Close Range – Baston sous Lexomil

close_range

De : Isaac Florentine

Avec Scott Adkins, Nick Chinlund, Caitlin Keats, Jake La Botz, Tony Perez, Madison Lawlor

Année: 2015

Pays: États-Unis

Genre: Action

Résumé:

Pour protéger sa sœur et sa nièce, un soldat solitaire devenu hors-la-loi s’engage malgré lui dans un combat sans merci contre un shérif corrompu, ses adjoints soumis et un dangereux cartel de drogues.

Avis :

Scott Adkins est un acteur qui s’est trompé de décennie.

Il est évident maintenant qu’il aurait du faire carrière dans les années 80, à une époque où les gros bras et artistes martiaux virevoltants pullulaient autant sur les écrans que dans les rayons des vidéo-clubs, avec tellement de succès qu’il y avait de la place pour tout le monde, de la superstar Schwarzenegger au tout petit Robert Ginty (surtout connu des amateurs pour le vigilante Exterminator et l’indétrônable nanar White Fire/Vivre pour survivre).

À une époque où il n’y a guère plus de place que pour les énaurmes effets numériques et les scènes de destruction massive à 200 millions de dollars qui doivent leur succès à une license plus qu’au physique et à l’aura de leurs interprètes, Adkins, au même titre qu’un Michael Jai White, peine à trouver sa place. Malgré une énergie et des capacités martiales à toute épreuve, son charisme un peu lisse et son jeu lui limité ne lui permettent pas (ou rarement, de tous petits rôles dans Danny the Dog, La Panthère Rose, Bourne Ultimatum et Zero Dark Thirty, une apparition dans Expendables 2 et son Amphytrion dans le Hercule déjà oublié de Renny Harlin) de dépasser le stade du DTV, bien moins visible aujourd’hui qu’il y a 30 ans.

Et si lui-même ne se fait peut-être pas la réflexion (encore que, qui sait ce qui se passe dans sa tête), on voudrait parfois pour lui pouvoir revenir à l’époque des glorieuses 80’s.

Isaac Florentine, lui, ne se pose pas la question. Les années 80, il ne les a jamais quitté.

Il y a des gens comme ça, qui prennent des décisions le sourire aux lèvres en faisant des doigts à tout ce qui passe. Et pourtant sa carrière n’a commencé qu’en 1992, avec un Desert Kickboxer qui sentait encore bon la décennie précédente (malgré des qualités toutes… relatives). Mais voilà, apparemment, il a ça dans le sang, il veut continuer à faire vivre l’esprit des 80’s, notamment avec Olivier Grunner, le français lui aussi arrivé un peu trop tard pour profiter de la vague, dans Savate. Et son travail de longue haleine sur les différentes séries Power Rangers, de 1996 à 2001, n’a sûrement fait que renforcer son goût pour les effets cheap mais rigolo, les acteurs bondissant et les cadrages outrancièrement iconiques. Du con mais drôle et décomplexé High Voltage au con mais drôle et très patriotique Special Forces, jamais les films de Florentine ne sont de réels chefs-d’œuvre du film d’action, mais rares sont les ratages, et on ne peut décemment pas faire la fine bouche devant les héros mal rasés qui plongent au ralenti en tirant sur des méchants patibulaires, les woush, woush ! à chaque coup de pied et autres cabrioles en contre-plongée.

Florentine, c’est un peu le Joseph Merhi ou le Craig R. Baxley du nouveau millénaire (z’avez qu’à chercher leur filmo sur le net bande de moules), de très honnêtes artisans qui ont essayé coûte que coûte de faire perdurer l’esprit 80’s par delà ses cendres (sans trop de succès malheureusement, Merhi s’étant concentré sur le production à la fin des années 90 et Baxley retombant bien vite dans l’anonymat de la vidéo et de la série).

Aussi, quand ces deux là se rencontrent en 2003, dans Special Forces justement, c’est l’inévitable coup de foudre. Le déclic qui leur fait réaliser que leur duo provoquera des étincelles. Adkins, malgré son temps de présence à l’écran limité, est l’attraction phare du film, et il faudra peu de temps avant que Florentine le remploie, cette fois-ci en tête d’affiche. Avec Undisputed 2, non seulement Florentine transcende le film de Walter Hill en transformant les combats de boxe en tournoi d’arts martiaux propice à des prouesses visuelles enthousiasmantes, mais en plus il révèle le talent d’action man et le charisme brutal de son acteur principal, qui posera l’équation irréfutable qui valait jusqu’à ce Close Range : quand Scott Adkins porte une barbe, il pète la classe (vérifiez, les films où il crève le plus l’écran le voient toujours porter un système pileux.).

Depuis lors il ne se quitte plus, et, s’il on excepte un Sofia de sinistre mémoire malgré son casting de haute volée (Christian Slater, Donald Sutherland et Timothy Spall s’il vous plait), Florentine fait appel à lui pour tous ses projets, même quand il s’agit d’une oeuvrette de commande comme l’Empreinte de la vengeance dans laquelle il le confronte au roi Vandamme.

close-range

Après une telle intro, même le néophyte le moins enclin à s’enfiler de l’actioner par paquet de douzes devrait trouver le programme alléchant, et commencer à zieuter à la fois la carrière du (des) bonhommes et le film qui nous intéresse aujourd’hui.

Malheureusement, le moins que l’on puisse dire est que Close Range est un tout petit Florentine, très en deçà de la folie bur(i)née à laquelle il nous a habitué.

Tout commence bien pourtant, avec une première scène qui rentre directement dans le vif du sujet. Adkins, avec son bouc et ses muscles tendus, débarque dans le bâtiment d’un cartel mexicain, et dézingue du bad-guy à coup de couteau (et en plan-séquence) pour récupérer sa nièce, naviguant entre ascenseurs, couloirs et salons. Le film est lancé, un sourire se dessine sur notre visage, on retrouve là tout le talent de Florentine, qui cherche le cadrage efficace et la fluidité sans céder au sur-découpage, et celui d’Adkins qui enchaîne les exécutions martiales en direct et sans morts.

La photo est tristounette certes, très sobre et assez plate, mais le réalisateur n’a jamais été connu pour son travail sur l’image, lui préférant l’accumulation de bourre-pifs et de gunfights soigneusement orchestrée.

Il n’est pas non plus réputé pour les histoires très élaborées, et s’il on retrouve souvent une certaine acuité dans les rapports humains (c’est toujours bien d’approfondir les caractères avant de casser quelques dents), les scénarios de ses films servent souvent de prétexte à un pur plaisir visuel de bourrin.

Pas de surprise ici donc, une fois la nièce sauvée, il la ramène dans le ranch de sa mère, et les vilains mexicains vont venir en masse les assiéger, pour venger la mort du fils du patron et récupérer une clé USB malencontreusement embarquée dans le processus. Et c’est tout.

Ne cherchez pas plus loin, à part un minimum de travail effectué sur un personnage de shérif ripou (ce vieux briscard de Nick « Toombs » Chinlund) partagé entre son allégeance et le héros que son fils voit en lui ça n’ira pas plus loin, le film se résumant en une mère et sa fille prises en otages, et un Scott Adkins qui pète des nez, d’abord dans le désert, ensuite dans la maison de sa sœur.

Vous me direz, pas de soucis, ça nous suffit, nous on veut voir des mandales et des tirs au fusil à n’en plus finir.

Sauf que toute la bonne volonté des parties en présence ne pourront masquer ni l’étroitesse du budget, ni la pauvreté de l’action proposée. En plus de son intrigue pour le moins minimaliste, Close Range fait dans le minimum syndical à tous les niveaux. Un bout de savane texane et un ranch désertique pour tout décor (ça coûte moins cher pour les impacts de balle et la casse potentielle), une vingtaine de personnages destinés à finir truffés de plomb (et encore je soupçonne la réutilisation), et une castagne réduite à peau de chagrin, caviardé de dialogues statiques à base de « s’il revient pas, vous êtes mort », « c’est pour ça que je vous paie » et autres « mon frère va tous vous tuer ».

Ah c’est sûr, il finira par tous les tuer, mais en ne captant que rarement (ou trop succinctement) notre intérêt. On s’ennuie tout de même ferme, d’autant que (l’âge, la lassitude, ou l’envie de retourner au bord de la piscine, je ne sais), chose inhabituelle, la réalisation des fusillades se fait en champ-contrechamps rébarbatifs, là où Florentine nous avait habitué à un minimum de vitalité et d’efficacité.

closerange_-mov-still439

Reste le père Adkins. Fidèle à lui même, virevoltant, tourbillonnant, la mâchoire aussi serrée que les points, il porte le film à bout de bras dès qu’il s’agit de briser des arcades et de fêler des côtes. Au travers d’un mano a mano dans le sable caillouteux ou d’un burly brawl final en forme de mini Alamo de terrain vague, il se montre comme à son habitude, volontaire, énergique, prêt à démontrer une nouvelle fois ses capacités martiales autant qu’à se faire casser tout et n’importe quoi sur le coin de la tronche (chaise, assiette, etc). Dans ses moments là, on redresse un sourcil, et l’alchimie opère, bien aidée par une chorégraphie utilisant efficacement le peu d’espace à disposition. Sans surdécoupage (parfois même sans découpage du tout), toujours en caméra portée, mais fluide, se glissant au ras du sol et naviguant de pièces en pièces, Florentine rappelle qu’il est un sacré bon artisan dès qu’il s’agit de magnifier la qualité des combats à mains nues.

Ca ne sera pas suffisant pour satisfaire l’afficionados de son cinéma habituellement aussi explosif que simpliste, et malgré un siège final assez sympathique en mode Alamo qui réserve quelques jolies surprises, Close Range peine à trouver un souffle enthousiasmant, jusqu’à un final parfaitement ridicule qui cite ouvertement le western mais reste coincé, une fois n’est pas coutume, dans la mauvaise partie des années 80.

Allez, va te reposer Isaac, revient quand tu seras en forme, te fais pas de soucis pour Scott, lui il pète le feu. Il va même faire un 4ème Undisputed, sans toi !

Note : 11/20

Image de prévisualisation YouTube

Par Corvis

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Facebook : Lavisqteam.fr – Contact: lavisqteam@laposte.net