décembre 2, 2020

Dealer – The French Correction

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De : Jean-Luc Herbulot

Avec Dan Bronchinson, Elsa Madeleine, Salem Kali, Bruno Henry

Année : 2015

Pays : France

Genre : Thriller

Résumé :

Après une vie passée dans le trafic de cocaïne, Dan (Dan Bronchinson) s’est promis de ne pas retomber. Se voyant offrir un dernier deal qui lui permettrait de réaliser son rêve d’enfance : déménager en Australie avec sa fille. Il accepte la proposition. Commence alors une descente aux enfers qui le replonge pendant 24 heures dans ce milieu impitoyable, fait de mensonges, violence et trahisons, où il devra sauver sa fille et survivre par tous les moyens.

Avis :

On a trop souvent l’impression que le cinéma de genre français ne s’est épanoui qu’avec le début des années 2000 et n’a cessé de péricliter par la suite.

Certes le « French New Blood » a vu un déferlement inhabituel de sang et de violence au pays de Renoir et Pecas, mais ce serait oublier que le cinéma gaulois n’a pas attendu Bustillo et Maury pour percer dans le genre, et même si la production était beaucoup moins importante que dans d’autres pays d’Europe, il est toujours bon de se rappeler l’existence de Jean Rollin, de Franju, du Démon dans l’île ou de Baby Blood.

Et il est surtout bon de se rappeler que cinéma de genre ne rime pas forcément automatiquement avec fantastique, ni avec circuit traditionnel.

Pendant très longtemps, la France est restée maître dans le polar et le thriller, allant jusqu’à inspirer des cinéastes étrangers aujourd’hui mondialement reconnus comme Tarantino ou Johnnie To.

Et aujourd’hui, le matériel professionnel à la portée de tous, les autodidactes et la bonne santé du cinéma indépendant permettent l’émergence de péloches aux méthodes de productions alternatives, à la visibilité précaire, certes, mais à l’énergie et la liberté de ton revigorantes.

La rencontre des deux, cela donne Dealer.

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Le film de Jean-Luc Herbulot, produit principalement sur les deniers de son réalisateur et de son acteur principal, a été réalisé dans une certaine urgence, avec des acteurs inconnus et une fougue que seuls ont ceux qui n’ont plus rien à perdre, il a eu de grosses difficultés lors de sa production et sa réalisation, avant de faire le tour des festivals (et une grosse impression) pour enfin terminer sa course dans l’e-cinema, ce nouveau medium qui reste une poire pour la soif mais permet de mettre à disposition du public certains films qui n’auraient pu avoir les faveurs des salles obscures.

Bien sûr c’est dommage, car Dealer fait partie de ces films furieux qui s’apprécient encore plus dans une salle qui réagit à l’unisson aux changements de tons et de rythmes, aux stimulis visuels, sensoriels, verbaux qui parcourt ce métrage en forme de feux d’artifice (ou plutôt de montagnes russes).

Mais si vous plongez votre chambre dans le noir, que vous vous glissez sous la couette avec un casque sur les oreilles et votre ordinateur sur les cuisses, vous aurez encore une bonne chance de prendre correctement cet uppercut en pleine poire et d’apprécier l’expérience.

Car c’est bien d’expérience qu’il s’agit. Un tourbillon d’idées visuelles et narratives, de changement de cap, de ruptures de tons, de dialogues fleuris à mourir de rire qui précèdent des scènes d’un nihilisme et d’une cruauté saisissante. Pas le genre d’expérience hypnotique que peut nous proposer David Lynch, ou les expérimentations graphiques de Catet et Forzani (pour rester dans le cinéma de genre français), non.

Dealer est de celles qui viennent du bide, qui vous collent le cul au siège et le nez dans le bitume, qui ont les qualités de sa fièvre et les défauts de leur enthousiasme.

Et pour le présenter à sa juste mesure, mieux vaut laisser parler le Festival des Maudits Films et l’acteur-réalisateur Dan Bronchinson.

Car Dealer c’est exactement ça. En plus d’être une vraie histoire qui accumule les péripéties, sur un paumé qui accumule les mauvaises décisions, c’est un grand saut à pieds joints dans le plat, un coup de latte dans les portes, un punk à crête le doigt levé et la rage au ventre.

Rien d’étonnant à cela, puisqu’en plus de ses qualités formelles détonantes, il a pour lui un scénario compact tiré de l’expérience personnelle de son interprète principal.

Dan Bronchison, acteur magnétique et ancienne petite frappe, dévoile avec Dealer une partie de sa vie passée, et le tient à bras le corps, les yeux fous, le corps en constante tension, le verbe haut et la frappe facile.

En fait, Dealer, c’est un peu comme si Pusher avait été réalisé par un français imbibé de son héritage cinématographique et inspiré par le dynamisme branque et survolté des anglais période Snatch et Trainspotting.

On y retrouve la même énergie du désespoir, le même univers à la fois glauque et folklorique, les mêmes personnages exubérants et fortement caractérisés, les mêmes gimmicks visuels judicieusement disséminés, et pour le coup la même caméra portée brute que dans le film de Nicolas Winding Refn.

Dealer possède en fait tellement de points communs avec le film du danois qu’il pourrait en être la version moins austère et plus funky (bref réussir ce qu’avait lamentablement échoué le remake anglais).

Déjà par son point de départ similaire. Décidé à raccrocher pour emmener sa fille loin de son train de vie hautement dangereux, Dan fait un dernier deal, avec de gros gains à la clés, et à cause de mauvaises décisions, de hasards malchanceux et de trahisons impromptues, il va se retrouver dans une merde noire, et se voir tomber de Charybde en multiples Scyllas tout au long d’une journée haute en couleurs en forme de course contre la montre.

Il croisera dans sa folle descente en enfer tout un tas de personnages bigarrés, du gangster noir diabétique aux pornocrates amateurs cradingues, du gay magouilleur au gang de gitans braqueurs de mallettes, tous immédiatement attachants et/ou flippants, au son de dialogues enlevés à fait rougir Audiard de plaisir.

Une exagération plus ou moins contrôlée qui pourraient être considérée comme le seul défaut relatif du film : à trop en rajouter dans le langage argotique ou ordurier et les ping-pongs verbaux, Dealer frôle souvent la surenchère contre-productive, et s’il ne s’y engouffre jamais, on le sens vaciller régulièrement sur les pieds d’argile de sa frénésie.

Si les personnages ne sont jamais surjoués, grâce à des acteurs investis et naturels, l’accumulation de dialogues et de situations improbables pourra peut-être faire décrocher le spectateur à la suspension d’incrédulité pas assez bien attachée.

Un autre élément qui pourra déstabiliser (mais on entre là dans le concept même du film et une volonté de l’équipe, qu’on pourrait difficilement taxer de défaut), c’est le constant changement de tonalité du film, passant de la franche rigolade improbable au sérieux d’une brutalité glaciale, d’un passage à tabac à coup de godemichet géant à une mise à mort passablement traumatisante. Bref, il faudra rester bien accroché et ne pas craindre les virages, tant on s’attend rarement à ce que Dealer s’engouffre de plein pied dans ce que le cinéma de grande distribution n’ose même pas effleurer du bout des doigts.

Dealer est un film drôle, énergique, survitaminé même, mais également extrêmement violent, glauque, et tendu comme une corde à linge sur une route de campagne une nuit sans lune.

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Et Jean-Luc Herbulot a beau utiliser des trouvailles visuelles ultra ludiques qu’il dissémine dans le film pour relever constamment l’attention et donner une image à l’énergie de ses situations et aux pensées chaotiques de ses personnages, le fond de son histoire reste celle de la rue, la sale, celle qui prend tout et rend rarement, et ne vous laisse pas sortir de son giron aussi facilement. La mère des enfants perdus, comme le disait Keny Arcana, celle qui t’enseigne la ruse, et t’invites à te perdre dans son chahut, entre ses vices et ses vertus. Bref un concentré de vie dans tout ce qu’elle peut avoir de jovial et de brutal.

C’est ça Dealer. Un film sec et chahuteur, qui vous fait rire et trembler d’effroi, qui montre son cul et vous colle des oiseaux morts sous le nez, qui casse tout dans la baraque, repart en claquant la porte et lève des doigts bien haut à la léthargie cinématographique actuelle.

Un vrai film punk.

Note : 18/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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