octobre 28, 2020

Les Innocents aux Mains Sales

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De : Claude Chabrol

Avec Romy Schneider, Rod Steiger, Jean Rochefort, Paolo Giusti

Année : 1975

Pays : France, Italie, Allemagne

Genre : Drame

Résumé :

Délaissée par un mari alcoolique, Julie Wormser se donne au beau Jeff. Le couple adultère décide de supprimer Louis, le mari.

Avis :

Mon histoire avec Claude Chabrol avait plutôt mal commencé puisque je n’avais pas su apprécier « La fille coupée en deux« . Comme le réalisateur fait partie des figures les plus emblématiques de la nouvelle vague, j’avais eu peur de ne pas accrocher, comme le cinéma de Godard par exemple. Mais j’ai persisté et finalement, je dois dire que j’accroche très bien avec le cinéma de ce grand monsieur et après plusieurs incursions réussies, je me lance dans « Les innocents aux mains sales« , un film au titre étrange et intriguant.

Un thriller de Chabrol porté par Romy Schneider, Rod Steiger et Jean Rochefort, personnellement, je trouve que ça ne se refuse pas. Au contraire, je trouve que ça fait même rêver, alors quand je suis tombé sur ce film de 1975, avec ce titre énigmatique, je ne pouvais que me laisser tenter et j’ai bien fait puisque Chabrol m’a offert un thriller psychologique bien construit qui met une grosse claque aux relations de couples.

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Julie Wormser est jeune et belle. Marié à un homme qui jouit d’une très belle situation, elle a tout pour être heureuse. Son mari, Louis est plus âgé qu’elle, mais pourtant Julie s’est mariée par amour. Mais après dix ans d’union, Julie s’ennuie dans son couple et dans sa vie. Son mari a sombré dans l’alcool, et le couple fait aujourd’hui chambre à part. Alors quand Julie croise la route du beau Jeff, il ne lui faut pas beaucoup de temps pour se laisser entraîner par l’appel de ses désirs. Après quelques semaines passées auprès de son bel amant, le couple décide d’éliminer Louis. Julie et Jeff pensent même avoir monté le meurtre parfait. Mais les choses ne vont pas vraiment se passer comme prévu.

« Les innocents aux mains sales » est un film qui est à l’image de son titre, c’est-à-dire étrange, envoûtant et surprenant. Claude Chabrol signe-là un polar qui a l’air au premier abord assez ordinaire. Un couple d’amants décide de supprimer le mari pour empocher le pactole que la jeune veuve éplorée va toucher. Ce n’est pas franchement neuf, et même si le film peut être très bien fait, on a tendance à craindre l’effet déjà vu et sans surprise finalement. Mais ici ce ne sera pas le cas et on va très vite s’en rendre compte. Chabrol installe son histoire petit à petit. Le début est convenu bien sûr, même si la scène d’ouverture est aussi improbable que remarquable. Mais une fois l’heure du crime arrivée, on a la sensation que l’histoire ne nous a pas tout dit. Le film développe un sentiment étrange, un certain suspens mélangé à quelque chose de faux. Le réalisateur ne nous aurait pas tout dit et on se laisse peu à peu prendre au jeu des faux semblants. Le réalisateur continue alors de nous exposer son histoire, tout en continuant ce mystère. Puis d’un coup le rythme va s’accélérer et toute la magie du film va éclater. Le scénario qui s’aventurait jusqu’à là dans l’ordinaire, va d’un coup offrir des rebondissements totalement inattendus. D’un coup, le film, qui était déjà très bien, devient saisissant et arrive à nous faire avaler même les rebondissements les plus improbables. Et franchement, je suis ressorti bluffé, étonné, avec le sentiment très bon que Claude Chabrol a fait de moi ce qu’il voulait l’espace de deux heures. Et ce qui est encore mieux, c’est qu’à la fin, le titre si mystérieux du début prend tout son sens.

Puis derrière le côté thriller et l’enquête qu’a le film, Claude Chabrol en profite aussi pour faire une analyse profonde, glaçante et presque miséreuse du couple, de l’amour et de son fonctionnement. Le réalisateur, de façon très subtile, détruit le couple et en même temps, il le renforce. Les personnages, particulièrement celui de l’épouse, sont passionnants. Que ce soit les décisions qu’elle va prendre, le jeu auquel elle va jouer ou alors ses remises en question et ses révélations, rien n’est laissé au hasard.

L’intrigue se déroule dans le sud de la France, du côté de Saint-Tropez et Claude Chabrol va faire un très beau travail à l’image. Très beau à regarder le réalisateur nous baigne dans un univers de luxe et de débauche. Ce film est une petite invitation au voyage. J’ai pris plaisir à découvrir la façon très lumineuse et inquiétante en même temps qu’a Chabrol de filmer cette région, ses paysages et cette villa. Le réalisateur a vraiment pensé à son esthétisme aussi bien dans les décors et les costumes, que dans la photographie. L’image baignée de soleil est sombre et on ne se sent pas vraiment en sécurité, ce qui donne cet effet mystérieux pendant tout le film. C’est vraiment bien pensé. D’ailleurs, c’est pour l’instant le film de Chabrol qui m’a le plus convaincu, celui que j’ai le plus aimé.

Puis enfin, j’arrive à ce prodigieux casting. Imaginez la belle Romy Schneider en jeune femme ambiguë, calculatrice, fragile et forte en même temps qui joue les épouses modèles pour mieux souhaiter la mort de son époux. Imaginez Rod Steiger en époux alcoolique et désabusé, mais pourtant qui a un côté très attachant. Imaginez Paolo Giusti en amant ténébreux au regard glaçant. Ou encore François Maistre et Pierre Santini en duo d’inspecteurs assez improbable, qui dans un sens m’a beaucoup rappelé Dupond et Dupont. Et enfin, imaginez le grand Jean Rochefort en avocat, défenseur de la belle Romy, qui parfois va se lancer dans des tirades qu’on pourrait écouter des heures. Claude Chabrol a très bien su choisir ses comédiens et l’ensemble est magique.

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Je ressors ravi de ce film de Chabrol. J’avais envie de voir un bon film, un bon thriller, mais en fin de compte, c’est un excellent thriller psychologique, doublé d’une enquête à rebondissements, toutes plus surprenantes les unes que les autres, que j’ai trouvé. Si j’aimais Chabrol avant ce film, je dois dire qu’avec ces « Innocents aux mains sales » le réalisateur m’a fait passer une étape et a développé deux fois plus ma curiosité par rapport à son œuvre.

Note : 18/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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