septembre 24, 2020

Victoria

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De : Sebastien Schipper

Avec Laia Costa, Frederick Lau, Franz Rogowski, Burak Yigit

Année : 2015

Pays : Allemagne

Genre : Thriller

Résumé :

5h42. Berlin. Sortie de boîte de nuit, Victoria, espagnole fraîchement débarquée, rencontre Sonne et son groupe de potes. Emportée par la fête et l’alcool, elle décide de les suivre dans leur virée nocturne. Elle réalise soudain que la soirée est en train de sérieusement déraper…

Avis :

Sebastian Schipper est un réalisateur allemand qui m’a déjà comblé avec un petit film très sympa, « Un Ami à moi« , qui mettait en vedette l’excellent Daniel Brühl. Mais depuis 2006, on n’avait plus vraiment de nouvelles de lui. Il a bien réalisé un film entre-temps qui s’appelle « Vers la fin de l’été« , mais il n’est pas arrivé jusqu’à nos salles. Il aura donc fallu attendre 2015 et le festival de Berlin pour avoir de nouvelles retombées de l’allemand, avec « Victoria« , le film qui a fait sensation à la dernière Berlinade.

2015 serait-elle l’année des plans-séquences ? On dirait bien que oui, car après « Birdman » film en trois plans-séquences et surtout le plan séquence de folie de Matthew Vaughn pour le très fun et vraiment réussi « Kingsman« , voici que débarque sur nos écrans « Victoria« , qui réussit le défi incroyable d’être filmé en une seule et unique fois. Un plan-séquence majestueux de deux heures vingt, qui m’a fait passer par tout un tas d’émotions. C’est entre le charme de la belle Laia Costa et le stress des événements oppressants que « Victoria » m’a transporté, comme le témoin indiscret d’une fin de soirée qui s’annonçait pourtant tellement bien.

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Berlin, il est 5h42 du matin, Victoria sort de boite de nuit et s’apprête à rentrer chez elle. Elle rencontre sur « le parking », Sonne et ses potes qui sont venus fêter l’anniversaire de l’un d’entre eux. Victoria est espagnole, vient d’arriver à Berlin, et elle pense faire de bonnes rencontres, surtout que le courant passe plutôt bien avec cette bande. Mais alors que la fin de soirée se passe pour le mieux, des événements vont se mettre en marche et plus le jour commence à se lever et plus cette fin de soirée, au départ idyllique, va complètement déraper et tourner à la catastrophe.

Le défi était difficile, pour ne pas dire presque impossible, au vu de tous les rebondissements de son intrigue et des contraintes qu’on imagine facilement affolantes, presque désespérantes pour que « Victoria » puisse réussir à aboutir. Oui, il a surement fallu bloquer une belle partie de Berlin pour que cette soirée puisse être filmée et répéter le film bien en amont pour que tout puisse fonctionner et Sebastian Schipper s’en tire non seulement avec les honneurs, nous offrant un film techniquement incroyable, malgré quelques petits ratés (dans les jeux des comédiens, ou encore une lumière parfois un peu trop sombre et des plans qui tremblent un peu trop), mais en plus de ça, il pousse l’expérience plus loin, allant d’une fin de soirée normale, ordinaire, et sans réelle surprise à un thriller haletant, épuisant (aussi bien pour nous que pour les comédiens), très stressant et finalement bouleversant. « Victoria » va plus loin que son plan-séquence qu’on finit par oublier pour simplement être transporté au plus près de ses personnages. L’expérience est unique à ce jour.

Le film de Sebastian Schipper se divise en deux parties, avant et après « le café ». La première partie est une belle envolée. Des gens qui se rencontrent et décident de passer un bout de temps ensemble. L’ambiance est festive, rires, blagues et complicités sont au rendez-vous. Puis, il y a cette rencontre aussi entre deux des personnages qui se trouvent des affinités, qui se charment et on espère un peu plus pour la suite, tant la rencontre est jolie. Tout est naturel, l’idée de nous montrer cette rencontre en plan-séquence est géniale, car on voit la relation se construire avec des petits riens. On voit ces deux personnages se séduire, et succomber, et le jeu des comédiens est extraordinaire, car il authentique et non « monté » et appuyé par le jeu du montage. Ici, tout se fait naturellement, et j’ai été séduit par cette rencontre, que chacun d’entre nous pourrait faire. Si bien qu’à la rigueur, le film aurait pu se baser que sur cette rencontre que je l’aurais suivi n’importe où.

Mais voilà arrive la deuxième partie et ce service, qui va faire basculer la soirée et la vie de notre héroïne dans l’horreur. Si jusqu’ici « Victoria » était beau et empreint d’une certaine poésie amoureuse, celle-ci quitte définitivement l’écran pour laisser place au stress, à la noirceur et à une tension qui va monter crescendo et nous emporter avec perte et fracas vers un final étouffant et surtout bouleversant. La narration et le rythme qu’installe Sebastien Schipper sont puissants et une fois partie dans son côté « noir », le film ne lâche plus rien et c’est impuissant qu’on se pose en observateur du drame qui va forcément se dérouler. J’avoue être sorti de la salle retourné, abasourdi et je repense depuis à ce film, à ses bons moments comme à ses plans durs.

« Victoria« , c’est aussi une expérience incroyable de par ses acteurs. Les personnages sont attachants, ils sont tour à tour drôles ou flippants. Porté en très grande partie par Laia Costa, « Victoria » en est d’autant plus beau que l’actrice est incroyable. Insouciante, bourrée de charme, belle, elle nous séduit dès les premières scènes et c’est la peur au ventre et le stress à son maximum qu’on la suit dans les rues de la capitale. L’actrice est une très belle révélation et c’est un nom à suivre. Frederick Lau (« La vague« ), est tout aussi naturel qu’elle. L’acteur est plaisant et son personnage pousse à la sympathie. Comme pour « Victoria« , malgré ce côté un peu « bad boy », on a envie qu’il s’en sorte et idem, c’est avec stress qu’on va suivre sa fuite. Le reste du casting assure très bien que ce soit les potes de soirées, (Franz Rogowski, Burak Yiğit, Max Mauff (qu’on peut voir aussi en ce moment dans la série « Sense8« )) ou d’autres intervenants, comme André Hennicke qui campe une belle pourriture. Après, comme je le disais, il y a parfois des petits ratés, des moments où on sent que les acteurs jouent, ou que les scènes ne se passent pas comme prévu, mais à aucun moment, les acteurs sortent de leurs personnages et c’est assez incroyable de les suivre comme ça à travers Berlin.

Sebastien Schipper m’a donc transporté dans un film hors norme. « Victoria » est intense, majestueux, terriblement stressant. Il a bien ses petits défauts bien sûr, mais franchement au vu du spectacle, c’est bien peu et très vite pardonnable.

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À l’heure où le cinéma se ressemble un peu, à l’heure où les effets spéciaux prennent le pas sur l’écriture et les scénarios, « Victoria » démontre de manière prodigieuse et originale qu’on peut encore faire des films sans ces artifices et il se révèle bien plus fort que bon nombre d’autres films. Enfin, il démontre aussi que le cinéma européen est bien plus culotté que le cinéma d’Hollywood. Il ose, essaie, réussit. Mettez un temps de côté « Terminator« , « Jurassic World« , « Les minions« , ou ceux qui ont envie de se faire du mal avec « Les profs 2« , car on le sait, ces films vont rester longtemps au cinéma, alors que « Victoria » devrait assez vite disparaître et ce serait dommage de le louper.

Note : 17/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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