Santa Sangre

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De : Alejandro Jodorowski

Avec Blanca Guerra, Axel Jodorowski, Adam Jodorowski, Guy Stockwell

Année : 1989

Pays : Italie, Mexique

Genre : Drame, Horreur

Résumé :

A la suite d’un drame familial, Fenix, petit mime d’un cirque de Mexico, est enfermé dans un hôpital psychiatrique. Huit ans plus tard, il retrouve sa mère. Le cirque n’existant plus, ils errent dans la ville, représentant une pantomime qui se prolonge tragiquement dans leur vie quotidienne, pour le grand malheur de Fenix.

Avis :

Né au Chili en 1929, Alejandro Jodorowsky est l’un des artistes les plus passionnants encore en activité. L’homme est un touche à tout, auteur, écrivain, réalisateur, acteur, poète, dessinateur de bande dessinée, mime, marionnettiste, Jodorowsky réussit tout ce qu’il entreprend. Sa carrière cinématographique est très « rare », puisqu’on ne compte que sept films entre 1968 et 2015. Mais, aussi « rare » soit-elle, elle jouit d’une réputation et d’une qualité que les cinéphiles ne cessent d’aduler.

Quand on a envie de découverte et qu’on discute avec des cinéphiles, tôt ou tard, on finit toujours par entendre le nom de Jodorowsky, et particulièrement l’un de ses projets avortés, puisque bien avant David Lynch, Alejandro Jodorowsky avait en tête d’adapter « Dune« , le roman de Frank Herbert, et à la vue des essais et autres croquis, le film reste comme un fantasme pour beaucoup de cinéphiles.

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Mexico, Fenix est un tout jeune garçon qui habite dans un cirque. Son père était le directeur et sa mère une trapéziste, quant au jeune Fenix, il est un petit magicien. Sa vie est quelque peu anormale, mais le garçon se plaît. Un jour, une femme tatouée de la tête aux pieds entre dans la compagnie. Elle est accompagnée d’une jeune fille sourde et muette, destinée à être mime ou funambule. L’arrivée de cette femme et les conséquences d’une nuit vont alors changer la vie du jeune garçon à tout jamais.

« Santa Sangre » est un poème. Un poème cru, dur, sanglant, vicieux, surréaliste, un poème qui ne vous lâchera pas, pour ne pas dire qui ne vous lâchera plus, tant l’œuvre ne laissera personne indifférent. Film unique, comme je n’en avais encore jamais vu jusqu’alors, Alejandro Jodorowsky m’a totalement bluffé et conquis dès les premières images.

Il y a des réalisateurs, des œuvres et des films dont on a tellement entendu parler avant de les regarder, qu’on finit par être déçu au moment de leur découverte. On nous les avait trop vendus et l’attente était trop grande. J’avais un peu peur de cela, mais le cas Jodorowsky, du moins pour ce film-là, est loin, très loin de ce contexte et s’est révélé être une immense surprise.

Quand on entre dans « Santa Sangre« , dès les premières images, on devine très vite que nos repères vont être mis à mal et que le film va être une expérience. On reconnaît, l’influence de « Freaks, la monstrueuse parade » de Browning. On ne peut qu’y penser, tant le film en est imprégner, mais Jodorowsky n’en gardera que l’influence et c’est entre flashback et présent qu’il nous entraîne dans une histoire d’une tristesse cruelle, d’un magnétisme intense et d’une violence inouïe. Il y a un côté irréel qui se dégage du film en permanence. On se prend même à douter de ce que l’on regarde et c’est terrible, car cela installe un part de mystère et le final en sera d’autant plus superbe.

Le scénario est d’une richesse et d’une beauté infinie. Macabre, expérimentale, baroque, romanesque, incestueuse, créative, sublime, l’intrigue nous entraîne de scènes inoubliables en scènes inoubliables. Le réalisateur nous prend aux tripes, passant d’un moment de paradis fou, enjôleur et innocent, à l’enfer d’une maladie dévastatrice et incontrôlable. On pense à Hitchcock évidemment. On pense aussi à Fellini, à Buñuel, à Argento. On peut même penser à Alex De La Iglesia qui à coup sûr s’en est inspiré. Le réalisateur mélangeant à la perfection tout cela pour nous servir une histoire étonnante qui s’envolera jusqu’au bout d’elle-même. C’est tout à fait le genre d’histoire dont il faut en connaitre le moins possible pour que la surprise en soit d’autant plus marquante.

La folie de ce film, c’est aussi sa mise en scène magistrale qui nous emporte avec perte et fracas dans chacun des univers qu’elle aborde. Que ce soit dans le cirque, dans la psychiatrie, dans la folie furieuse et primale de cette ville en fête, ou encore dans l’horreur, les fantômes, le passé ou la possession, Alejandro Jodorowsky maîtrise tout, à chaque instant, faisant ce qu’il veut de son public. Ce qui est fascinant avec ce film, c’est la facilité qu’a son réalisateur de mélanger la violence et la beauté. À tout moment, c’est dérangeant et prenant. Il faut un temps de réflexion pour accepter ceci, car c’est si loin du chemin habituel.

« Santa Sangre« , c’est une claque inouïe dans chacun de ses aspects, on ne peut donc pas passer à côté de ses acteurs qui sont totalement possédés par leurs personnages. Tous sans exception sont parfaitement dérangeants. Certains seront même terrifiants dans leur folie, particulièrement Blanca Guerra qui incarne la mère de Fenix qui m’a mis extrêmement mal à l’aise dès ses premières apparitions.

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Bref, pour conclure, « Santa Sangre » est un film d’amour qui n’en est pas un. C’est un film d’horreur, d’une horreur infinie, mais qui n’en est pas un. C’est un drame profond et intense, sombre et lumineux à la fois. C’est un film dont on ne ressort pas indemne. C’est un film qui hante, encore et encore, bien après qu’on l’ai vu. Rarement, la claque fut si importante !

Note : 20/20

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Par Cinéted

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