun retour psychologique. C’est très intéressant de fournir une image comme celle-là qui le détache un peu plus des super-héros lisse que l’on nous sort chaque année.

Mais au-delà même des raisons du héros, le film se détache des autres productions super-héroïques par un ton libertaire et vulgaire. Deadpool joue à fond la carte du gratuit que ce soit dans les paroles et dans les actes. Les insultes fusent, les traits d’esprit graveleux sont légion et le gore sera à l’honneur avec quelques passages gratinés, dont une scène d’ouverture dantesque. Et même si parfois c’est gratuit, la différence de ton est tellement énorme par rapport aux autres films Marvel que cela en est libérateur. Mais quand on connait le personnage du comics, il y a un profond respect du matériau de base (d’ailleurs, le créateur de Deadpool l’a affirmé) et cela justifie les paroles et les actes du héros. Et derrière cette liberté de ton, il y a une volonté de rompre avec le schéma gargantuesque du film de super-héros. Ce schéma structurel est aussi cassé par une narration en flashbacks, expliquant ainsi les raisons du combat de Deadpool face à Ajax, trouvant une non linéarité temporelle salvatrice et bien foutue.

Néanmoins, on pourrait reprocher deux choses à ce film. La toute première, c’est la surenchère de clins d’œil aux fans. Clairement, Ryan Reynolds a su soigner les fans du personnage et des autres productions super-héroïques en plaçant de nombreuses références à d’autres films. D’un cynisme certain, l’acteur n’hésite à se moquer de son précédent rôle ou même de son personnage de Green Lantern, allant même jusqu’à se moquer de lui, faisant référence à une époque où les critiques le trouvaient très mauvais acteur. Cette mise en abîme prouve une certaine maturité de la part du comédien, mais parfois cela va trop loin et devient presque un film pancarte, gérant au maximum les réactions du public en fonction des images ou des mots employés. Ensuite, malgré sa volonté de briser les codes du film de super-héros, Deadpool en suit quand même les traces sur certains points et notamment la séquence finale qui n’arrive pas à rompre avec le classicisme de ce genre de film. On pourrait presque reprocher au film de ne pas aller au bout de son concept, malgré les nombreuses références et son ton badin.

Cependant, ce ton irrévérencieux trouvera une contrebalance durant le métrage. Et c’est là la grande force du film, c’est qu’il change de ton et de registre en quelques secondes. On passe d’une comédie à un film très sombre, où l’humour n’a plus lieu d’être hormis une sorte de dédramatisation de la peur du héros. Cette peur est extrêmement bien gérée puisque l’on aura déjà de l’empathie pour le personnage et on craindra pour lui dans ce qui deviendra ensuite son leitmotiv pour buter le méchant. La réalisation du Tim Miller est propre même si elle reste assez académique sans forcément des plans de folie, hormis un début en slow motion parfaitement exécuté. Il arrive par contre à gérer les deux ambiances avec aisance, trouvant des filtres de couleurs adaptés (vert et bleu pour le côté horreur et plus lumineux pour le reste) et optant pour une mise en scène plus intimiste dans les moments plus tendus.

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Au final, Deadpool est une excellente surprise et tout le buzz fait autour n’est pas un nuage de poudre, bien au contraire. Complètement dénué de son carcan de film de super-héros, Deadpool ne rentre dans aucune case et offre un nouveau regard sur ce genre de production totalement surfaite aujourd’hui. Libertaire, gore et irrévérencieux en plus d’être drôle, le film réussit son pari d’être une œuvre méta, à contre-courant de la tendance et ça fait un bien fou. Reste à savoir maintenant si Marvel va s’appliquer à garder quelques soupapes comme celle-ci de temps à autre ou s’ils vont appliquer cette recette gagnante à chaque métrage, sans légitimité, montrant sa seule volonté de faire du fric sur une pop culture devenue quasi mythologique. Seul l’avenir nous le dira, mais force est de constater que ce film déstructure des bases de façon brillante sans pour autant rompre son lien de parenté avec les autres productions comme X-Men. Il sera juste difficile de mettre Deadpool dans un crossover de la maison d’édition tant il est antinomique du reste des super-héros.

Note : 18/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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