décembre 2, 2020

Love – L’Art Bande-Mou

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De : Gaspard Noé

Avec Karl Glusman, Aomi Muyock, Klara Kristin, Juan Saavedra

Année : 2015

Pays : France

Genre : Erotique

Résumé :

Un 1er janvier au matin, le téléphone sonne. Murphy, 25 ans, se réveille entouré de sa jeune femme et de son enfant de deux ans. Il écoute son répondeur. Sur le message, la mère d’Electra lui demande, très inquiète, s’il n’a pas eu de nouvelle de sa fille disparue depuis longtemps. Elle craint qu’il lui soit arrivé un accident grave.
Au cours d’une longue journée pluvieuse, Murphy va se retrouver seul dans son appartement à se remémorer sa plus grande histoire d’amour, deux ans avec Electra. Une passion contenant toutes sortes de promesses, de jeux, d’excès et d’erreurs…

Avis :

Love is in the air, dans les salles et dans ton c…

Le nouveau film tant attendu du controversé Gaspard Noé, avec ses promesses de sexe sans tabou et d’amour pornographique, pointe le bout de son vié sur les écrans français.

On l’avait vu à Cannes, et même avec le recul, c’est malheureusement nul.

Pas nul « tout à jeter, brûlez Noé », pas nul comme du gonzo zoophile allemand, non. Il y a une poignée de vrais belles scènes, et le film reste esthétiquement régulièrement magnifique (merci Benoit Debbie), même si l’esthétisme finit par tourner un peu à vide à force de systématisme pas très subtil (rouge quand c’est passionné, blanc quand c’est doux, vert quand c’est un peu glauque). Non le véritable problème reste que le film de Noé est inintéressant, et proprement barbant.

Au final, on se retrouve devant Love comme devant un porno basique, on s’ennuie tellement qu’on attend désespérément la prochaine scène de sexe.

Pour parler correctement du film, je vous propose une critique structurée en chapitres.

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1° Scénario et structure de l’histoire

Love oscille dans son scénario entre présent et passé, entre la vie familiale actuelle du héros, et son aventure sulfureuse avec son ex-petite amie. Enfin, sensément sulfureuse et passionnée.

Mais en l’état, le traitement de l’histoire d’amour passée est complètement raté. Cela n’a rien d’exceptionnel, et ne donne pas envie de s’intéresser au personnage, là où l’on devrait s’identifier et être passionné par leur amour. Sans vouloir faire de l’esprit, Love finit par donner l’impression, niveau scénario, d’un porno soft croisé avec du Christophe Honoré feignant ou du mauvais Rohmer. Dialogues artificiellement profonds avec phrases « poétiques » et regards sur la ligne bleue des Vosges inclus.

Petit florilège :

« Au moins, si tu meurs, il me restera ces photos.

– Mais je ne veux pas mourir »

 

 » Ta queue de cheval me manque

– Rire me manque »

 

« Quel est le sens de la vie ?

– L’amour ! »

 

« La vie, c’est très compliqué. Un jour tu comprendras »

 

À ce jeu là, les 20 dernières minutes sont très douloureuses, et on a hâte que ça s’arrête.

Globalement donc, le film est insupportablement ennuyeux.

L’histoire d’amour, qui aurait du être le cœur du propos, s’avère rébarbative. Toute la partie la plus intéressante, le plan à trois et l’hésitation sexuelle et sentimentale entre la brune et la blonde ne doit prendre qu’un quart d’heure du film (qui dure 2h10 quand même il faut le savoir), alors qu’il y avait matière à vraiment creuser quelque chose d’original, un déchirement constant, peut-être une plongée dans un univers toujours plus osé, toujours plus intense.

Au final, même si le film est plus ou moins structuré en flash-back (encore que, plus le film avance, plus on oublie cette structure), c’est surtout l’histoire à peu près houleuse d’un garçon et d’une fille, comme il y en a des tas, avec beaucoup d’engueulades, de crises de nerfs hystériques et de réconciliation sur l’oreiller, rien de plus, et sans le supplément d’âme qui nous aurait fait vibrer. Le seul moment où le scénario essaie d’aller plus loin dans l’exploration de la sexualité et de la vie de couple ne dure que 5 minutes et se retrouve tué dans l’œuf pour vite revenir à la normal, rappelant un peu la frustration des fins de saison de séries qui annoncent un gros changement avant de se débrouiller pour revenir dans ses marques en début de saison suivante.

Dernier énorme ratage à ce niveau, la première rencontre/première nuit, est complètement sabordée.

Une première fois, et j’imagine que beaucoup seront d’accord avec moi, est un jalon énorme dans une relation de couple, et de ce fait un passage extrêmement important dans un film qui raconte une vie amoureuse du début à la fin. Cela devrait être intense, magnifié ! Las… Cela passe complètement inaperçu pour la première nuit, et c’est insupportablement plat pour leur rencontre. Le concept du plan-séquence, réutilisé de nombreuses fois, est toujours intéressant, mais s’il est juste utilisé pour faire des plans qui n’en finissent plus avec deux personnages ternes et des dialogues qui tentent de singer la nouvelle Vague, avouez que l’érection a peu de chance de venir.

Un rythme neurasthénique donc, qui n’est pas aidé par le jeu des acteurs.

 

2° Acteurs

Plutôt charismatiques en apparence (en tout cas avec chacun une silhouette qui donne un contraste et un tout intéressant), les protagonistes peinent pourtant à élever le film. Sorti du personnage principal pas mauvais qui dégage quand même quelque chose, les deux filles sont dramatiquement ternes. Klara Kristine, la blondinette, ne fait que passer, et elle a beau être mignonne, elle n’a aucune intensité, aucune force dans le jeu. L’autre, Aomi Muyok, confond globalement intensité et hystérie.

Ce n’est pas forcément qu’ils jouent mal, on ne se prend pas la tête dans les mains, mais pour un film qui parle d’intensité amoureuse et sexuelle, cela manque énormément de passion et de conviction.

Le plus drôle là-dedans (en mode rire jaune), c’est le personnage de l’ex de l’héroïne, qui joue comme une patate, et qui est un sosie de Noé avec des cheveux. Ce qui amène à conclure que Gaspard Noé avec des cheveux ressemble à un acteur porno. Et ce qui amène aussi à penser que Gaspard nous prend un peu pour des gogols, vu que le personnage s’appelle lui même Noé. Et vous savez le fin du fin ? Une chose qu’on ne savait pas à l’époque de la projection du film à Cannes ? C’est bien Gaspard qui joue ce rôle, crédité au générique sous un autre nom…

 

3° Gaspard et son ego

Dans un film léger et plutôt second degré, cette touche serait merveilleusement bien passée. Le problème c’est que Love essaie d’être sérieux et profond, voire parfois déprimant (ce qui n’est déjà pas pratique pour s’attacher à une histoire d’amour). Du coup les références du réalisateur à lui même ressemblent plus à des touches d’égocentrisme qu’à des clins d’œil rigolos. Le fils du héros s’appelle Gaspar, l’ex de l’héroïne s’appelle Noé, et le héros cache sa drogue dans la jaquette VHS de Seul contre tous. Bravo.

Un peu plus grave, il tombe dans ce que l’on appellera, à défaut d’un terme plus précis, le syndrome Nolan, à expliquer directement le concept de son film, dans le film, par le héros, dans une sorte de mise en abîme extrêmement lourdingue. Au cas où les deux du fond n’auraient pas compris que faire un film qui parle d’amour et de cul avec du vrai sexe, c’est quand même exceptionnel…

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4° La réalisation

Je disais plus haut que le scénario était globalement ennuyeux, mais il n’est pas le seul.

Même les scènes de sexe finissent par tourner en rond. Si on peut accorder le mérite à Noé d’avoir été plutôt simple et posé, loin d’une réalisation porno à base de gros plans, elles sont, à une séquence ou deux près, toujours filmées de la même façon, sans réelle volonté de réalisation, ou même de passion de cinéaste. Comme si le cul était un passage obligé de son film, un concept imposé qu’il était obligé de suivre. C’est quand même un comble que le cœur de son projet donne l’impression qu’il se force, et filme quelque chose d’aussi froid avec des plans larges, cliniques, sans sensualité, et sans vraiment de transitions.

Enfin si, une transition il y en a une.

Tout le temps, entre les scènes, et même entre les plans, qui devient rapidement un gimmick insupportable : l’encart noir en flash.

Il crée ainsi une sorte de vignettage constant, non seulement des séquences mais de la plupart des plans, complètement artificiel, qui ne sert à rien sinon à donner mal au crâne. Le concept est respectable, mais lorsque c’est continuel et qu’on ne comprend pas le propos, c’est vite crispant.

Il n’y a qu’une séquence pendant laquelle ce procédé se révèle vertigineusement efficace, et c’est comme par hasard un pivot central et une des seules réussites du film.

 

5° Les bons points

Deux séquences pour moi fonctionnent complètement dans le film. La première, c’est celle qui utilise les encarts noirs en flash, et qui a fait le plus parler d’elle sur la toile : la partie à trois. Là, tout à coup, alors que la scène n’est constituée que de 3 plans (le troisième étant découpé grâce aux encarts pour créer des ellipses temporelles), la magie opère, c’est incroyablement doux et sensuel, on y croit, on est avec eux, et il y a un souffle sexuel et émotionnel qui transparait de l’écran (certes, le solo de guitare électrique tout droit sorti d’un Hollywood Night des années 80 n’était pas forcément indispensable, mais ça fonctionne quand même). Une simple plongée totale au dessus du lit rouge, une lumière blanche douce, et des corps qui s’aiment, qui s’entremêlent, qui se découvrent, la scène est très réussi, et à ce moment on a l’espoir que le film redémarre dans une direction intéressante.

Las, pendant 1h ensuite, c’est la routine à base de prise de tête, de dialogues abscons et de scènes de sexe rapides en plans larges. Il faut attendre une grosse engueulade et une réconciliation divisée en plusieurs scènes qui se suivent de manière fluide pour qu’apparaisse un tardif regain d’intérêt. À ce moment là, mais il y a quelque chose dans le montage, les ellipses, les ruptures de rythme, et la voie que prend le film tout à coup, qui fonctionne du tonnerre et nous emmène vraiment quelque part. Dommage que le tout retombe rapidement comme un soufflé et n’aille pas au bout du concept, préférant retomber dans la routine.

 

6° La 3D

Comme d’habitude, elle ne sert strictement à rien. Personnellement, je ne vois jamais l’intérêt de la 3D, hors interaction directe avec le public comme dans les parcs d’attraction. Ici, je vois où il veut en venir, en elle même la 3D marche, visuellement l’effet fonctionne, mais je ne comprends pas ce qu’elle peut raconter de plus. Quel est l’intérêt ? Dans les plans vus pendant la promo du film, avec la fenêtre qui donne sur la fenêtre du mur voisin par exemple, la profondeur est déjà donnée par le cadrage, et la 3D n’apporte rien de plus.

Il y a bien quelques plans où d’un simple point de vue visuel, d’un côté purement esthétique, l’effet fonctionne (encore que trop souvent il ne laisse le plan que quelques secondes alors qu’il y avait vraiment matière à le laisser prendre de l’ampleur), quelques autres plans où c’est tout simplement insupportable (notamment dès qu’il y a des flashs de lumière, tous les plans en boite de nuit), et le reste du temps c’est insignifiant.

Les scènes de sexe n’utilisant pas la profondeur (les corps sont toujours exposés de droite à gauche, de haut en bas, au maximum de trois-quarts mais en plan large, bref il n’y a jamais d’effet d’avant plan et d’arrière plan), la 3D semble totalement anecdotique. Et pourtant, ne serait-ce qu’avec le corps féminin, il y avait matière pour des plans ultra sensuels, un effet de profondeur entre visage, seins, sexe, ou sur les jambes et les fesses, bref le champ des possibles était infini.

On attendait de voir ce que Noé allait faire de la 3D sur un sujet pareil, il s’avère que le ratio douleur due aux lunettes/intérêt et pertinence de la 3D n’était clairement pas satisfaisant.

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Au final, ce qui impressionne le plus avec Love, c’est la réaction des grandes instances, entre hypocrisie et démagogie, qui interdisent le film aux mineurs (mais pour des raisons purement politiques), avant de lui coller une simple interdiction aux moins de 16 ans sous le sacro-saint prétexte de l’art.

Un jour il faudra se décider messieurs, soit les scènes non simulées peuvent être vues par des mineurs, et accéder aux salles de cinéma, soit le sexe dans sa forme la plus brute est définitivement banni du circuit traditionnel. On ne pourra pas continuer indéfiniment à baser notre avis sur la notoriété et le cursus des créateurs d’un film pour lui ouvrir la voie du grand public, tout en fustigeant le cinéma pornographique et le remisant dans les limbes d’une contre-culture qu’on ne veut voir qu’avec des œillères.

Si Love, avec ses éjaculations en 3D à la tête du spectateur, sa scène de triolisme torride, ses multiples fellations et masturbations, peut se frayer un passage jusqu’aux spectateurs lambda et être visible aux plus de 16 ans, tous les films pornographiques devraient l’être.

Note : 05/20

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Par Corvis

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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