octobre 28, 2020

La Isla Minima

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De: Alberto Rodriguez

Avec Raul Arevalo, Javier Gutierrez, Antonio de la Torre, Nerea Barros

Année: 2015

Pays: Espagne

Genre: Polar

Résumé:

Deux flics que tout oppose, dans l’Espagne post-franquiste des années 1980, sont envoyés dans une petite ville d’Andalousie  pour enquêter sur l’assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales. Au cœur des marécages de cette région encore ancrée dans le passé, parfois jusqu’à l’absurde et où règne la loi du silence,  ils vont devoir surmonter leurs différences pour démasquer le tueur.

Avis:

Alberto Rodriguez est un nom qui n’éveille pas forcément quelque chose comme ça. Réalisateur espagnol, il faut dire que ses films ont peu de fois traversé nos frontières et quand ceux-ci y arrivaient, c’est finalement pour être mal distribués. Personnellement, j’avais déjà vu un film du réalisateur que j’avais beaucoup aimé (« Les 7 vierges« ), mais comme son nom me disait rien, je ne fais le rapprochement que maintenant.

« La Isla Minima » est peut être le premier film du réalisateur espagnol qui jouit d’une distribution correcte dans notre pays, car le film est sorti il y a maintenant trois semaines, est encore visible sur presque cent cinquante écrans cet été, un petit record si on peut dire. Mais pourquoi d’un coup un polar espagnol perdu en Andalousie est-il aussi bien desservi ? Et bien la réponse tient surement à la qualité incroyable du film, mais aussi et peut être à ses dix prix raflés au dernier Goya espagnol, dont les prestigieux : meilleur film, réalisateur, acteur, révélation féminine et scénario. Je pense qu’avec un tel palmarès et une histoire aussi sombre que celle-ci, ça pousse quelque peu à mettre le film d’Alberto Rodriguez en lumière et quand on voit le résultat, on comprend pourquoi. Alors sans y aller par quatre-chemins, je suis ressorti de « La Isla Minima » complètement KO et dépaysé. Sur l’affiche trône fièrement « Meilleur film espagnol de l’année » et je suis forcé de constater que c’est bien ce qu’il est et bien plus encore, puisqu’à mes yeux, je viens de voir le polar de l’été et peut être bien de l’année.

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1980, quelque part en Andalousie, dans l’Espagne d’après Franco, deux flics que tout oppose sont envoyés pour enquêter sur la mystérieuse disparition de deux sœurs, survenue trois jours plus tôt. Très vite, les deux enquêteurs retrouvent le corps des deux jeunes filles sauvagement mutilés. Commence alors une enquête des plus difficiles pour ces deux flics, car là, perdus au cœur des marécages de cette région piégée dans le passé, la loi du silence est la règle d’or et les indices se font très rares. Les gens ne se confient pas et sont enfermés dans leur mutisme. Et pour résoudre cette affaire, qui va se révéler bien plus sombre encore, il va leur falloir redoubler d’efforts pour démasquer l’auteur de ces crimes diaboliques.

Il y a des moments comme ça, au cinéma, où l’on rentre dans une salle en n’ayant pas conscience qu’on va se prendre une très belle claque. Et c’est un peu ce qui s’est produit avec « La Isla Minima » dont j’avais vu la bande-annonce il y a quelques temps. Bande annonce qui m’avait beaucoup intrigué, mais sans pour autant que le film en devienne une priorité.

Il y a des films où dès les premières minutes, on sent qu’on va passer un moment exceptionnel et c’est ce que j’ai ressenti dès le générique de début qui est d’une beauté sidérante. Alberto Rodriguez nous a sorti le grand jeu et son film est donc à la hauteur de ses récompenses.

Faire un bon polar devient difficile. Il faut dire que tant de choses ont été déjà faites, on peut très vite tomber dans le déjà-vu. Alors pour bien réussir son polar, il faut avant tout une histoire, pas forcément révolutionnaire, elle peut être simple, mais très efficace et c’est le cas ici et surtout une ambiance marquante, qui laisse le spectateur dans une sorte de malaise. Quelque chose qui nous tient scotché à notre fauteuil. Quelque chose avec de l’intrigue, de la pression, avec une ambiance sombre, qui sert le film, sans pour autant tomber dans le sensationnel, chose que beaucoup trop de réalisateurs font. Et c’est pile-poil ce que « La Isla Minima » va offrir et le film m’a laissé partagé entre la curiosité et l’angoisse, allant parfois jusqu’à me mettre de sacrés coups de pression.

Le scénario est impeccable et ne laisse rien transparaître durant toute la durée de film. On est reste dans le mystère absolu et le réalisateur distille les indices avec beaucoup de parcimonie. On cherche en même temps que les deux flics, on se fait avoir comme eux, le réalisateur nous met face au même silence. C’est terrible, ça faisait tellement longtemps que je n’avais été autant pris dans un polar comme ça. En plus de ça, il ancre le film dans l’Espagne d’après Franco offrant une tension supplémentaire et surtout un fond. Ça permet aussi de développer un autre suspens dans l’intrigue et donne de la consistance à ses personnages et apporte une fin excellente et bien vue. On ne connaît jamais vraiment les gens, même les « plus proches ».

Alberto Rodriguez a été très inspiré aussi bien dans son histoire que dans sa mise en scène. Il maîtrise son film à tout moment, nous offre l’une des ambiances les plus sombres de l’année, la photographie, le travail fait sur les décors naturels, les images de nuit, la musique de Julio de la Rosa, tout est remarquable, mais il va plus loin en nous offrant des images magnifiques et très intéressantes. Tous les plans survolés sont incroyables et hypnotiques même. J’avais rarement vu des plans pareils et ils apportent beaucoup à l’histoire.

Les acteurs sont impeccables eux-aussi. Le duo formé par Raúl Arévalo et Javier Gutiérrez fonctionne parfaitement. Les deux comédiens sont magnifiques dans leurs rôles et nous font vivre toutes les frustrations des deux enquêteurs face au silence général. Puis les personnages sont très intéressants aussi grâce au fond imposé par le scénario, ce qui les rend aussi ambigus et torturés. On retrouve avec plaisir Antonio de la Torre dans un petit rôle. Sa femme qui est jouée par Nerea Barros est excellente et bouleversante. Elle mérite bien son prix. Jesús Castro est parfait en jeune très énigmatique, limite flippant. Bref, vous l’aurez compris, Alberto Rodriguez s’est offert un casting en or et a très bien su diriger tout ce petit monde pour tirer le meilleur d’eux.

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Je me suis donc pris une belle claque passionnante de bout en bout. L’histoire, son mystère, ses ambiances incroyables, ses plans parfaits, ses acteurs, bref, ça faisait bien longtemps qu’un polar ne m’avait pas autant transporté. Je suis ressorti de la salle scotché, bluffé, impressionné.

Note: 18/20

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Par Cinéted

 

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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