octobre 29, 2020

Tangerine

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De : Sean Baker

Avec Kitana Kiki Rodriguez, Mya Taylor, Karren Karagulian, Mickey O’Hagan

Année: 2015

Pays: Etats-Unis

Genre: Drame

Résumé:

Vingt-quatre heures dans la vie d’une drôle de Cendrillon, qui traverse la Cité des anges à la recherche de sa rivale.

Avis:

Inconnu chez nous, Sean Baker est venu présenter au festival de Deauville son cinquième film, « Tangerine« . Sean Baker est en marge du cinéma hollywoodien, et on peut dire que chaque nouveau film est un défi pour lui, car la plupart du temps, c’est lui qui écrit, produit, filme et monte ses films seuls. On pourra donc saluer la détermination de Sean Baker à faire que « Tangerine » voit le jour, aussi bien chez lui que chez nous.

Il n’y avait pas encore eu d’ovni dans ce festival de Deauville. Et bien l’erreur fut corrigée avec « Tangerine » qui a reçu le prix du Jury. Et pourtant, quand on découvre « Tangerine« , c’est n’était pas gagné, tant le film est à mille lieux du cinéma qu’on a l’habitude de voir. Sorte de coup folie, le film de Sean Baker amuse autant qu’il laisse perplexe et c’est bien après la séance qu’on peut se faire un avis sur ce que l’on vient de voir, car « Tangerine » est au final une expérience unique. Bonne ou mauvaise expérience, une chose est sûre, c’est que ce film absurde, burlesque et couillu vaut le coup de lui laisser une chance.

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Deux travelos, Sin-Dee et Alexandra, sont des amis qui se prostituent dans les rues de Los Angeles. Un matin, alors qu’elles discutent dans un café et que Sin-Dee vient de sortir de prison, elle apprend que Chester, l’homme qu’elle aime, s’en tape une autre. Elle décide alors de trouver cette femme, de l’emmener à Chester et d’avoir des explications. Alors qu’elle erre dans les rues de la cité des anges, son ami Alexandra, elle, se prépare à monter sur scène le soir même pour un petit concert.

Il est très difficile d’aborder « Tangerine » tant le film sort des sentiers habituels du cinéma pour finalement se tourner vers l’expérience. Sorte fourre-tout qui détient une folie ambiante, je suis ressortide la salle les idées embrouillées, ne sachant quoi penser et dire de « Tangerine« .

Plus qu’une histoire ou une intrigue qui va se suivre, j’ai envie de parler des ressentis que le film m’a apporté. Des ressentis qui s’opposent, partagés en bien comme en mauvais. Si je devais définir « Tangerine« , alors je qualifierais le film comme un vaudeville complètement déjanté qui n’a ni queue ni tête. Un vaudeville qui m’a très souvent fait rire devant l’improbabilité de ses intrigues, mais qui parfois aussi a pu me rebuter cette improbabilité. « Tangerine« ‘ est un film très drôle, dont l’humour est parfois à tomber. Le film s’amuse des clichés. Il caricature dans le bon sens les travestis et j’avoue que la folie qui tient ces personnages est bien souvent hilarante. Le film offre des scènes peu probables qu’on ne reverra sans doute pas. Dans ce sens-là, on peut saluer l’ambiance et les risques que prend le réalisateur pour présenter un film pareil.

Le réalisateur aborde des sujets très intéressants, qui derrière l’excentricité de son film, sont traités avec respect et pudeur. « Tangerine » parle de travelos, de transsexualité, de bisexualité et de prostitution. Ce que l’on appréciera, c’est qu’à aucun moment le film hésite à franchir des portes et des barrières, allant dans un autre Los Angeles, loin de ce que les autres films nous présentent. Là aussi, ce côté-là de « Tangerine » est très plaisant.

Le film détient aussi une bande son très étonnante. Au détour des rues et des scènes, le film offre des morceaux électro assez poussés, allant même jusqu’à de la dubstep, ce qui a réveillé aussi les festivaliers.

Mais voilà, ce qui fait toutes les qualités de « Tangerine » peut en faire aussi une grosse partie de ses défauts. L’humour par exemple est parfois très bien, mais parfois, il a tendance à être insupportable. Le film part de temps en temps beaucoup dans l’extrême et ça peut très vite devenir gavant. A force de vouloir être décalé, Sean Baker peut aussi offrir des scènes interminables qui deviennent bien trop lourdes. Je pense par exemple à une scène où le personnage de Sin-Dee trimballe une femme à travers les rues de Los Angeles. C’est clairement trop long, le réalisateur y revient trop et franchement, on est vraiment heureux quand ça se termine.

Le fait que l’on suive un film qui est plus une tranche de vie qu’un vrai scénario avec une histoire peut aussi agacer, car il m’a arrivé de me demander où est-ce que le réalisateur voulait en venir. On ne comprend pas très bien et d’ailleurs, une fois fini, on se pose toujours des questions… L’hystérie des personnages peut aussi taper sur les nerfs. Si à plusieurs moments c’est drôle, je dois aussi dire que j’ai été content quand elles se taisaient.

En enfin, il y a aussi le non professionnalisme des comédiens. Un peu à son image fourre-tout, « Tangerine » est parfois très bien joué, comme d’autres fois c’est la catastrophe. Je pense principalement au personnage de Sin-Dee qui est tenu par Kitana Kiki Rodriguez. Si parfois le comédien assure dans les scènes drôles (et encore parfois, c’est limite), je ne peux pas en dire autant quand celui-ci doit être touchant.

J’ai donc passé un moment étrangement bon et désagréable à la fois devant « Tangerine« . C’est vrai que le film m’a franchement amusé plusieurs fois et certaines scènes sont vraiment terribles. C’est vrai que la folie qu’il y a dans ce film m’a plu et j’ai aimé la façon qu’a le réalisateur d’aborder certaines choses. Mais voilà, parmi tout ce qu’il y a de bien, je dois dire que parfois « Tangerine » m’a tapé sur les nerfs et j’étais assez content que le film s’arrête.

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« Tangerine » est donc un film aussi intéressant que lourd. Et franchement, c’est un film si particulier que je suis bien incapable de savoir si je dois le conseiller ou non, car avec un tel cinéma, il est impossible de savoir qui va aimer ou détester. Avec certains films, on peut le « prévoir », avec « Tangerine » et son hystérie, c’est impossible.

Note : 12/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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