octobre 1, 2020

Vive les Vacances – Un Roadtrip en Enfer

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Titre Original : Vacation

De : John Francis Daley et Jonathan M. Goldstein

Avec Ed Helms, Christina Applegate, Skyler Gisondo, Steele Stebbins

Année: 2015

Pays: Etats-Unis

Genre: Comédie

Résumé:

Suivant l’exemple de son père, dans l’espoir de renouer des liens familiaux longtemps distendus, Rusty Griswold père fait une surprise à sa femme Debbie et à leurs deux fils, en leur proposant de repartir à Walley World, réputé comme « le parc d’attraction préféré des familles américaines ». Mais pour y parvenir, ils devront traverser le pays tout entier.

Avis:

Pour la plupart des spectateurs, Vive les vacances sera un nouvel exemple de comédie trasho-grasse dans laquelle les désastres s’accumulent, dans la grande lignée des Miller ou de Very Bad Trip, Ed Helms en lead à l’appui. Effectivement, le premier film de Jonathan Goldstein et John Francis Daley (oui oui, celui de Bones et Freaks and Geeks) emprunte au second son acteur principal et un certain sens du scabreux joyeux (ainsi qu’un générique encore plus drôle que le film lui même), et au premier son canevas principal, envoyant une famille dans un périple routier qui va les faire aller de catastrophe en catastrophe à grand renfort de quiproquos et de parcours initiatique.

Ou plus précisément l’histoire de la famille Griswold, décidée à parcourir plus de 1400 km en voiture pour resserrer les liens, et rejoindre le célèbre parc de Walley World ainsi que les souvenirs du papa, encore nostalgique de l’époque où ce voyage était une tradition pour son propre paternel.

Car pour les plus vieux d’entre nous, ceux qui ont connu la glorieuse époque du cinéma des années 80, Vive les vacances (ou Vacation en version originale) est surtout une suite/remake d’un film culte. Sorti en 1983 de l’esprit tordu du National Lampoon’s, écrit par John Hughes et réalisé par Harold Ramis, Bonjour les vacances était le prototype parfait de l’humour absurde et gentiment crétin de l’époque, et mettait en scène LE grand spécialiste de la comédie azimutée, j’ai nommé Chevy Chase (que les plus jeunes connaitront, du coup, plus pour sa participation à Community qui l’a fait revenir sur le devant de la scène en 2009). Et si le film fera surtout la joie des rats de vidéo-clubs en France, il fut un tel succès outre l’Atlantique qu’il donnera naissance à une véritable saga, envoyant la famille Griswold en Europe ou au milieu d’une fête de Noël désastreuse, avant de se retrouver à Vegas pour un retour tardif en 1997. Si le dernier (même pas sorti en France) semble être le canard boiteux de la troupe, les deux autres (toujours écrits par John Hughes) ont créé le même raz de marée aux USA.

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Une franchise culte donc, bien qu’assez peu connue en France.

Et nous voici donc avec ce Vacation millésime 2015, qui voit le fils devenu le père et emmener sa propre famille sur la route de Walley World. Un remake qui s’assume et assure la filiation, que ce soit par la présence de Chevy Chase en personne lors d’un savoureux caméo, ou une scène de citations directes en forme de discours méta sur l’utilité d’un tel film.

Le principe est quasiment le même (seule la constitution de la famille change, passant d’un frère et une sœur à deux frères) et le canevas ne change pas, il reste donc pour les créateurs de cette nouvelle mouture à trouver leur propre ton, à remettre le thème et l’humour au goût du jour et à proposer leurs propres idées. Ce qu’ils réalisent avec brio, pourvu qu’on préfère aux gags absurdes et légèrement concons un humour pipi-caca à base de nombreuses références sexuelles hérité des films de Todd Phillips.

Certes, les opus originaux ne brillaient pas par leur subtilité, mais cette nouvelle version, il faut bien le dire, frappe constamment sous la ceinture. La bande-annonce aura mis la puce à l’oreille, il sera régulièrement question de baignade scatophile, de vomi, de pénis trop imposant ou de quiproquos à base de vocabulaire sexuel.

Ce qui n’est pas un mal. On ne compte plus le nombre de comédies potaches scabreuses à avoir réussi la manœuvre, et même les films subtilement émotionnels de la team Apatow puisent régulièrement leur source dans la vanne la plus crasse et bas du front.

Non, là où le bât blesse pour Vive les Vacances, c’est l’équilibre entre le trop et le pas assez, le sens du timing qui nous fait nous rendre compte que c’est le bon moment pour arrêter un gag au lieu de le faire durer plus que de raison, bref la frontière entre l’hilarité et la consternation.

Et oui, quand on écrit un scénario, quand on structure son histoire, quand on dirige ses acteurs, même sur un film aussi joyeusement et ouvertement débile que celui-ci, il faut trouver le juste milieu et user de finesse. Si, fort heureusement, Vive les Vacances atteint un rythme de croisière plus agréable par la suite, le début fait peur, très peur à force de facilité, de gags lourds et de situations de « mal à l’aise comique » qui n’en finissent pas, jusqu’à provoquer pour le spectateur un malaise qui n’a rien de comique. Ed Helms en fait des tonnes sans trouver le naturel de son personnage, Christina Applegate semble bizarrement perdue, et même la participation du d’habitude toujours excellent Keegan-Michael Key (du duo Key and Peele) tombe à plat. Il faut toute la force d’inertie décalée des deux frangins, le petit martyrisant ici le grand, pour faire sourire et éviter de sombrer dans l’ennui.

Et puis c’est le départ vers l’aventure et le désastre, et avec le convoi qui se déplace (une « Honda albanaise » qui sera le catalyseur de certains des meilleurs gags du film) c’est tout le film qui semble se mettre en branle. À croire que, coincés par le sujet même du métrage, qui nécessite mouvement, chaos et entropie, les scénaristes n’avaient pas réussi à trouver leur point d’équilibre avant d’avoir lancé leur famille sur la route. Une fois le périple commencé donc, les péripéties s’accumulent et, si ce n’est toujours pas la subtilité qui l’étouffe, l’humour se fait plus ravageur, le rythme plus fluide, et il est rare qu’on passe plus de quelques minutes sans sourire de bon cœur, quand bien même les fou-rires ne seraient pas constants.

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Et, il faut rendre à César ce qui est aux Griswold, le film parvient régulièrement à retrouver le ton légèrement absurde des opus originaux pour faire un contrepoint au trash irrévérencieux moderne. Cela passe par une télécommande de voiture aux mystérieux boutons (qui seront bien sûr essayés pour le meilleur et pour le pire), un duo de frangins aux relations complètement inversées, une virée en kayak avec un moniteur nouvellement dépressif, ou un statu quo hilarant entre polices locales à l’endroit où plusieurs états se rejoignent.

De la même manière que l’humour, les personnages s’affinent au gré des scènes, et les acteurs semblent de plus en plus à l’aise, tant dans leur gestuelle que dans leurs dialogues, préférant la sobriété constellée d’éclairs de folie à l’outrance constante. Du coup, la vision du film est de plus en plus agréable à mesure que l’histoire avance, et on s’attache plus facilement à eux, tant les acteurs semblent s’amuser comme des petits fous.

Mention spéciale à Chris Hemsworth, bien loin de ses rôles de badass sérieux habituels, qui s’abandonne ici pour la première fois à l’autodérision débridée avec délectation, campant un beau gosse bas du front présomptueux élevé au poulet aux hormones, trimballant son opulence, ses abdos et son imposant appareillage sous le nez de ses invités. La grande scène du caleçon entrevue dans la bande-annonce est un vrai bon moment d’hilarité.

Pourtant, qu’on se mette d’accord, Vive les vacances n’a rien d’exceptionnel. Tant dans son scénario que son sous-texte, il reste assez cousu de fil blanc, et ressemble à un mélange entre une comédie des 80’s comme il en existait des tas, et une comédie des années 2000 comme il en existe des tas. Et ce même si les dialogues et les situations contiennent quelques pépites qu’il serait dommage de laisser passer. En cela, le similaire Les Miller, une famille en herbe, possédait une grosse poignée de scènes franchement cultes, des situations plus originales, une structure plus solide et une évolution des personnages plus intéressante, et reste supérieure à ce Vacation du nouveau millénaire.

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Mais la bonne humeur, l’avalanche de catastrophes et l’investissement volontaire des protagonistes achèvent de donner un gros capitale sympathie au film, magnifiquement encadré par son générique de début et de fin, dans lequel des photos recadrées se dévoilent pour laisser apparaître des twists inattendus dans une sorte de « diaporama du fail ». Rien que pour ça, Vive les Vacances vaut le coup d’œil.

Note : 14/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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