octobre 24, 2020

Phenomena

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De : Dario Argento

Avec Jennifer Connelly, Donald Pleasence, Daria Nicolodi, Dalila Di Lazzaro, Patrick Bauchau

Année : 1985

Pays : Italie

Genre : Horreur

Résumé :

Dans un college suisse, une jeune fille capable de communiquer avec les insectes retrouve la trace d’un assassin monstrueux.

Avis :

Alors que Dario Argento est au sommet de sa gloire avec trois films d’horreur très efficaces et totalement différent, Suspiria, Inferno et Ténèbres, il revient en 1985 pour proposer Phenomena, un film qui flirte avec le giallo en rajoutant une donne fantastique. Après les deux films sur les Trois Mères, purement fantastique et Ténèbres qui s’articule comme un giallo, il va essayer de mélanger les deux genres pour en faire un film assez inégal. Il faut dire que Phenomena annonce en quelque sorte la descente abyssale du maestro dans les pires nanars du cinéma d’horreur. Mais si le film demeure bien moins bon que les précédents métrages, il possède tout de même une certaine âme et un certain charme qui lui confère une atmosphère spéciale. Mais pourquoi ce film est-il moins bon que les autres films ? Qu’est-ce qui diffère, au niveau ambiance, des autres Argento ? Pourquoi le film a-t-il été décrié à sa sortie ? Allons faire un petit tour en Suisse, et observons de plus près nos amis les insectes.

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Jennifer Connelly aime le miel… et les abeilles !

L’histoire de ce film demeure à la fois fantastique et policière. Commençant comme un giallo classique avec le meurtre violent d’une jeune fille par on ne sait qui, puisque l’on ne voit que les mains. Mais par la suite, le film va se complexifier inutilement en mettant en avant une histoire d’insectes et de télépathie avec les arthropodes. On va donc voir une jeune américaine, fille d’acteur, qui va intégrer une école pour filles en Suisse. Les rumeurs vont bon train concernant un tueur sadique qui rôde autour de l’école. Mais cette jeune fille n’est pas comme les autres, puisqu’en plus d’être somnambule, elle a la capacité de communiquer avec les insectes. Lors d’une crise, elle va assister au meurtre d’une de ses camarades et va se retrouver chez un vieil entomologiste, avec qui elle va nouer des liens. C’est le point de départ d’une enquête où les capacités de la jeune fille vont aider à résoudre une histoire macabre. Oscillant toujours entre giallo et film fantastico-horrifique, Dario Argento se perd un petit peu en présentant une histoire saugrenue qui se veut sérieuse et probable. Et c’est bien là le plus gros défaut du film. Si Ténèbres était très terre à terre et ultra violent, ou Inferno vraiment ésotérique et fantastique, Phenomena ne trouve jamais sa place, ce qui laisse le spectateur sur une position inadéquate.

De cette position incertaine, on va bien sentir que Argento va avoir du mal à imposer une ambiance digne de ce nom, comme il l’a déjà fait auparavant. Toujours entouré du groupe Goblins pour mettre en avant une musique glaciale et inquiétante, le film est pourtant dénué d’effets de lumière intéressants. C’est bien dommage, surtout quand on connait le talent de la mise en lumière de Argento, entre la clarté obscure de Ténèbres et le violet maladif de Inferno, ou encore le rouge sang de Suspiria. Du coup, on se retrouve devant un film sans grande persistance rétinienne et avec une ambiance, certes bizarre, mais peu ou pas inquiétante, ce qui est dommage pour un film d’horreur. Le principal intérêt sera de voir comment le maestro se démène pour rendre crédible son histoire d’insectes et là encore, on reste dans quelque chose de pas assez poussé. Si les insectes sont utilisés pour résoudre parfois de crimes, en donnant le lieu ou l’heure exacte de la mort, le fait de rajouter une dimension fantastique gâche le tout et donne un sentiment de facilité pour écrire le scénario. D’autant plus que beaucoup de personnages demeurent inappropriés comme ce vieux entomologiste et son singe ou encore les deux jeunes qui renversent l’héroïne en voiture. On notera aussi l’abandon soudain pour l’architecture, montrant une école basique et des lieux communs. On est loin de l’architecture complexe et vivante de Suspiria et Inferno !

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Je te l’ai déjà dit, je ne ferai pas le canard même si je m’appelle Donald !

Comme à son habitude depuis son deuxième film Le Chat à 9 Queues, Dario Argento compose un film avec des acteurs américains, pour faciliter l’exportation, et des acteurs italiens, dont sa muse, Daria Nicolodi. Apparu dans Il était une fois en Amérique, la très jeune, pour l’époque, Jennifer Connelly tient son premier grand rôle au cinéma. Elle incarne la fille d’un acteur célèbre qui va en Suisse pour poursuivre ses études. Elle possède un don, celui de communiquer avec les insectes, et du coup, elle les aime beaucoup. Elle tient parfaitement son rôle, jouant l’innocente jeune fille mais qui ne se laisse pas faire, et elle demeure assez attachante dans son rôle. L’autre acteur américain est Donald Pleasence et le docteur Loomis de Halloween joue ici un entomologiste un peu acariâtre qui ne se déplace qu’en fauteuil roulant et quia pour infirmière un singe. Il tient assez bien son rôle sauf dans certaines scènes plus intimistes, notamment lors des dialogues avec Jennifer Connelly. On retrouve aussi Daria Nicolodi, déjà vu dans les films de Dario Argento comme Inferno ou Ténèbres, et qui joue ici un personnage secondaire un peu bizarre qui révèlera sa vraie nature à la fin du métrage. Ayant toujours tendance au surjeu, elle demeure assez correcte dans ce film. Néanmoins, on pourra facilement voir que le film repose essentiellement sur le jeu des deux acteurs américains.

Ce qui a fait en quelque sorte la notoriété de Dario Argento, hormis sa mise en scène souvent inventive, c’est la faculté de mettre des passages gores là où s’y attend le moins. Comme on a pu le voir dans Inferno, avec l’homme aux yeux qui sortent ou encore dans Ténèbres, avec la femme qui se fait trancher le bras, on sait que le réalisateur est adepte des moments percutants. Dans Phenomena, ces moments là seront très rares et beaucoup moins violents que dans les autres films. Si on peut voir un meurtre au ralenti dès le début du métrage et par la suite une tête coupée, on restera très longtemps sur sa faim, surtout si l’on a aimé les précédents métrages du maestro. Alors effectivement, on pourra voir quelques passages assez dérangeants, comme la volée de mouches se collant aux vitres ou encore le passage dans la fosse à cadavres, mais tout cela reste bien soft pour du Argento. La fin demeure assez ridicule, avec une surprise de taille mais qui demeure presque trop grosse, avec un maquillage grossier. D’ailleurs, cette fin montre bien la difficulté de Argento de choisir entre le côté giallo et policier et le côté fantastique/horreur.

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Rien de tel qu’un bain de liquide corporel pour redonner vie à sa peau !

Au final, Phenomena est un film intéressant, mais bien en dessous des autres réalisations de Dario Argento. Plus lent, moins percutant au niveau de l’horreur, avec une ambiance trop classique loin des films ésotériques du maestro et surtout, avec un genre qui ne s’accepte jamais et qui oscille entre fantastique et giallo, Phenomena s’enlise et peut sembler parodique. Néanmoins, on retrouve certaines mises en scène chères à Argento et certains passages valent le coup d’œil. Bref, un film qui marque le déclin de Argento, mais qui reste de bonne facture.

Note : 13/20

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AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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