octobre 29, 2020

Amnesia

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De : Barbet Schroeder

Avec Marthe Keller, Max Riemelt, Bruno Ganz, Corinna Kirchhoff

Année : 2015

Pays : Suisse, France

Genre : Drame

Résumé :

Ibiza. Début des années 90, Jo a vingt ans, il vient de Berlin, il est musicien et veut faire partie de la révolution électronique qui commence. Pour démarrer, l’idéal serait d’être engagé comme DJ dans le club L’Amnesia. Martha vit seule, face à la mer, depuis quarante ans. Une nuit, Jo frappe à sa porte. La solitude de Martha l’intrigue. Ils deviennent amis alors que les mystères s’accumulent autour d’elle : ce violoncelle dont elle ne joue plus, cette langue allemande qu’elle refuse de parler… Alors que Jo l’entraîne dans le nouveau monde de la musique techno, Martha remet en question ses certitudes…

Avis :

Barbet Schroeder est un cinéaste que l’on peut facilement qualifier de libre et touche à tout. Il est sur tous les fronts, tournant aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis, passant du drame intime aux films d’action, aux thrillers et même au documentaire. Bref, ça fait maintenant près de quarante ans que le réalisateur franco-iranien roule sa bosse au grès de ses envies. Et après avoir travaillé sur la série « Mad Men« , le voici de retour sur le sol d’Ibiza, pour un plaidoyer sur l’amnésie volontaire.

Dès la bande-annonce, j’ai été séduit par la singularité de son histoire. Le réalisateur a choisi un sujet lourd et je devinais sans mal et avec beaucoup d’envie que le film irait plus loin. Je ne voulais absolument pas le louper celui-ci, et je dois dire que je ne suis vraiment pas déçu, car « Amnesia » résonne encore en moi, comme l’un des plus beaux films que j’ai vu cette année. Barbet Schroeder offre une magnifique réflexion sur le poids du passé, ainsi que de très belles histoires d’amour.

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Ibiza, au début des années 90. Martha est une vieille femme qui habite sur l’île depuis des années. Elle s’y sent bien, et a pris l’île comme pays d’adoption. Jo est un jeune homme d’une vingtaine d’années. Il vient de quitter Berlin pour tenter sa chance comme DJ sur l’île. La musique électronique étant en pleine évolution, Jo veut croire en sa chance. Un soir, il va rencontrer Martha, qui est sa voisine. Ensemble, ils se sentent bien, ils discutent de tout et apprennent chacun l’un de l’autre. Mais cette rencontre, qui ressemble à n’importe quelle autre, va très vite avoir quelque chose en plus. Un petit quelque chose qui pourrait remettre en question la vie de chacun d’eux …

Ces dernières années, Barbet Schroeder tourne peu, son dernier long métrage remonte à 2007. Le réalisateur qui vient de fêter ses soixante-quatorze ans n’a plus rien à prouver et prend alors le temps pour monter ses projets et ce n’est pas plus mal, surtout s’ils sont tous de la même qualité que cette « Amnesia« .

D’emblée, dès les premières images, on devine qu’ »Amnesia » sera un film très serein qui va prendre son temps pour traiter tous les sujets qu’il va aborder. Et je parle bien de tous les sujets, car si la bande-annonce aborde l’un d’entre eux, et ce sera le plus « lourd », le film de Barbet Schroeder est bien plus riche et va aborder avec beaucoup de délicatesse une multitude de sujets.

Le scénario est magnifique, l’écriture est superbe, l’ambiance est captivante, pleine de poésie, de silence, de regard, de désir, mais aussi de douleurs. C’est beau, c’est émouvant et c’est intelligent. Barbet Schroeder aborde les origines, le poids du passé, sa honte. Le réalisateur parle de la Seconde Guerre Mondiale et le ressenti de chacun. Le film est très loin d’être lisse et c’est tout en subtilité qu’il parle de la difficulté de cette époque, des souvenirs (ce dont on se souvient, ce dont on ne veut pas se souvenir, ce qu’on arrange, ce qu’on fuit, ou alors ce qu’on combat), de la complexité de cette époque, où rien n’est tout blanc ou tout noir, des décisions prises par conviction ou lâcheté, l’amour de la patrie ou sa honte. Bref, le réalisateur explore sans jugement aucun tout le poids de cette époque et il en ressort des portraits bouleversants, criant de justesse, de vérité, qui hantent bien après le générique, car « Amnesia » pousse à la réflexion.

Mais le film n’aborde pas seulement ces sujets et développe avec autant d’intelligence et de tact, la musique, sa création, l’époque dans laquelle elle évolue. Difficile de faire un film à Ibiza sans parler de musique, surtout au début des années 90, où la musique électronique est en plein boom. Le film parle aussi de la société, de son évolution, la chute du mur de Berlin et ses espoirs. D’ailleurs, la chute du mur ramène aussi à la guerre. Le réalisateur parle d’amour aussi, et se fait quelque peu son « In the mood for love« , car « Amnesia » c’est aussi énormément de regards. Le travail sur le désir et l’envie est incroyable. Les acteurs se séduisent sans même le savoir et il y a une vraie tension sexuelle et sensuelle qui se dégage d’eux. On a l’impression qu’à chaque scène, ça peut déraper à tout moment, c’est même un peu frustrant. Alors bien sûr, un film comme celui-ci est aussi peuplé de silence, avec un rythme assez lent, qui pourrait en rebuter certain, mais ces silences et ces regards sont nécessaires à l’histoire.

« Amnesia » est aussi un film très immersif, Barbet Schroeder nous plonge complètement dans son film. On pourrait presque dire qu’on est enfermé sur l’île avec les personnages. La réalisation est superbe, comme le film. Barbet Schroeder filme magnifiquement les paysages de l’île. Le film est bercé dans une ambiance très chaude, un peu comme si le réalisateur avait réussi à rentrer au mieux la lumière ambiante de cette île, il nous dépayse l’espace d’une heure et demi. La lumière est d’ailleurs très étonnante au vu de la tristesse et le poids qu’il aborde dans ses sujets.

Le réalisateur filme ses deux acteurs amoureusement. Il les met tellement bien en valeur. L’immense Marthe Keller a rarement été aussi bien filmée. Elle est rayonnante et tient là l’un de ses plus beaux rôles, l’un de ses plus forts et l’actrice m’a bouleversé. En face d’elle, on trouve l’un des plus beaux espoirs allemand, Max Riemelt, dont je vous avais déjà vanté le talent pour « Free Fall« , « Sense8 » ou « La vague« . L’acteur continue son parcours et trouve encore une fois un rôle à sa mesure. Le réalisateur a aussi fait appel à Bruno Ganz et Corinna Kirchhoff, qui apparaîtront peu, mais chacun d’eux aura une scène mémorable et lourde de sens.

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Je ressors totalement sous le charme d’ »Amnesia« . Avec ce film, Barbet Schroeder m’a fait passer par tout un tas d’émotions. Émerveillé le temps d’un désir, d’un regard qui en dira tellement plus que n’importe quel discours et submergé d’émotions la scène suivante de par le poids, l’horreur, la honte même, des sujet qu’il aborde. « Amnesia » résonne donc comme l’un des plus beaux films que j’aurais pu voir en salle cette année. Et pour énormément de raison, je trouve que c’est un grand film sur la mémoire, l’amour et la musique. Un grand film, qui est en train de passer injustement inaperçu.

Note : 18/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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