octobre 26, 2020

Vertige – Pourtant, que la Montagne est Belle

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De : Abel Ferry

Avec Fanny Valette, Johan Libéreau, Raphaël Lenglet, Nicolas Giraud, Maud Wyler

Année : 2009

Pays : France

Genre : Horreur

Résumé :

Poussé par un désir d’aventure et l’envie de se retrouver, un groupe d’amis se lance sur une via ferrata, une voie d’escalade en haute montagne. Pour Chloé, Guillaume, Fred, Karine et Loïc, le vertige des sommets et celui de sentiments enfouis va vite compliquer le voyage, d’autant qu’ils découvrent avec horreur qu’ils ne sont pas seuls… L’expédition va rapidement virer au cauchemar.

Avis :

Le film de genre français va mal. On ne va pas se leurrer, mais les producteurs préfèrent miser sur des comédies ringardes qui cartonnent au cinéma, plutôt que de se mettre en danger sur des films qui feront certainement moins d’entrées. Et c’est dommage que l’horreur soit si mal vue en France, puisque c’est certainement le genre qui offre le plus de possibilités de changement d’un cinéma qui tourne en rond et se mord la queue entre drame intimiste et comédie facile avec toujours les mêmes acteurs. Fort heureusement pour nous, certains réalisateurs tentent le coup, même si ce n’est pas facile tous les jours. On peut citer le courageux Julien Seri avec Night Fare, le visionnaire Romain Basset avec Horsehead, les adorables Julien Maury et Alexandre Bustillo avec Aux Yeux des Vivants ou A l’Intérieur, ou encore Abel Ferry et son Vertige qui était sorti dans les salles en 2009. Et s’il est vrai que certains films de genre français ne sont pas bons (et bien souvent la faute à des scories indépendantes de l’équipe même du film), les quatre précités sont de bons exemples de ce que la France peut offrir de meilleur, changeant radicalement la vision de notre cinéma plan-plan.

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Accueilli assez froidement par la presse (hors presse spécialisée), Vertige est un film assez classique dans son déroulement et son scénario, mais qui offre une qualité visuelle assez intéressante et bien loin des cadrages rigides qu’offre la comédie. Très clairement, le film se divise en deux parties avec un climax en son milieu qui annonce une direction très classique. Cette rupture fait passer le film d’un survival naturel haletant à un survival bien plus classique à la sauce redneck des balkans. Et Abel Ferry signe une première partie absolument incroyable. Présentant des personnages de manière succincte, on sent un lien entre eux dès le départ, une sorte d’osmose, sauf pour l’un d’entre eux, la pièce rapportée, petit ami d’une des expéditrices. Quoiqu’il en soit, sans en faire des tonnes, le réalisateur happe le spectateur au sein de ce groupe qui ressemble à n’importe quel groupe de potes fans de varappe. Crédible, créant un liant entre les personnages mais aussi avec le spectateur, le cinéaste parvient de suite à interpeller le cinéphile sur l’évolution des relations entre eux, et sur les hypothétiques raisons d’un tueur parmi eux.

Mais au-delà des personnages tout simples, Abel Ferry signe une réalisation impeccable et profondément anxiogène. Rarement un film n’aura aussi bien porté son nom tant les effets de vide sont réalistes et prenants. A titre d’exemple, le passage sur la passerelle enjambant le vide est un modèle du genre. Cette réalisation sera aussi au service de Johan Libéreau, jouant la pièce rapportée qui a un fort problème avec l’escalade, puisqu’il a le vertige. De ce fait, la tension sera au maximum et certains acrophobes risquent fort de ne pas supporter le film tant il est réussi de ce point de vue. Malheureusement, le climax en milieu de film change radicalement la portée du métrage pour en faire un survival basique avec un taré aux basques.

La deuxième partie du film sera moins puissante puisqu’elle rentre dans un carcan trop connu des films de genre. En gros, un maboul poursuit et tue les personnages. Si l’aspect glauque est plutôt bien rendu et que le réalisateur n’a rien à envier aux américains, c’est sur le plan relationnel que le film en prend un coup avec des revirements pas toujours logiques. D’ailleurs, c’est à partir de là que l’on va moins s’attacher à eux, le groupe se terminant en trio amoureux préférant sacrifier l’autre pour s’en sortir plutôt que de faire front pour affronter le bad guy. Mais il serait difficile de ne pas prendre du plaisir devant ce film tant il reste honnête dans ce qu’il offre et généreux. Le métrage vire au glauque proche d’un Massacre à la Tronçonneuse avec ce qu’il faut de décorations sadiques et un méchant taiseux au faciès ignoble, et Abel Ferry ne lésine pas sur le gore, prouvant que même en France, on est capable d’avoir des idées ragoutantes. Il est seulement dommage que le final soit si classique et que certains moments n’aillent pas au bout, comme le piège dans la forêt duquel l’héroïne s’en sort presque indemne ou encore le final, pas assez jusqu’auboutiste.

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Au final, Vertige est un film fort sympathique, surtout dans sa première partie. Une première partie angoissante avec une gestion impeccable du vide et du danger. Si la seconde partie est moins intéressante, flirtant trop souvent avec le déjà-vu et n’arrivant pas à se démarquer de ses homologues américains, le film n’en pâtit pas trop, restant toujours sur une ligne conductrice nerveuse et divertissante, offrant un plaisir généreux au spectateur. Bref, un film honnête, fait par un passionné du genre et qui respire par toutes ses pores une envie de faire un cinéma différent, plus osé, plus ambitieux et forcément plus rentre-dedans.

Note :14,5/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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