mars 7, 2021

The Final Girls – Meurtres à Larme Blanche

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Titre Original : The Final Girls

De : Todd Strauss-Schulson

Avec Taissa Farmiga, Nina Dobrev, Malin Akerman, Alexander Ludwig

Année : 2015

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur, Comédie

Résumé :

Une jeune femme faisant le deuil de sa mère, qui était une célèbre actrice des années 80, se retrouve projetée dans l’un de ses films. Les deux femmes désormais réunies vont tenter de combattre le meurtrier qui s’y trouve.

Avis :

Ahhh, le slasher…

Dernier héritier (ou au moins l’un des derniers) de la glorieuse époque du cinéma d’exploitation, qui développait tout un thème à partir d’un film ou d’un sujet choc avec tellement de verve et de candeur qu’on ne peut la considérer aujourd’hui qu’avec énormément de tendresse.

Un sous-genre ultra-codifié, à l’origine peu subtil et assez bas-du-front, qui a pris une telle proportion et une telle place dans le cœur des spectateurs, qu’il reste sûrement un des seuls à être également connu du grand public.

Faites l’expérience, allez dans la rue, et demandez à des jeunes s’ils connaissent la nukesploitation, le poliziottesco ou les mondos. À part de rares cinéphiles assidus, aucun ne vous répondra autrement que par un air ahuri et un regard interloqué. Par contre, parlez-leur du slasher, et dans leur esprit viendront rapidement des images de tueurs à l’arme blanche, de masques livides et de meurtres sanglants à la chaine. Très vite ils vous citeront Vendredi 13, Freddy, et surtout Scream.

Si l’on est en droit d’avoir un esprit critique sur l’abus de références de la saga, qui a fini par tourner au fil des séquelles à l’auto-citation, impossible de nier l’impact énorme qu’eut le film de Wes Craven sur la génération 90.

À une époque où le slasher était moribond, survivant avec peine grâce aux efforts de quelques irréductibles œuvrant dans le Direct-to-video (merci David DeCoteau, entre autres) et aux soubresauts des grandes figures du genre (Freddy tentait de briser le 4ème mur pour revenir au cinéma, Jason se transformait en parasite façon Hidden et Michael Myers végétait en VHS), Scream ne lui a pas seulement redonné vie, terrifiant pour longtemps la jeunesse du XXIème. Il en a également fait un objet d’analyse.

En faisant découvrir au plus grand nombre le principe de film d’horreur « méta », cette mise en abyme géante qui cite le cinéma directement par les situations et les dialogues (un procédé déjà testé sur Freddy sort de la nuit d’une certaine manière), Wes Craven a donné vie, pour le meilleur et pour le pire, à une nouvelle évolution du genre, qui marqua assez les esprits pour être le symbole de tout une génération : le néo-slasher.

Référentiel, analytique, moderne, quitte à sur-utiliser l’argument pour mieux vendre, le néo-slasher et son grand frère le film méta ont fait des petits pendant 20 ans, passant l’horreur à la moulinette analytique.

Des films comme Urban Legend, Le Fils de Chucky, My Name is Bruce, Tucker & Dale Vs Evil, Shaun of the Dead et plus récemment The Cabin in the woods ont tant fait pour le décorticage du mythe que la « méta-horror » est désormais une habitude ancrée dans l’esprit des cinéphiles.

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C’est dans ce contexte que débarque The Final Girls, et si le pitch et le concept nous ramènent immédiatement en terrain connu, croyez sur parole que vous n’avez sans doute jamais vraiment vu un film comme ça.

Voyez plus tôt.

Amanda Cartwright est une actrice de film d’horreur sur le retour. Célèbre dans les années 80 pour son rôle de nymphette dans le slasher culte Camp Bloodbath, elle n’a jamais pu véritablement lancer sa carrière après ça, et court aujourd’hui le cachet en se sentant vieillir, malgré la fierté de sa fille Max. C’est en revenant d’un casting que la mère et la fille sont victime d’un accident de voiture duquel Amanda ne sortira pas vivante. Quelques années plus tard, alors que Max fait toujours le deuil de sa mère, elle se laisse convaincre par ses amis de participer à un marathon Camp Bloodbath. Mais un incendie dans le cinéma et un curieux phénomène les propulse à l’intérieur même du film. Se retrouvant face au personnage que jouait sa mère, Max va devoir passer outre son émotion et tacher de trouver un moyen de survivre jusqu’au générique.

Au premier abord donc, The Final Girls a tout d’une version horrifique de Last Action Hero, prompte à créer un pont amusant entre la réalité que nous connaissons et celle de l’univers cinématographique, remplie de clichés sur pattes et de manquements aux lois de la physique. Effectivement, on y retrouvera tout un tas de détails amusants qui mettent en exergue la logique « cinématographique » du monde dans lequel les protagonistes atterrissent. L’action recommencera en boucle toutes les 90 minutes (durée de Camp Bloodbath) s’ils restent au même endroit, ils seront limités dans leurs déplacements par les lieux de tournage du film, et le passage vers l’éternel flashback du film verra le noir et blanc littéralement « couler » dans le décor.

Des effets visuels avec lesquels le réalisateur va s’amuser, jusqu’à les détourner et les faire manipuler par des héros conscients de l’univers de pellicule dans lequel ils évoluent. Cette confrontation entre cinéphilie et logique interne du film sera le moteur d’une grande partie de l’action, lorsque le groupe d’amis utilisera des connaissances et des réflexions qui n’étaient pas prévues dans le scénario, donnant beaucoup de fil à retordre au tueur masqué.

Surtout quand ils convainquent des protagonistes écrits à la truelle de contre-attaquer, leur donnant par la force des choses plus de profondeur que leur rôle dans le film en demandait.

À ce niveau là, The Final Girls est aussi amusant que pertinent, et s’il délaisse quelque peu le pur côté sanglant et stressant du slasher (peu de réelles séquences d’horreur et des meurtres expédiés), c’est pour mieux décortiquer comment ce sous-genre se codifie-t-il, et pourquoi, avec le recul, le voyons-nous toujours avec un minimum de tendresse.

Car là où The Final Girls frappe fort, très fort, au-delà de ses joyeuses péripéties et de son second degré méta, c’est dans l’émotion.

Non, vous ne rêvez pas, vous avez bien lu.

The Final Girls pourra même être considéré comme le premier slasher indéniablement, et incroyablement touchant de l’histoire du 7ème Art. En questionnant le rôle des stéréotypes, l’émancipation des personnages de fiction, et par extension le travail de deuil et de mémoire, le film de Todd Strauss-Schulson (un nom à retenir, tout comme celui des scénaristes M.A Fortin et Joshua John Miller) dépasse son statut d’analyse sympathique pour entrer de plain-pied dans le registre dramatique et émotionnel.

Impossible de ne pas s’identifier, de ne pas être touché au cœur, en pensant, au-delà du strict scénario, à la situation donné. À cette jeune fille retrouvant une image de sa mère décédée qui ne la reconnaitrait pas, celle-ci n’étant qu’une interprétation gravée sur pellicule, et tentant désespérément de la faire survivre jusqu’au bout, alors que son personnage était destiné à succomber dès les premières bobines. Entre deux dialogues hilarants ou deux réflexions sur le cinéma d’horreur en forme de séquences virevoltantes, il y a toujours un moment de calme, un tête à tête entre la « mère » et la fille qui laisse réaliser au spectateur intelligent la réelle portée émotionnelle du métrage.

En cela, le concept est bien aidé par le jeu d’acteur impeccable des principaux protagonistes.

Si les interprètes des stéréotypes du slasher ont une mission humoristique qui ne leur permet pas d’aller très loin au-delà de la satire, en revanche la qualité d’interprétation (et la finesse d’écriture) du reste du casting, en particulier Max et sa mère, est à féliciter. On connaissait, notamment grâce à sa participation à Watchmen, le talent dramatique de Malin Ackerman qui campe ici une Nancy écervelée semblant peu à peu s’émanciper au contact de la fille de son interprète. Et l’on découvre Taissa Farmiga, tout en tristesse rentrée et en force de caractère. Sœur de Vera, découverte dans American Horror Story puis The Bling Ring, elle fait preuve d’un charisme certain, et surtout d’un naturel touchant dès que l’histoire touche à la relation entre Nancy/Amanda et Max. C’est en partie grâce à elle que The Final Girls devient un drame autant qu’une comédie horrifique, car le spectateur s’identifie immédiatement et veut la voir réussir.

Plus simplement, et c’est là que le film réussit là où bien d’autres échouent, on a peur pour elle, et plus généralement pour tous les personnages du film. On s’attache à eux, aidé en cela par leur côté « crédible » face aux clichés assumés du slasher dans lequel ils atterrissent. Leur relative profondeur contrebalance parfaitement les stéréotypes qui leur sont opposés, et nous permet de trembler, et d’être touché si d’aventure l’un d’entre eux venait à périr sous les coups du tueur.

Ce qui est un exploit, quand on sait que les protagonistes de ce genre de film se résumaient bien souvent à de la chair à pâtée pour les gars des effets spéciaux.

Même l’histoire du tueur, très Jason Vorhees dans l’idée, finit par être touchante en l’espace de quelques scènes d’une farce tournant à la tragédie, là où Vendredi 13 n’a pas réussi à nous impliquer en 10 films.

Une autre preuve que les créateurs du film aiment le genre, aiment leur personnage, et quand on aime on réussit toujours plus facilement.

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Sorti en VOD en France sous le titre Scream Girl (sic), The Final Girls ajoute son nom à la longue liste de films qui passeront inaperçus dans l’Hexagone malgré leur passage en festival, et finiront peut-être, un jour, par sortir discrètement en dvd pour enfin atterrir dans les dvdthèques des connaisseurs, si d’ici là la dématérialisation n’a pas pris le pouvoir.

Croisons-les doigts, chers cinéphiles, si tous les films d’horreur ressemblaient à ce Final Girls, le cinéma serait un pays où il ferait bon vivre.

Note : 18/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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