Mustang

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De : Deniz Gamze Ergüven

Avec Günes Nezihe Sensoy, Doga Zeynep Doguslu, Elit Iscan, Tugba Sunguroglu

Année : 2015

Pays : Turquie, France, Allemagne

Genre : Drame

Résumé :

C’est le début de l’été.
Dans un village reculé de Turquie, Lale et ses quatre sœurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et déclenchent un scandale aux conséquences inattendues.
La maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger.
Les cinq sœurs, animées par un même désir de liberté, détournent les limites qui leur sont imposées.

Avis :

Deniz Gamze Ergüven est une réalisatrice turque formée à la Fémis et qui après avoir réalisée deux courts-métrages et abandonnée son premier projet, faute de financement, elle se lance enfin dans l’aventure du premier long, tourné dans son pays d’origine, la Turquie.

Tourné sur les bords de la mer noire, « Mustang« , le premier film de la réalisatrice franco-turc Deniz Gamze Ergüven, est la petite bombe d’émotion qu’on n’attendait absolument pas. Présenté et encensé au dernier festival de Cannes à la quinzaine des réalisateurs, « Mustang » est sorti discrètement dans nos salles le 17 Juin dernier et s’il y a bien un film à ne pas rater sur les écrans, c’est bien celui-là. Grand moment d’émotion et criant de vérité, son film m’a littéralement coupé les jambes, et je suis ressorti de ma séance bouleversé.

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Dans un petit village reculé de la Turquie, c’est le début de l’été et des grandes vacances. Lale et ses sœurs viennent de finir les écoles et en profitent pour s’amuser avec les garçons de leur école. Un jeu d’eau, sans arrière-pensées va alors très vite devenir un affront pour certains habitants du village et l’honneur de la famille est alors entaché. L’oncle des jeunes filles va alors les enfermer dans leur maison, interdisant ce qui pourrait pervertir leur vertu. Privées de sortie et de contact avec le monde extérieur, les cinq sœurs vont alors apprendre à devenir de parfaites épouses. Mais malgré leur sort, elles vont tout faire pour garder le sourire et continuer à rêver à la liberté et ainsi s’évader quelque peu de cette maison familiale qui progressivement devient une prison, alors qu’autrefois c’était un lieu de plaisir de vivre et de rire.

À la découverte de l’intrigue de « Mustang« , on pourrait être en droit de s’attendre à un film d’une noirceur absolue qui pourrait mettre très mal à l’aise racontant l’enfer de cinq jeunes filles qui devront se soumettre à la volonté injuste d’un oncle qui refuse toute corruption pour garder bonne réputation. On pourrait très facilement croire que le film va dénoncer et montrer du doigt en appuyant avec un discours on ne peut plus moralisateur. Eh bien « Mustang« , c’est tout sauf ce que je viens d’énoncer. C’est avec énormément d’humour, de bonne humeur, de résistance et d’ironie que la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven va aborder des sujets ô combien difficiles et tendus. L’ordre et la morale, la place de la femme dans un pays comme la Turquie, les traditions, le regard des autres, la provocation occidentale, l’enfance et le passage à l’âge adulte, l’envie d’autre chose, le refus d’accepter cette vie et tant d’autres sujets.

Le film de Deniz Gamze Ergüven est d’une richesse et d’une justesse infinie qui prend à la gorge par son ton très libre et presque enjoué qui affronte son injustice. C’est un ton qui est aussi bien vu qu’il est surprenant. On ne s’y attend pas, on s’amuse, alors même que la situation est des plus dramatiques et tristes pour ces cinq jeunes filles. Il y a même plusieurs scènes qui sont assez difficiles moralement. La réalisatrice, qui confesse que « Mustang » est un film très personnel, puisqu’il s’inspire quelque peu, pour certaines choses, de son vécu, ne veut pas juger cette façon de faire. Elle veut simplement l’aborder, en parler. Et elle en parle avec plusieurs points de vue à travers les personnages des cinq sœurs, mais aussi ceux des femmes et des hommes qui vont croiser la destinée des filles, allant dans leur sens ou non. Les aidant ou bien les dénonçant. Le tout donne un portrait réaliste et bourré d’énergie, c’est intime, triste, dur, poignant et toujours très respectueux sans être diabolisé. Je n’avais pas vu un film qui parle aussi bien de sujets aussi graves, depuis l’excellent et plus que recommandable « Et maintenant, on va où ? » de Nadine Labaki. Le film de Deniz Gamze Ergüven m’a emporté au plus près de ces cinq héroïnes ordinaires et m’a tour à tour révolté, fait rire, serré le cœur et humidifié les joues.

De plus, « Mustang » est un film très lumineux, bercé dans une lumière très chaude, même dans les scènes les plus tristes. La mise en scène choisie par la réalisatrice est touchée par sa légèreté et son énergie presque positive, qui s’oppose à cette prison et cette condition terrible. Le film est toujours intéressant et l’histoire tient captivé jusqu’au bout. On ne s’ennuie à aucun moment, on regretterait presque que le film avance aussi vite.

Surtout qu’il est emporté par cinq petites actrices extraordinaires de bonne humeur, d’envie de vivre, qui recherchent le bonheur en toute chose. Aucune ne va sans le groupe, qui même s’il finit par être brisé au fur et à mesure du film, reste comme un seul tout le temps. Elles sont belles, talentueuses, naturelles, bourrées de charme, on ne peut que les aimer, et la caméra de Deniz Gamze Ergüven nous les dévoile magnifiquement. Même s’ils agacent à plusieurs moments, Nihal Koldaş et Ayberk Pekcan, qui incarnent respectivement la grand-mère et l’oncle des filles, sont aussi parfaits et parfois drôles.

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« Mustang« , derrière son sujet dur et engagé, est une boule de liberté, d’énergie, de bonne humeur. On passe du rire aux larmes, on se laisse porter par les bêtises et mais aussi le drame de ces cinq petites merveilles qui méritent amplement un franc succès. Deniz Gamze Ergüven, pour son premier film, a choisi de parler du poids des traditions, de la condition des femmes dans ce pays où la virginité des jeunes filles garantit l’honneur d’une famille et c’est avec la subtilité de l’absence d’un jugement qu’elle en parle avec le plus de conviction. Bref, « Mustang » est un film magnifique, l’un des meilleurs que j’ai vu en salle cette année. C’est un film qu’il ne faudrait surtout pas louper, ce serait bien dommage, surtout que pour une fois, on notera que le film est assez bien distribué, puisqu’il se paye le luxe d’avoir encore deux cent salles à travers le pays.

Note : 18/20

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Par Cinéted

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