Tempête sur la Colline – Présumée Coupable

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Titre Original : Thunder on the Hill

De: Douglas Sirk

Avec Claudette Colbert, Ann Blyth, Robert Douglas, Anne Crawford

Année : 1951

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Valerie Carns a été condamnée à mort pour meurtre. Elle est transportée à Norwich pour y être exécutée quand une inondation la bloque elle et ses gardes dans l’hôpital d’un couvent. La sœur infirmière Mary devient bientôt convaincue de son innocence et cherche à trouver le vrai meurtrier…

Avis :

Adulé par ses pairs comme par ses cadets, Douglas Sirk est un réalisateur très prolifique des années 30 aux années 50. Mais bizarrement, il n’a pas la même portée d’un Godard, Hitchcock ou encore Truffaut pour le cinéphile amateur. Il faut dire que le cinéaste a principalement officié dans le genre dramatique et romantique, sans trop faire de vagues. Mais lorsque l’on s’attarde sur ses films, on se rend compte d’une chose, la modernité dont fait preuve son œil. Pour se faire, il suffit de regarder la rareté Tempête sur la Colline pour se rendre compte de la modernité de cet homme et de sa volonté de fusionner les genres pour en faire des pamphlets soit contre la peine de mort, soit sur le féminisme.

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Alors qu’une tempête s’abat autour de Norwich, tous les habitants se réfugient dans le couvent en hauteur et à l’abri avec, en plus, un hôpital. Alors qu’elle doit être conduite à Norwich pour être exécutée, Valerie Carns se retrouve dans ce couvent, au milieu d’une foule qui reconnait en elle la femme qui a fait la une des journaux. Sœur Marie, qui gère tout le couvent, vient lui apporter de l’aide et du réconfort. Dès les premiers instants, elle est persuadée que Valerie est innocente du meurtre de son frère. Elle va alors tout mettre en œuvre pour innocenter la pauvre fille, quitte à se mettre à dos la population et la mère supérieure.

Tempête sur la Colline pourrait s’apparenter à un film policier teinté de drame et de romance. En effet, sous ses couverts d’histoire sordide et de mise à mort d’une femme innocente, le film s’axe surtout sur l’enquête menée par sœur Marie. Cela n’est pas plus mal, car le film garde ainsi une certaine tension et délivre le vrai visage de certains protagonistes malveillants. De ce point de vue, le film de Douglas Sirk est vraiment brillant, puisqu’il présente une palette de personnages très attachants alors qu’ils sont différents. A titre d’exemple, Willy, l’homme de main du couvent, est un être simplet, mais terriblement attachant par sa franchise et sa maladresse. A l’inverse, on adorera la complexité de sœur Marie, qui se donne corps et âme dans cette quête de vérité, mettant de côté des choses qui semblent plus importantes, comme la naissance d’un bébé. Rien à dire donc sur la force des personnages, puisqu’ils tiennent tous la route et le film.

Mais là où c’est le plus surprenant, c’est que la mise en scène de Sirk est incroyable. Outre les décors sublimes, renforcés par un noir et blanc de grande qualité, le film est moderne dans sa mise en scène. Les mouvements de caméra sont fluides, les plans sont longs, mais ils sont pensés avec minutie pour attirer l’œil du spectateur vers un détail. Bizarrement, restauration (magnifique au passage) ou pas, le film est presque avant-gardiste pour son époque de sortie, notamment par cette réalisation léchée mais aussi par une technique irréprochable qui fonctionne encore aujourd’hui.

L’autre point fort du film provient de son message. Si la mise à mort est évoquée, elle n’est pas forcément remise en cause, mais il y a des sous-entendus prétextant que c’est un acte barbare, notamment pour une femme. Avec ce film, Douglas Sirk démontre les dérives de ce système punitif, qui peut tuer des innocents. Sans être un pamphlet moraliste, le film est relativement finaud là-dessus et encore une fois, terriblement en avance sur son temps. Enfin, les personnages les plus puissants et dangereux dans ce film sont les femmes. Sans être féministe, le film met en avant une bonne sœur qui prend tous les risques pour sauver une autre femme forte, qui se crée une carapace pour survivre. C’est assez rare pour l’époque et surtout, cela correspond bien à cette modernité propre à Sirk. Bien entendu, le film n’est pas exempt de défauts, comme des longueurs lancinantes qui parcourent l’histoire, laissant beaucoup de place aux palabres ou autres plaintes. Mais cela est bien peu et colle relativement bien à cette ambiance si particulière qui se dégage du métrage.

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Au final, Tempête sur la Colline est un film attendrissant et plutôt réussi. Le genre de film qui tombe trop rapidement dans l’oubli et qu’Elephant Films a su restaurer de manière magnifique. Un film en avance sur son temps, qui garde, certes, un rythme lancinant, mais qui demeure important par les thèmes qu’il brasse et qui démontre la maestria dont faisait preuve Douglas Sirk derrière la caméra.

Note : 16/20

Par AqME

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