octobre 29, 2020

Sukkwan Island – David Vann

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Auteur : David Vann

Editeur : Gallmeister

Genre : Thriller

Résumé :

Le monde à l’origine était un vaste champ et la Terre était plate. Les animaux de toutes espèces arpentaient cette prairie et n’avaient pas de noms, les grandes créatures mangeaient les petites et personne n’y voyait rien à redire. Puis l’homme est arrivé, il avançait courbé aux confins du monde, poilu, imbécile et faible, et il s’est multiplié, il est devenu si envahissant, si tordu et meurtrier à force d’attendre que la Terre s’est mise à se déformer.»

Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. La rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin.

Avis :

Certaines histoires marquent plus que d’autres. De par le style de l’auteur ou sa renommée, leur originalité, leurs thématiques ou simplement l’atmosphère qu’elles dégagent. En ce sens, ces récits se définissent aussi par une part d’abstraction qui touche le lecteur au plus profond de lui-même. Un ressenti d’autant plus étonnant quand le pitch de départ, l’enrobage éditorial (couverte discrète) et une taille menue semblent s’allier pour que Sukkwan Island passe inaperçu. Pourtant, le premier roman de David Vann surprend à tous les niveaux pour une histoire qui s’annonçait ennuyeuse…

Issu de son recueil de nouvelles « Legend of a suicide » (encore inédit en France) qui a été inspiré par le propre suicide de son père, Sukkwan Island est avant tout un huis clos oppressant. L’intrigue s’engouffre dans les contrées isolées d’une île située au large de l’Alaska. Pour d’obscures raisons, on suit les deux protagonistes (un père et son fils) dans leur quête de retour à la vie sauvage où la survie est un combat de tous les instants. David Vann ne tente pas de transcender les codes d’un genre à grand renfort d’artifices et de péripéties. D’ailleurs, son récit alterne entre plusieurs domaines non sans une certaine habileté : drame, thriller, aventures…

Chaque facette est maîtrisée par un vocabulaire juste et des phrases succinctes. À défaut de suspense, l’histoire entretient une aura mystérieuse au fil de la progression. Derrière l’émerveillement d’une nature préservée, c’est l’isolement et la détresse latente qui accentuent l’angoisse et le sentiment de perdition. En ce sens, l’ambiance en est presque palpable tant elle est omniprésente au fil des pages. Au cœur de la forêt, dans les collines enneigées ou sur les flots capricieux de l’océan, la menace d’une mort lente (principalement axé sur la faim et la soif) prédomine sur toute autre considération.

L’intérêt monte crescendo pour la suite des événements, mais surtout pour le devenir de ses personnages. En effet, c’est par leurs points de vue successifs que le roman prend vie et non l’inverse. Rarement, des individus fictifs auront été tant perclus de failles, de doutes. Torturés, esseulés, le mal-être est une notion fondamentale de leur existence, même si elle s’exprime de manière différente pour chacun d’eux. À la fois humain et crédible, il en ressort des intervenants marquants qui soutiennent l’histoire au lieu de la subir, comme c’est le cas avec des situations qui leur échappent. Entre nostalgie et impuissance, leurs tourments ne semblent connaître qu’une issue inéluctable.

Au final, Sukkwan Island est un roman aussi court que surprenant. Derrière une progression mesurée, on découvre une intrigue sombre où la survie du plus fort se dispute à la mélancolie ambiante. Pour ce faire, les personnages sont criants de vérité tant ils se montrent sensibles et faillibles ; aussi détestables que pathétiques dans leur pire moment. Inattendu dans son traitement où les genres se succèdent avec une fluidité épatante, le premier livre de David Vann tient du chef d’œuvre tant il se révèle maîtrisé du point de vue littéraire tout en véhiculant un flot d’émotions contradictoire au fil des pages. Un roman à la fois pessimiste et déstabilisant…

Note : 19/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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