décembre 5, 2020

Deathgasm – Evil D(h)eadbang

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De : Jason Lei Howden

Avec Milo Cawthorne, James Blake, Kimberley Crossman, Sam Berkley

Année: 2015

Pays: Nouvelle-Zélande

Genre: Horreur, Comédie

Résumé:

Deux adolescents marginaux Zakk et Brodie décident de fonder leur propre groupe de métal répondant au nom de Deathgasm. Un jour, ils découvrent des partitions aux notes de musiques mystérieuses et en décidant de les jouer, ils vont déchaîner l’apocalypse sur leur ville…

Avis :

Les scouts contre les zombies ne vous avaient pas suffit ?

Voilà les métalleux contre les démons !

L’un étant américain et l’autre néo-zélandais, c’est bien entendu un hasard si ce Deathgasm ressemble comme deux gouttes d’eau au Manuel de survie à l’Apocalypse Zombie (ou la confirmation que les grands esprits se rencontrent).

Si ma tendance à la procrastination devenait aussi tenace qu’un morpion de l’enfer sur des testicules en décomposition, je pourrais presque copier-coller ma critique du Manuel de survie en remplaçant les louveteaux par des headbangers et les amateurs de chair fraiche par des possédés énucléés que n’aurait pas renié Sam Raimi.

On y retrouve la même bande de losers dernier rempart de l’humanité, le même gore outrancier, le même humour en-dessous de la ceinture, la même scène d’armement artisanal à base d’inserts, jusqu’à la blondinette badass’ qui sauve les fesses des héros. Si ce n’est que cette fois, ils sont eux-mêmes responsables de l’Apocalypse, invoqué en jouant une partition maudite retrouvée dans l’album légendaire d’un groupe de death-métal culte.

Et forcément, on y retrouve aussi les mêmes défauts.

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Comme son camarade yankee, Deathgasm est un véritable régal pour les yeux et les zygomatiques MAIS il frustre aussi, tant on sent une possibilité d’aller régulièrement plus loin, beaucoup plus loin, jusqu’à tutoyer le mètre-étalon du genre, le vénérable Evil Dead cité ici à chaque bobine. Le spectateur aura son content d’idées folles, de scènes sanglantes et de délires vitaminés, mais on ne peut s’empêcher, comme sur le film de Christopher Landon, de regretter cet excès tant attendu, ce déclic qui ferait basculer le film de l’excellent divertissement au culte instantané.

Les bases sont là, pourtant, et le plaisir est bien réel. Plaisir de voir une entrée en matière si dynamique, entre montage syncopé et effets visuels ludiques, qui rappellent les meilleures comédies indépendantes ou l’impayable série My name is Earl (qui manque terriblement aux gens de goût). Plaisir de voir d’attachants losers si délicieusement croqués, geeks amateurs de jeux de rôle et métalleux gauches martyrisés par les « populaires » du lycée. Plaisir de voir un film qui prend son temps pour développer son intrigue sans essouffler le rythme ni se prendre au sérieux, quitte à créer des personnages secondaires complètement fonctionnels ne servant qu’à faire avancer l’intrigue (et à déverser des tonneaux d’hémoglobines pour le fun au passage).

Et quand arrive la malédiction tant attendue, le plaisir de voir l’hommage se dérouler et les idées de réalisation s’accumuler tandis que les chevelus en bracelets à pointes étripent des possédés à coup de godemichet.

Et c’est à ce moment que la réalité frappe à la porte. Quel que soit l’énergie (communicative) et l’intention (louable), bref quel que soit la qualité du métrage, il échoue tout de même à toucher du doigt les cimes de son aîné alors qu’il en avait les moyens. C’est drôle, c’est con, c’est jouissivement violent, mais avec le recul il nous manque toujours ce petit supplément d’anarchie contrôlée et d ‘outrecuidance qui fait les œuvres cultes.

Et ce n’est pas le charisme des acteurs qui est en faute.

Du frêle métalleux lunaire (Milo Cawthorne, vu pas plus tard que dimanche dernier dans Ash Vs Evil Dead, la boucle est bouclée) au hardos baraqué loyal mais bas du front en passant par le geek à lunette ou la mignonette ingénue (tous ou presque des acteurs débutants), ils constituent des stéréotypes bien trempés à qui leur interprète apporte un supplément d’âme. Le second degré faisant le reste, ils emportent l’adhésion, et l’on suit sans déplaisir ce rejeton d’Evil Dead, quand bien même on regretterait qu’il ne soit allé plus loin encore dans son délire.

Ce qui distingue ce métrage là de son homologue américain, cela dit, et lui apporte une plus-value non négligeable, c’est la toile de fond sur laquelle se dessine l’intrigue. Si toutes les communautés (geeks et métalleux compris) en prennent gentiment pour leur grade, on sent de la part des créateurs du projet une connaissance du sujet, et un amour pour cet univers, qui ne peuvent que forcer le respect. Avec autant d’auto-dérision que de tendresse, le réalisateur-scénariste débutant Jason Lei Howden (artiste FX chez Weta Digital) dresse un portrait pertinent et plein d’humour du milieu métal.

Il faut voir le héros s’imaginer en viking à guitare au sommet d’une montagne en écoutant son groupe préféré, le même héros tenter maladroitement d’intéresser une donzelle en lui faisant passer des pochettes de CD toutes plus gores les unes que les autres, ou encore un sosie d’Iggy Pop jouer les augures fatalistes détenteur d’un trésor maudit.

Le néophyte ne verra dans les multiples allusions et références au monde de la musique extrême qu’une manière de donner un poids et une originalité à une histoire malgré tout archi-rabâchée (une invasion de créature est repoussée par une bande de bras cassés). Le connaisseur qui les saisira se sentira lui immédiatement concerné et appréciera d’autant plus ce tour de manège qui réserve quelques réjouissantes surprises.

Ceux qui ont grandi avec les films d’horreur des années 80 ne devraient pas être dépaysés par le ton, le visuel, et l’ambiance général de ce Deathgasm de bon aloi.

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S’il a déjà fait un détour par la France grâce au PIFFF en Novembre dernier, le film n’a pourtant toujours pas de date de sortie prévue dans l’hexagone, et il y a fort à parier que si elle a lieu, ce sera par l’entremise de nos revendeurs de galettes habituels.

Peu importe après tout, s’il est toujours agréable de voir un divertissement gore de qualité sur grand écran, Deathgasm est de ces films qui révèlent toute leur saveur dans l’intimité d’un salon enfumé par l’herbe qui fait rire, des parts de pizza plein la bouche et des bouteilles de bière à portée de main.

Brütal !

Note : 16/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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