septembre 28, 2020

Amy

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De : Asif Kapadia

Avec Amy Winehouse, Mark Ronson, Tony Bennett, Peter Doherty

Année: 2015

Pays: Etats-Unis

Genre: Documentaire

Résumé:

Dotée d’un talent unique au sein de sa génération, Amy Winehouse a immédiatement capté l’attention du monde entier. Authentique artiste jazz, elle se servait de ses dons pour l’écriture et l’interprétation afin d’analyser ses propres failles. Cette combinaison de sincérité à l’état brut et de talent ont donné vie à certaines des chansons les plus populaires de notre époque. Mais l’attention permanente des médias et une vie personnelle compliquée associées à un succès planétaire et un mode de vie instable ont fait de la vie d’Amy Winehouse un château de cartes à l’équilibre précaire.Le grand public a célébré son immense succès tout en jugeant à la hâte ses faiblesses. Ce talent si salvateur pour elle a fini par être la cause même de sa chute. Avec les propres mots d’Amy Winehouse et des images inédites, Asif Kapadia nous raconte l’histoire de cette incroyable artiste, récompensée par six Grammy Awards.

Avis:

Asif Kapadia est un réalisateur britannique assez inégal, capable du meilleur comme du plus mauvais. Personnellement, j’essaie encore d’oublier « The Return« , pseudo-thriller horrifique avec Sarah Michelle Gellar. Depuis, le réalisateur a l’air de s’être refait une santé, premièrement avec un petit film, « Far North« , mais c’est surtout dans le documentaire qu’il va se trouver. Après un excellent documentaire sur Ayrton Senna, appelé simplement Senna, le voici quatre années plus tard avec un nouveau docu sur la regrettée Amy Winehouse.

Il fallait un beau documentaire pour une aussi belle voix et c’est ce qu’Asif Kapadia a réalisé avec un film simple, juste et pris sur le vif. S’il y a bien une chanteuse qui a marqué les années 2000, c’est surement la britannique Amy Winehouse. Une voix suave, un look qui sort de l’ordinaire, des rythmes Jazz, soul, blues, pop, rock, de vrais instruments, alors que les charts vibrent bien plus aux sons de la musique électronique, Amy Winehouse a été l’ovni qui a débarqué sans crier gare, et en seulement deux albums, elle a su s’imposer sur la scène musicale planétaire. Mais derrière la chanteuse à succès, il y avait la femme et ses démons et ce documentaire va nous faire plonger de manière radicale dans le monde d’Amy Winehouse.

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« Amy » retrace en très grande partie la vie d’Amy Winehouse et commence en 2001, quand la jeune Amy, alors âgée de seize ans, se voit proposée par un ami « découvreur de talents » un entretien pour chanter. Dotée d’une voix et d’une maturité phénoménale, la jeune fille séduit et très vite, arrive à faire son premier album, « Frank« , sorti en 2003. Des petits pubs privés aux immenses salles après la sortie de « Back To Black« , des espoirs aux problèmes de plus en plus imposants dans sa vie privée, des débuts prometteurs à sa fin tragique, triste, qui laissa le monde chamboulé, « Amy » c’est dix ans dans la vie d’une des chanteuses les plus emblématiques de sa génération.

Comment faire un biopic sans en faire un ? La réponse, c’est sans conteste « Amy« , qui est un excellent documentaire où l’actrice principale de sa propre vie est la chanteuse Amy Winehouse.

Chaque année sort dans nos salles pas mal de documentaires, les réalisateurs du monde entier s’intéressant à tout un tas de sujets. Mais réinventer le documentaire et offrir quelque chose de neuf n’est pas si facile que ça, surtout quand le réalisateur en question a décidé de se plonger dans l’intimité d’une star planétaire comme Amy Winehouse, dont les médias ont tant relayé les déboires qu’on a l’impression de connaitre presque tout d’elle avant même d’avoir l’idée d’en faire un documentaire. La montée et la chute de l’artiste ont été si rapides qu’on peut se demander la nécessité d’un tel film, car ses frasques sont encore présentes dans les esprits.

Personnellement, j’ai toujours aimé la musique d’Amy Winehouse. Dès son premier album, ses chansons m’avaient envahi, et même si la chanteuse est décédée il y a peu (ça ne fait que quatre ans), j’avais envie de la voir et surtout de l’entendre dans des conditions différentes. Le son du ciné est quand même bien mieux que mon petit home cinéma. Bref, je suis donc entré en salle avec cette simple envie. Pour le reste, je pensais trouver un documentaire qui ressemble à plein d’autres et je me trompais fortement. Avec « Amy« , Asif Kapadia m’a offert un documentaire bien plus intelligent que je ne l’attendais. Bien plus construit, le travail qu’a effectué le réalisateur pour ce film est tout simplement hallucinant.

« Amy » est un documentaire que j’appellerais sur le vif. À l’heure où tout le monde a une caméra dans sa poche, là où l’on n’a jamais eu les informations aussi vite, le réalisateur a choisi de faire son documentaire uniquement de tranches de vie, de moments volés. Ici, rien n’est truqué et chaque image qui nous est proposée est une image tirée de vidéos personnelles de la chanteuse, de vidéos promotionnelles, de répétitions, de making-off et bien sûr de vidéos de presse à scandales et de photos mises bout à bout, et le tout donne un patchwork du boxon qu’était la vie d’Amy. Le fait qu’il n’y ait pas vraiment de cadre, pas vraiment de belles photographies, parfois même la qualité des images laisse à désirer, donne l’impression de suivre la chanteuse au plus près. J’ai adoré le ton du film, le fait que tout soit vrai, c’est très direct, sans langue de bois. Le film démontre, accuse la presse et l’hypocrisie du monde du showbiz. Il fait réfléchir aussi. Il nous montre Amy dans le meilleur comme dans les pires moments. Et ce procédé, libre et juste, nous immerge totalement dans le film en plus de l’émotion de ce parcours prometteur et finalement destructeur. Le réalisateur a fait aussi le bon choix de faire intervenir des personnages de l’entourage de la chanteuse, mais il ne « les filme » jamais vraiment et ce sera des voix off qui accompagnent, des moments ou des impressions de la vie d’Amy.

Au fur et à mesure que la vie de la star défile sous nos yeux, on sent vraiment une tension monter et alors même que l’on en connaît la fin, on reste là, captif et impuissant face à la machine qui se met en place. Asif Kapadia n’a pas besoin d’appui, les images parlent d’elles-mêmes, ainsi je me suis surpris tour à tour être plein de joie dans les premiers instants, dans les premiers concerts, puis ressentir de la colère, de l’incompréhension face à l’évidence de la détresse de la chanteuse. Je me suis même senti mal à l’aise et finalement « Amy » m’a touché et ému et j’en suis ressorti bouleversé par une histoire que je pensais sans surprise, car je la connaissais déjà.

Le film rend de manière très subtile justice à la chanteuse, qui a beaucoup alimenté les choux gras sur la fin de son parcours. Là, on la redécouvre chanteuse, on redécouvre sa voix, son groove, ses textes (que le réalisateur nous traduit). On redécouvre ses performances, ses envies, son naturel, bref, Amy comme elle aurait dû être si la machine infernale ne l’avait pas fauchée, pour la faire tristement entrer dans le désormais trop célèbre club des 27.

En fait, la seule petite déception que j’ai par rapport à ce film, c’est qu’il ne s’attarde pas assez sur le processus créatif de la chanteuse. Si on aborde bien ses textes, très inspirés, qui parlaient toujours de sa vie, un peu comme une thérapie, je trouve que le film aborde bien plus son rapport à l’amour, à la drogue et à l’alcool et oublie les moments où elle est en studio, ces moments où elle vit sa musique, elle crée, elle travaille, essaie, se plante ou non. Avec autant d’images que le réalisateur a pu collecter, je trouve étonnant qu’il n’y ait que trois fois rien sur ces moments essentiels dans sa vie. Parce que hormis ça, le film n’oublie rien d’autre et aborde tous ces sujets de manière intelligente et juste.

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Et hormis ce petit détail, je peux dire que j’ai passé un très bon moment au cinéma devant ce film. « Amy » est un petit bijou qu’il faut voir. Et ceux, comme moi, qui aimaient la chanteuse, pour l’entendre et la voir une dernière fois sur grand écran, ils découvriront une voix magique et un son que personnellement, je trouve indémodable. Et ils pourront aussi en apprendre sur elle et son parcours.

Avec son ton pris sur le vif, cette narration déconstruite et en même temps parfaitement planifié, avec ces images parfois intimes et personnelles et d’autres fois plus que connues, presque cultes, « Amy » vise juste et dévoile le parcours tristement exceptionnel d’une grande artiste. C’est surement l’un des meilleurs documentaires que j’ai pu voir, et ce serait dommage de passer à côté.

Note : 18/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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Une réflexion sur « Amy »

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