octobre 27, 2020

Rampage 2 – Pas Deux, Boll

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De : Uwe Boll

 

Avec Brendan Fletcher, Lochlyn Munro, Mike Dopud, Michaela Mann

 

Année : 2014

 

Pays : Canada, Allemagne, Etats-Unis

 

Genre : Thriller

 

Résumé :

 

Après s’être terré deux ans dans la clandestinité, Bill Williamson veut frapper de nouveau un grand coup pour lutter contre les pouvoirs de la finance qui régissent le monde. Bill va monter une action spectaculaire en prenant en otage le personnel d’une plateforme de télévision pour lui permettre de diffuser à grande échelle ses messages de combat.

 

Avis :

 

Curieux personnage cet Uwe.

Trublion survolté, stakhanoviste de la pellicule, ennemi préféré des cinéphiles, le début de sa carrière ne le prédestinait pourtant pas à une spécialisation dans l’adaptation de jeu vidéo et au déferlement d’injures qui a suivi.

Alors qu’on le connaît surtout chez nous pour ses hérésies cinémato-vidéoludiques à l’orée des années 2000, il a pourtant commencé en Allemagne dès 1992 avec German Fried Movie, sa propre et inoffensive version du film de John Landis, et a surtout frappé un grand coup avec Amoklauf, court film d’une heure et véritable plongée abyssale et glauque dans l’esprit d’un homme malade, un psychotique que l’ennui profond inspiré par la vie et la société poussera à détruire et exterminer tout ce qui bouge autour de lui.

Un concept qui rappelle fortement Rampage, justement, si ce n’est l’aspect plus sensitif et viscéral que politique. En tout cas forcément les prémices de ce que certains n’hésitent pas aujourd’hui à appeler son projet le plus intéressant.

Pourtant, si Amoklauf fut son billet d’entrée pour les Etats-Unis, il lui faudra attendre 2002, après un téléfilm inepte avec Casper Van Dien et une gentillette série B avec Patrick Muldoon, pour retrouver la voie du film âpre et choquant (avec Heart of America, récit des dernières heures des divers protagonistes de la tuerie de Colombine, un an avant le film de Gus Van Sant), et un an de plus pour accéder à une étrange postérité, avec sa version complètement gol et allumée d’House of the Dead.

Après ça, le mal était fait. Découvrant que le concept marchait et qu’on lui donnait des sous pour adapter de nouvelles licences vidéo-ludiques, il continua dans cette voie, et ne fut bientôt plus connu que comme « l’homme qui a violé le jeu vidéo ». Légitime ou pas (s’il n’y a rien à garder dans House of the Dead ou Alone in the Dark, on peut néanmoins être plus transigeant avec Bloodrayne ou Farcry), son goût pour la provocation et son tempérament sanguin a provoqué une aversion certaine pour le bonhomme. Et peu importe si, au fil des ans, il propose, en parallèle aux adaptations qui lui rapportent de l’argent, des projets plus personnels et beaucoup plus étudiés (mais toujours assez rentre dedans) comme Seed, Tunnel Rats ou Stoic, il reste un immonde faiseur sans talent aux yeux du public.

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Et puis Rampage arriva.

Qu’est-ce que ce film-ci a de particulier, demanderez-vous ? Ce n’est pas son chef-d’œuvre, il est même probablement moins bon que d’autres de ses films personnels, seulement à ce jour, c’est le seul de ses films, hors adaptation, à s’être frayé un chemin jusque dans les bacs de l’Hexagone.

Pour la première fois, le public français découvrait Uwe Boll autrement que par ses panouilles faites en dépit du bon sens et de l’avis des fans. Et le résultat, ainsi que l’accueil, furent plutôt convaincant, si l’on considère que, comme dans un bouquin de Dan Brown, le fond était vachement intéressant, sans que la forme n’arrive à suivre. Le discours, pétri des préoccupations habituelles du teuton à propos de l’effondrement de la société et de la culture de la violence aux USA, était intelligible, intelligent, et allait au bout de son concept, quitte à manquer de perdre une partie de son auditoire en cours de route.

Et, pour ne rien gâcher, le film finissait à la fois sur une pirouette et une fin ouverte qui laissait imaginer des embranchements multiples sans forcément nécessiter de réponses.

Du coup, la perspective d’une suite avait de quoi interroger.

Pourquoi pas, oui, l’odyssée anarchiste du sociopathe Bill Williamson étant loin d’être finie (et on comprend dès les premières images la filiation et la transition avec le film original), mais Boll réussirait-il à retrouver la même perspicacité, la même intelligence de propos brute, tout en améliorant sa réalisation tout en caméra portée, gros plans et prises de vue sur le vif, très efficace sur certaines scènes intimistes, beaucoup plus bancale dès que l’action prenait de l’ampleur ?

Et surtout que pourrait-il raconter de nouveau ? Par quoi remplacer le parcours initiatique du spectateur, qui suivait cet anti-héros total, d’abord empathique, puis horrifié, avant de comprendre que ce jeune homme sans pitié était tout simplement un esprit éveillé qui accomplissait les mauvais actes pour les bonnes raisons ?

Sans surprise, et je ne laisserai pas le suspens durer plus longtemps, si le film n’est pas foncièrement mauvais, il est à des années-lumière de la chape de plomb suffocante qui s’abattait sur le premier opus. Le rythme syncopé, le montage hoquetant qui oscillait entre plusieurs moments d’une même journée, voire plusieurs lieux, tout en jump-cuts et en voix off morcelée, semble n’être ici repris que comme un gimmick nécessaire au passage de témoin, trop souvent artificiel. D’autant que, Boll ayant eu la bonne idée de changer drastiquement son fusil d’épaule en troquant la fuite en avant, toujours en mouvement, pour un huis-clos statique, un concept formel strictement identique ne pouvait pas fonctionner (chose qu’il a pourtant très bien compris dans le magnifique Assaut on Wall Street, au sujet extrêmement proche, et pour lequel il a choisi une structure en trois temps beaucoup plus souple et linéaire, principalement basée sur une lente gradation des émotions).

Pourtant on ne peut pas lui reprocher de construire sa saga autour d’une continuité logique. [ATTENTION, CE QUI SUIT POURRAIT SPOILER CEUX QUI N’ONT PAS VU LE PREMIER FILM]

La surprise (et l’ascenseur émotionnel) de le voir dans Rampage suivre sa ligne de conduite, puis décevoir le spectateur en étant qu’un simple cambrioleur, avant de laisser sous-entendre que tout ça n’était que le début, prend ici tout son sens : le but de Bill Williamson était de récupérer assez d’argent pour mettre en œuvre un plan plus grand et plus ambitieux, tout en faisant passer un message à sa ville, comme un premier crachat à la société qu’il conspue, une introduction à son discours.

Ici, dans Rampage 2, commence seulement réellement son plan et ses préoccupations (et c’est encore plus dommage du coup que le film ne soit qu’à moitié réussi), il avait besoin de cet argent pour plus de matériel, plus de préparation, et dans cette suite, il prend en otage toute une station de télé pour forcer son apparition à l’antenne, puis une interview diffusée dans le monde entier. Une façon de prêcher sa Bonne Parole d’illuminé et de faire passer le mot à la foule de groupies qui commence à l’aduler et adhérer à son propos sur les réseaux sociaux.

Et Boll d’avoir la judicieuse idée de toujours garder un équilibre (ou au moins de tenter, ce n’est pas forcément efficace à 100%) entre la nécessité de donner du poids aux propos de son héros (qui reste après tout la voix de son créateur) et sa peinture d’une société assujettie à des codes et prompt à suivre un même berger, entre la perspicacité du discours général de Bill, et ses dérapages verbeux pseudo-révolutionnaires qui le font plus passer pour un gourou délirant que pour un anarchiste qui veut changer le monde. Le réalisateur prend bien garde de montrer Williamson sous ses deux facettes, et de constamment interroger la frontière entre son propos frondeur, quelque part plein de bon sens, et la légitimité extrêmement douteuse de ses actes.

Et si les quelques scènes qui le montrent clairement dépasser les bornes de la perspicacité ne suffisaient pas, l’ultime séquence achève de mettre les choses au clair : quelle que soit son aura, quelle que soit la véracité de son discours, si on peut y trouver une cohérence et comprendre le cheminement de sa pensée, rien, absolument rien ne pourra justifier les exactions auxquelles il se livre, et Bill Williamson est bel et bien un illuminé.

C’est d’autant plus dommage donc, que pas mal de scènes se perdent dans des circonvolutions plus provocantes que percutantes, et ne retrouvent que rarement l’impact féroce qu’avait pu avoir le premier film. Budget oblige, les scènes d’action étant réduites à la portion congrue, Rampage 2 est sensé se baser sur la tension et le dialogue, et en ce sens le film donne trop souvent l’impression de régurgiter les passages les plus marquants du premier opus pour tout à fait convaincre.

L’intérêt supplémentaire du film, il faudra le trouver dans le second degré satirique, dépeignant les médias comme des chiens tenus en laisse par l’audimat, le public comme un troupeau de moutons hypnotisés et les forces de l’ordre angoissées et démunies face à un événement aussi inexplicable qu’incontrôlable. Si on sait passer la barre de cette étrange dichotomie entre premier degré réflectif et second degré de sale gosse, on pourra trouver un intérêt certain à suivre ce nouveau dynamitage des institutions.

Voir un Uwe Boll bourré d’autodérision jouer un producteur d’abord je-m’en-foutiste, puis pleutre quand le danger est proche, et enfin comme un véritable requin flairant le buzz et sautant sur l’occasion une fois hors de danger, est un véritable plaisir, tant il semble conscient de sa réputation, et de sa propre bicéphalie qui lui fait faire le grand écart entre hérésie torchée à la va vite pour récolter du fric et projet personnel bien plus abouti avec l’argent récolté.

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Bref, si on lui préfèrera des brûlots viscéraux perturbants comme Darfur, Auschwitz, Assault on Wall Street et bien sûr le premier Rampage, cet opus 2 reste une Bollerie tout à fait regardable, et preuve que l’homme possède un autre talent que celui de martyriser n’importe quelle licence qui lui passerait entre les mains, s’il veut bien s’en donner la peine.

En attendant le chapitre final, actuellement en préproduction, et dont la campagne de financement participatif et le web-coup de gueule qui suivit ont fait rire beaucoup de monde ces derniers mois.

Note : 13/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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