octobre 27, 2020

Le Grand Partage

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De : Alexandra Leclère

Avec Didier Bourdon, Karine Viard, Valérie Bonneton, Michel Vuillermoz

Année : 2015

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Un hiver pire que jamais. Le gouvernement publie un décret obligeant les citoyens français les mieux logés à accueillir chez eux pendant la vague de froid leurs concitoyens en situation précaire. A l’heure du Grand Partage, un vent de panique s’installe à tous les étages dans un immeuble très chic de la capitale.

Avis :

Scénariste et dialoguiste française, après un court-métrage qui eut les honneurs du festival « Cinéma au parfum » de Grasse en 2003, Alexandra Leclère s’est lancée dans l’aventure des longs-métrages rencontrant plus ou moins de succès. Si son premier film « Les sœurs fachées » et son duo d’actrice Huppert/Frot restera dans les mémoires, les suivants ne réussissent pas trouver le chemin de cette première œuvre, malgré de jolies distributions et des sujets parfois intéressants.

Nous n’avions plus de nouvelles de la réalisatrice depuis Mai 2012, où elle avait présenté « Maman« , une comédie qui réunissait Mathilde Seigner et Marina Fois kidnappant leur mère Josiane Balasko. C’est alors qu’elle revient avec « Le Grand Partage« , une comédie sous fond de misère et de politique. Ce film promettait beaucoup et peut être allions-nous enfin retrouver la réalisatrice à son top. L’espoir était là, mais le résultat sera tout autre.

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France, hiver 2015, le pays s’apprête à connaitre la pire vague de froid jamais connue. Le gouvernement dans l’urgence fait alors passer une nouvelle loi. Cette loi impose aux personnes les mieux logées, qui ont trop d’espace, d’accueillir des citoyens français, dont le salaire ne leur permet pas d’être logé dignement, afin de passer l’hiver au chaud. Cette loi divise l’opinion. Dans le très chic sixième arrondissement de Paris, une sorte de panique s’installe auprès de deux familles, l’une de gauche, militante et l’autre de droite qui se fout complétement de ce qui peut arriver aux autres. Dans cet état d’urgence, les petites guéguerres font rage et au fond, cette loi nécessaire force chacun à se remettre en cause.

« Le grand partage » ou la terrible déception. Avec son nouveau film, Alexandra Leclère promettait de nous amuser tout en nous faisant réfléchir avec un sujet terriblement d’actualité. À grands coups de répliques cinglantes et de situations qui auraient dû être drôles, la réalisatrice tenait-là d’excellents ingrédients pour imposer une comédie populaire et intelligente. Le film détient d’excellentes idées, comme par exemple les remises en cause de convictions politiques. Le personnage joué par Valérie Bonneton est excellent dans son idée. Femme de gauche, très investie de ses convictions, elle n’hésite pas une seconde à manifester pour plus de droits, mais qui se retrouve face elle-même et à son égoïsme quand cette loi lui impose d’accueillir une personne dans son espace privé. Le propos, l’idée et le portrait sont intelligents. Surtout que la réalisatrice nous propose l’inverse avec le couple joué par Karin Viard et Didier Bourdon. On appréciera aussi l’idée de partage que véhicule le film. Une idée qui dans les grandes lignes est bien décrite. Enfin, comme on est dans une comédie, et que la réalisatrice a un certain talent dans son écriture, on trouvera quelques bons moments et des dialogues assez drôles, particulièrement quand Karin Viard se retrouve confrontée à une Valérie Bonneton déchaînée. Mais voilà, se sera tout.

Et encore, car ces bonnes idées sont noyées sous les traits d’une comédie grotesque et vulgaire. Ici, on caricature les petits bourgeois et on les met faces a eux-mêmes, à leurs défauts, leurs égoïsmes. Cela aurait pu très bien fonctionner, être bourré d’autodérision si le scénario avait été bien plus subtil et n’en faisait pas des caisses. Car là, le portrait que livre Alexandra Leclère est franchement agaçant. A force de vouloir faire de la caricature, la réalisatrice arrive tout simplement à sombrer dedans, caricaturant la caricature elle-même. Tout est poussé à l’excès, trop loin. Tout est dans l’énormité que ça en devient lourd, peu crédible et finalement, on rigole bien peu. Quant aux remises en question, on les oublie.

Puis comme si ça ne suffisait pas, la réalisatrice alourdit son scénario pour pouvoir parler de tout, mal-logés, SDF, blacks, maghrébins, moldaves, conditions de la femme au sein du couple, racisme, allant même jusqu’à mettre un personnage homosexuel, comme si elle avait rempli son cahier des charges jusqu’au bout. Du coup, elle s’égare, elle n’arrive pas à gérer le tout et croit pouvoir s’en sortir en tombant dans l’énormité. C’est dommage, car on le répète, les ingrédients sont là et si Alexandra Leclère avait su faire un choix, avait su trancher, supprimant plusieurs personnages pour vraiment se concentrer sur quelques uns, alors on reste certain que son film aurait été bien plus intéressant.

Dernier petit bémol, assez insupportable, c’est la prévisibilité de l’intrigue. On voit tout arriver de très loin, ce qui enlève tout effet de surprise. Et ce happy end final, comme tout le film, donne dans l’énormité et c’est vraiment limite. C’est même terriblement agaçant avec le personnage de Balasko, qui pour le coup était vraiment l’un des seuls personnages virulents et assumés, très incorrect et ce retournement de situation trop facile est exécrable.

Et enfin, c’est d’autant plus dommage que la réalisatrice comme toujours se paye un casting de luxe. Entre Karin Viard, Josianne Balasko, Valérie Bonneton, Didier Bourdon, Michel Vuillermoz, Patrick Chesnais, Anémone, Michèle Moretti, Firmine Richard, Jackie Berroyer, Lise Lametrie, on était en droit d’attendre mieux. Et même s’ils restent sympathiques à plus d’une reprise, les lourdeurs des répliques et des situations ne jouent pas en leur faveur, et même s’ils font de leur mieux, on ne peut pas dire qu’on soit conquis. Seules Pauline Vaubaillon (la fille du couple Viard/Bourdon) et Sandra Zidani (une SDF hébergée chez le couple Viard/Bourdon) tirent leur épingle du jeu, grâce à des personnages plus simples, justes, drôles.

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On s’attendait à une belle comédie sociale qui laissait envisager de bons moments de rires, emballée par de belles remises en question, mais à la place de ça, peu de moments intéressants, peu de personnages intéressants malgré les bonnes idées et surtout un humour lourd, trop lourd, qui entraîne dans son énormité les ingrédients de départ si prometteurs.

Note : 05/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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