octobre 26, 2020

Le Pornographe – L’Argent du Vice

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Titre Original : Erogotoshi-tachi Yori : Jinruigaku Nyûmon

De : Shohei Imamura

Avec Shôichi Ozama, Sumiko Sakmoto, Keiko Sagawa, Masaomi Kondô

Année : 1966

Pays : Japon

Genre : Drame

Résumé :

Monsieur Ogata, pornographe, mène une vie compliquée. Il est désespérément amoureux de sa femme, Haru, qui n’arrive pas à oublier son précédent époux décédé. Il se partage aussi entre sa maîtresse et les enfants de son épouse…

Avis :

Rares sont les cinéastes à avoir remportés deux palmes d’or. A l’instar de Francis Ford Coppola et Bille August, seul Shohei Imamura sort son épingle du jeu. Réalisateur japonais ayant trainé avec des truands et des prostituées durant sa jeunesse, il trouvera des thèmes récurrents dans ses métrages comme la condition de la femme dans la société nippone ou encore les traumatismes de la Seconde Guerre Mondiale. Mais s’il y a bien une chose qui le fascine, c’est cette retenue japonaise au niveau du sexe et cette libération salvatrice. Très prude, la société japonaise a des codes et le cinéma semble être un exutoire pour les réalisateurs et cinéphiles. En 1966, Imamura signe Le Pornographe issu d’un roman d’Akiyuki Nosaka, traitant de la prostitution et du désir féminin. Il faudra attendre près de cinquante ans pour qu’une remasterisation digne de ce nom arrive dans nos contrées. Mais si le propos est encore terriblement d’actualité, la forme reste très obscure et difficile d’accès.

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Le principal problème avec Le Pornographe, c’est sa construction qui s’étire sur plusieurs décennies. La présentation des personnages est très rapide, le début de l’histoire est plutôt obscur avec un homme et une femme qui s’éprennent l’un de l’autre, la jeune femme étant veuve avec une jeune fille et un jeune garçon, et elle entretient une relation ambiguë avec son fiston. A partir de là, le film va vite évoluer pour aller vers une période où les enfants sont des adolescents, voire de jeunes adultes et où l’homme devient pornographe pour de riches personnes. C’est dans ce passage-là, qui tient les trois quarts du film, que le réalisateur va afficher ses thèmes et le plus choquer. Seulement, le passage entre les deux périodes est très abrupt et on ne sait plus tellement qui est qui dans l’histoire. En effet, trois hommes travaillent sur la pornographie, certains se ressemblent et le spectateur aura du mal à identifier les personnages. D’autant plus que le rythme est très lent, appuyant vraiment sur des moments pas forcément essentiels à l’intrigue et on sent une volonté de noircir le tableau, de mettre en avant de façon frontale les différents problèmes sociétales du Japon. Et il y avait sûrement matière à faire mieux que cela. Donc, le film a plutôt mal vieilli sur la forme.

Néanmoins, Le Pornographe possède plusieurs atouts dans sa manche, notamment sur le fond de son histoire et sur les thèmes brassés, qui plus de cinquante après, sont toujours d’actualité. Tout d’abord, il faut savoir que le personnage central fait ce travail de pornographe parce qu’il rapporte de l’argent et que la crise économique du Japon ne rapporte pas beaucoup. Il fait donc ce métier par dépit et lorsque les demandes deviennent de plus en plus bizarres, il va découvrir qu’il peut gagner beaucoup plus. Et c’est de cet appât du gain que va naître une certaine perversion. Le message comme quoi l’argent pourrit tout, jusqu’à sa santé mentale, est très équivoque dans le film au travers du personnage central qui va même faire jouer sa belle-fille dans un simulacre de viol. Le viol, tout comme l’inceste, seront aussi des thèmes importants dans le film, mis en scène de telle sorte que l’on ne voit rien, mais qui met diablement mal à l’aise. Imamura veut choquer cette société puritaine en apparence mais bouffie de vices et il y arrive facilement, même cinquante plus tard. C’est cru, c’est souvent malsain, et le film dénonce avec aisance les dérives de l’argent et les vices d’une société qui accepte qu’un homme épouse une fille de quinze ans, même si c’est sa belle-fille. Par contre, le film tombe aussi dans la surenchère lorsque la femme du pornographe perd la tête et devient folle, essayant chaque fois d’appuyer les moments de folie et de détresse. Et puis certains moments sont trop survolés, comme la présence de la mafia japonaise qui rackette les magasins et le pornographe pour avoir des films gratuits et c’est bien dommage.

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Au final, Le Pornographe possède un fond très intéressant au service d’une forme qui a pas mal vieilli et qui reste relativement difficile d’accès, notamment dans sa construction et dans son ambiance si singulière, à la limite du docu-fiction et du film éthéré. De ce fait, si cela reste intéressant, le film demeure trop long, parfois trop lourd, pour rester dans les mémoires aujourd’hui. Un film qui plaira certainement à tous les fans de films asiatiques, à tous ceux rompus aux coutumes japonaises, mais qui laissera sur le carreau pas mal de cinéphiles par son style et par des thèmes difficiles.

Note : 09/20

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Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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