décembre 2, 2020

A Christmas Horror Story – Vive le Sang d’Hiver

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De: Steven Hoban, Grant Harvey et Brett Sullivan

Avec George Buza, Percy Hynes-White, Rob Archer, William Shatner

Année: 2015

Pays: Canada

Genre: Horreur

Résumé:

Le soir du réveillon, un esprit malveillant piège trois adolescents dans la cave de leur école pour recréer une version de la nativité. Une famille est également hantée par Krampus, l’anti-Père Noël de la mythologie nordique. Enfin, le Père Noël est forcé de combattre une horde d’elfes zombies avant d’aller faire sa tournée.

Avis :

Sous-genre parmi les sous-genres, procédé délicat si l’en est, pourvoyeur de métrages inégaux par excellence, le film à sketchs fait les beaux jours du cinéma d’horreur.

Bien sûr on trouve de-ci de-là d’autres exemples à base de segments comiques (comme le récent Les Nouveaux Sauvages ou My Movie Project), embrassant l’univers de la science-fiction (Les Chroniques Martiennes, La Quatrième Dimension) ou mêlant tout simplement les styles (Paris je t’aime, Ten, Les 7 péchés capitaux), mais le film à sketch s’est surtout fait connaître à l’ère moderne par ses multiples pelloches effrayantes, comme autant de recueils de nouvelles d’horreur façon Stephen King ou Clive Barker.

De Cat’s Eye à Darkside, de Creepshow à Terror Tract, en passant par Bodybags ou VHS, l’horreur a fait ses preuves et s’épanouit tellement dans le carcan de l’anthologie cinématographique qu’elle en a presque fait son terrain de chasse exclusif, les incursions dans d’autres genres se faisant de plus en plus rares.

Difficile, avec tous ces exemples d’histoires courtes venues des ténèbres, de trouver encore une originalité pour élever son métrage au-delà de la simple accumulation de courtes formes.

Pourtant, s’il ne la trouve pas forcément dans les scénarios même de ses histoires, somme toute classiques, A Christmas Horror Story réussit à dénicher son originalité grâce à deux éléments.

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Déjà, vous l’aurez deviné (ou alors il faut sérieusement reprendre les cours d’anglais), le film se passe durant le réveillon de Noël, à l’heure où le sapin est décoré, où le petit Jésus attend impatiemment de faire son entrée dans la crèche et où le Père-Noël est censé commencer sa tournée. Sauf erreur de ma part, c’est la première fois qu’une anthologie prend pour thème cette fête là, le genre se prêtant plus à l’utilisation d’un lieu macabre particulier (Asylum, Sanitarium), d’éléments de culture littéraire (Necronomicon, Contes Macabres) ou tout simplement de l’évidente fête d’Halloween (Trick’r Treat ou le prochain Tales of Halloween).

Ici, les scénaristes utilisent les éléments les plus représentatifs de Noël, la Nativité, le sapin et les enfants, Krampus, et enfin le Père Noël lui même, et s’amusent à les tordre dans tous les sens et les pervertir, transformant une fête familial universelle en un véritable jeu de massacre. Santa est confronté à une mutation transformant ses elfes en zombies assoiffés de sang, trois adolescents se retrouvent coincés dans les sous-sols de leur lycée, là où un an auparavant deux jeunes avaient trouvés la mort dans des circonstances très « christiques », une famille venu rendre visite à une tante acariâtre se retrouve pris en chasse par le Krampus, et un couple et leur enfant qui ramènent un sapin coupé directement dans la forêt ne sont peut-être pas revenu seuls.

Une manière de reprendre des figures connues du spectateur pour mieux instiller l’angoisse, la terreur, ou simplement un engouement jubilatoire.

Quoi de plus enthousiasmant après tout que de voir un Père Noël badass décapiter des elfes monstrueux à coup de crosse ?

La seconde particularité du film réside dans sa structure finalement assez éloignée du genre qu’elle représente. Si l’on retrouve bien quatre histoires distinctes liées par un élément commun, elles ne sont pas ici scindées en quatre chapitres indépendants les un des autres, introduits par un narrateur ou un événement particulier, mais entremêlées en montage alterné comme différentes situations se déroulant en parallèle. Et si l’on retrouve effectivement un personnage récurrent s’adressant (ici par l’entremise d’une station de radio) plus ou moins directement au spectateur en la présence de William Shatner (qui d’une certaine façon fait office de Gardien de la Crypte mélancolique), ses apparitions s’apparentent plus à des pauses dans le récit, des interludes instaurant une ambiance étrange et désabusée, avant de reprendre le cours de(s) l’histoire(s).

Plutôt que de créer la sempiternelle structure linéaire et arbitraire, chaque segment se déroulant indépendamment avant de revenir au narrateur pour un nouvel incipit, A Christmas Horror Story déroule son histoire comme celle d’un vrai long-métrage, connectant ses histoires en faisant se croiser leurs personnages respectifs, et passant de l’une à l’autre des situations au gré des envies ou des nécessités.

Cela permet au film de renouveler régulièrement son intérêt, de créer des moments de suspense et de faire monter la tension entre les différentes situations.

Au rayon des défauts (car il en faut toujours), au-delà de l’originalité réjouissante du thème choisi et de la structure narrative utilisée, les différents récits pêchent légèrement par leur manque de créativité. Sans être mauvaises, loin de là, les histoires racontées ne brillent elles guère par leur originalité. Invasion de zombies, sous-sol possiblement hanté, monstre chassant des humains et événements suspicieux dans la cellule familiale, rien de neuf sous le soleil, les habitués de l’horreur cinématographique seront en terrain connu, et retrouveront les astuces usuelles de ce genre de films, jeux de reflets, gore volontaire, apparitions en jump-scare et autres cachettes de fortune dans lesquelles on retient son souffle. Trop heureux de leur trouvaille thématique et narrative, l’équipe semble s’être contenter, si ce n’est du strict minimum, au moins d’une recette éprouvée et plus consensuelle que leurs intentions tendaient à suggérer.

Heureusement, que l’on se rassure, l’attention apportée au détails, l’application des réalisateurs à utiliser ces ficelles connues de manière à leur donner un maximum de sens et de poids, ou, au moins, un certain cachet, apporte au film un capital sympathie non négligeable, et si l’on est rarement surpris, on ne s’ennuie pas pour autant.

Rarement mais quelquefois, néanmoins. Au sein même de ses histoires, le film se permet quelques surprises et éléments surprenants, dans les thèmes abordés, les détails volontairement glauques ou les idées réjouissantes, jusque dans un coup de théâtre final passablement couillu et bien trouvé.

Et que celui qui n’a jamais rêvé de voir un Père Noël costaud et un Krampus faunesque se tarter la gueule avec leurs armes respectives me jettent la première pierre.

Une histoire en particulier, celle du sapin, instille une ambiance particulièrement oppressante tant elle joue avec les peurs parentales, et si l’on voit assez vite venir le fond du problème, certaines séquences instaurent une véritable angoisse qui n’est pas sans rappeler l’excellent The Hallow (qui sortira en France le 30 mars sous le titre Le Sanctuaire). Il est juste dommage que les scénaristes aient décidé de ne pas aller jusqu’au bout de leur concept.

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Quoiqu’il en soit, grâce à son point de départ original, à ses acteurs convaincants (même si le capitaine Kirk a bien vieilli) et à ses qualités plastiques plutôt agréables pour une série B, A Christmas Horror Story parvient à nous convaincre, et reste une bonne alternative horrifique au déluge de films familiaux se frayant leur chemin jusqu’à nos écrans, petits et grands, à cette époque de l’année.

Si seulement la France pouvait se décider à le sortir en dvd… (oui, à l’heure d’aujourd’hui, aucune date de sortie n’est prévu dans l’hexagone, et le film est encore annoncé « prochainement » sur internet).

Note : 14/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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