septembre 28, 2020

Machinarium

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Résumé :

Un petit robot expulsé de sa ville doit tout faire pour y revenir afin d’empêcher un attentat.

Avis :

L’industrie vidéoludique n’a plus rien à envier au septième art en termes d’enjeux financiers. D’ailleurs, certaines franchises (Call of duty, GTA…) explosent tous les records et toutes les attentes ; loin devant les blockbusters d’Hollywood. Pourtant, on a tendance à oublier que le jeu vidéo fut le terrain de pionniers qui s’exerçait chez eux ou en groupe restreint pour donner naissance à des mythes incontournables. Il n’est pas question de retomber dans des élans nostalgiques, mais il faut reconnaître que ce souffle d’originalité peine à inspirer les dernières productions des gros éditeurs. Entre les licences phares, les suites et la pandémie des reboots/remakes qui gagne nos consoles et PC, l’innovation cède le pas à la rentabilité et à une prise de risque minimale.

 

Fort heureusement, la scène indépendante propose une vision artistique à contre-courant de la masse concurrentielle. Les idées, inversement proportionnelles aux moyens déployés, ne manquent pas pour offrir aux joueurs de nouvelles expériences. Sept, c’est le nombre de développeurs qui ont donné naissance à Machinarium. Point and click modeste s’il en est, cette production Tchèque ne paie pas de mine aux premiers abords, surtout si l’on se penche sur le pitch de départ. Un robot se doit de retrouver sa fiancée après avoir été démantibulé par trois gardes aussi bêtes que méchants. Absence de dialogues, une narration qui s’effectue à l’aide de petites bulles de pensées façon bande-dessinée, l’aspect minimaliste préfère privilégier une atmosphère peu commune.

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En effet, le titre dispose d’une réelle identité grâce à son visuel et aux émotions qu’il dégage. Certes, on pourrait le rapprocher assez facilement de Wall-e, qui jouait également sur un univers désenchanté où ne subsiste que des êtres mécaniques, mais Machinarium est bien plus qu’une copie sans âme du film de Pixar. L’on retrouve un monde étrange fait de bric et de broc. À aucun moment, on ne parle de cataclysme planétaire, d’une quelconque présence humaine (ou toute autre vie organique, d’ailleurs), encore moins de messages écologiques moralisateurs sur le devenir de la Terre. L’ambiance bon enfant s’amuse constamment de la candeur de ses personnages, en partie grâce à un humour attendrissant, bien que sommaire.

Il y a plus d’âmes et de caractères derrière ces yeux ronds, ces morceaux de tôles maladroitement assemblés, qu’il n’en existe dans la plupart des productions actuelles. Et cela passe par des détails en apparence anodins. La gestuelle des protagonistes, les pensées qui les occupent lorsqu’on se montre trop inactif ou les comportements inhérents à une situation donnée. Pour ne rien gâcher, le level design est à la hauteur de ce potentiel grâce à des traits de crayons inspirés. Chaque environnement est l’occasion de s’émerveiller devant des panoramas déconcertants. À la fois terne et morne face à l’écrasante omniprésence des déchets et des matériaux métalliques, les développeurs sont parvenus à détourner le problème en arrondissant les angles.

De cette imperfection découlent des tableaux fantastiques empreints d’une vie encore tâtonnante, propre à rappeler l’univers de Tim Burton (particulièrement ses films d’animation). Quant au gameplay, les limites du genre sont habilement exploitées pour varier les plaisirs. On regrettera néanmoins l’absence du clic droit pour annuler la sélection d’un élément. Outre la possibilité d’allonger ou de rétrécir son personnage, Machinarium se targue d’un panel d’énigmes pour le moins éclectiques. Entre les casse-têtes façon jeu de Tonkin, les parties d’arcade à la Space Invaders ou, plus communément, l’association d’objets trouvés pour résoudre un problème et progresser, la difficulté monte crescendo.

Pas de game over à l’horizon, mais les capacités intellectuelles et logiques seront sollicitées pour en venir à bout. Cela étant dit, il faut reconnaître que la durée de vie est bien trop courte, et ce, malgré une aide qui permettra de mettre à niveau égal débutants et joueurs confirmés dans le domaine. Comptez moins de cinq heures pour en faire le tour avec une rejouabilité quasi nulle. Pas de contenu additionnel ou un intérêt notable pour retenter l’aventure dans la foulée. Selon les disponibilités de chacun, une à trois sessions suffisent pour le parcourir de but en blanc.

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Au final, Machinarium est une excellente surprise. Un titre que personne n’attend au tournant et qui recèle un plaisir immédiat. Si le jeu ne souffre d’aucun ralentissement et d’une absence de temps de chargement, c’est avant tout sa patte graphique et sa 2D enchanteresse qui scotche les rétines. Nanti d’un univers singulier où les protagonistes sont attachants dès les premiers instants, ce point and click apporte un vent de fraîcheur dans le genre. Malgré quelques lourdeurs de gameplay et d’une durée de vie éphémère, le titre d’Amanita design déborde d’originalité. Il en résulte une expérience riche et personnelle qui se rapproche de la lecture d’un poème. Autrement dit, court, mais d’une rare intensité.

Note : 16/20

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Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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