Suspiria

suspiria

De : Dario Argento

Avec Jessica Harper, Joan Bennett, Stefania Casini, Udo Kier

Année : 1976

Pays : Italie

Genre : Horreur

Résumé :

Suzy, une jeune Américaine, débarque à Fribourg pour suivre des cours dans une académie de danse prestigieuse. A peine arrivée, l’atmosphère du lieu, étrange et inquiétante, surprend la jeune fille. Et c’est là qu’une jeune élève est spectaculairement assassinée. Sous le choc, Suzy est bientôt prise de malaises. Et le cauchemar ne fait qu’empirer : le pianiste aveugle de l’école meurt à son tour, égorgé par son propre chien….
Suzy apprend alors que l’académie était autrefois la demeure d’une terrible sorcière surnommée la Mère des Soupirs. Et si l’école était encore sous son emprise ?

Avis :

Il est toujours intéressant de voir comment la ligne entre thriller et film d’horreur est assez mince. D’autant plus quand il s’agit d’élément fantastique. Mais avec Dario Argento, la rupture devient plus nette, et amorce un changement radical de cap avec Suspiria. Alors que le maître du giallo vient de finir quatre films très intéressants et avec une mise en scène très particulière et efficace, le voilà de retour avec cette fois un film d’épouvante pur qui va montrer une fracture dans le cinéma du maestro. Délaissant les thrillers avec des personnages sympathiques, il va aller vers la noirceur de l’être humain et explorer les méandres de la sorcellerie et de l’épouvante. Si Les Frissons de l’Angoisse montrait déjà une avancé vers l’horreur et la violence, Suspiria va vraiment vers l’horreur pure, insidieuse et intrigante. Mais le film a-t-il la même force aujourd’hui ? Le thème des sorcières n’est-il pas un peu désuet ? Allons faire un tour à Fribourg, dans cette école de danse au style rococo et vintage !

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Hommage au premier film de Argento, L’Oiseau au Plumage de Cristal et déco franchement à revoir ! Damidot est passée par là !

Le scénario de Suspiria demeure à la fois complexe et relativement simple. En effet, Argento aime à perdre son spectateur et dans ce film, il va s’en donner à cœur joie. Le film débute sur une jeune fille, Suzy, qui arrive à Fribourg pour intégrer une école de danse prestigieuse. Seul problème, quand elle arrive sur place, il pleut à verse et son taxi n’est pas des plus aimables. Argento pose en cinq minutes une ambiance pesante et un sentiment de malaise. Par la suite, elle n’arrive pas à entrer dans l’école et doit repartir vers un hôtel. Par la suite, on va voir une jeune élève qui fuit l’école et qui se fait massacrer par quelque chose de profondément mauvais et surnaturel. Une fois dans l’école, Suzy se rend compte que des choses étranges se passent à l’intérieur et quand elle va apprendre qu’une ancienne sorcière gérait cet établissement, elle va mener une enquête pour savoir si la sorcellerie est toujours présente. En quelques minutes, Argento réussit à interpeller le spectateur avec une histoire habile dans un milieu sensible. En effet, reposant son scénario sur une école au design très particulier, il va alterner les phases d’horreur frontale avec des phases psychologiques et hallucinés. Mais malgré un déroulement assez classique, il est difficile de voir où le film veut aller. Le dénouement nous expliquera quelques petites choses par la suite et c’est alors que l’on aura les réponses à nos questions, et en ce sens, il va dans le même style que ces précédents giallos.

Mais la plus grande force de Suspiria réside résolument vers son ambiance et son univers. Dès le début du film, un sentiment de malaise nous oppresse et on se sent vulnérable comme la jeune fille. La pluie, l’inhospitalité des habitants, l’orage et surtout, cette jeune fille qui court sous la pluie, fuyant un monstre invisible, Argento pose des bases solides, interpellant le spectateur. Va suivre un passage gore et ultra violent. Et tout le film sera comme cela, une alternance de phases d’épouvante et de phases d’horreur. Mais bien loin de se laisser bercer par la facilité, le maestro va peaufiner ses décors, mettant en avant une décoration vive, allant du rouge au violet, et transcendant l’aspect inquiétant de cette vieille école ou encore de ce vieil immeuble. Le jeu des lumières est très travaillé, imposant là aussi une vision hallucinée, ayant parfois l’impression de se balader dans l’Enfer. Certaines scènes bien angoissantes relèvent du giallo, comme le fameux rasoir qui essaye de déverrouiller la porte, et on peut ressentir cette angoisse, grâce à une combinaison lucide entre lumière et mise en scène. Bien entendu, l’angoisse ne serait pas la même sans la musique lancinante de Goblin, avec des voix d’outre-tombe qui font frémir et surtout une utilisation intelligente, qui interpelle l’angoisse et sublime les décors macabres rappelant le sang et la fureur.

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C’est si dégueulasse que ça un Bloody Mary ?

Si les décors sont sublimes et renvoient à des décors dignes de Alice aux Pays des Merveilles, l’actrice principale est vraiment très bonne aussi. Jessica Harper incarne donc Suzy, jeune danseuse américaine qui vient dans l’école de Fribourg et qui va être plus ou moins contrainte de dormir dans l’établissement. Jouant à la perfection l’innocence, l’incrédulité, la peur, mais aussi la force, elle fait partie des actrices qui auront marqué le cinéma de l’horreur par une prestation sobre et impeccable. Pour l’accompagner dans ce film, il n’y a pas grand monde, car elle occupe toute la pellicule, mais il y a pas mal de seconds couteaux de qualité, comme la prof de danse, sorte de matrone stricte et insensible qui cache vraiment une double personnalité, ou encore la principale de l’école qui ne fait pas très honnête de prime abord. On pourra aussi citer l’ami de Suzy, qui joue vraiment bien et reste dans une sobriété exemplaire, ou encore, l’imposant homme de chambre, avec sa tête à faire pâlir Stallonne dans une ruelle éclairée. Bref, tout ce petit monde joue relativement bien et reste dans un esprit très énigmatique, assez dichotomique, ajoutant de l’intérêt pour le spectateur, qui chercher à savoir qui est qui.

Enfin, le film n’est pas avare en côté gore et malsain. C’est d’ailleurs un tournant pour Argento, qui, même s’il proposait quelques scènes macabres dans ces films précédents, devient vraiment un maître du sang en proposant quelques scènes sympathiques et bien marquantes. En tête de liste, le premier meurtre, qui va en enclencher un second. C’est violent, sadique, ça fait mal, et même si les effets demeurent très désuets, on ressent une douleur inextricable. D’ailleurs, le résultat final est assez choquant et on reverra ce genre d’effets dans d’autres films, comme le deuxième segment de Deux Yeux Maléfiques, avec le corps tranché en deux. Par la suite, les meurtres deviennent un tantinet moins percutants, mais il y a toujours une atmosphère qui pousse vers le glauque, comme ces vers blancs qui tombent du plafond, ou encore l’attaque du chien et de la chauve-souris. Si tout cela demeure mal fait aujourd’hui, les attaques restent surprenantes et violentes. D’autant plus que Argento excelle dans la démonstration de souffrance, comme il a pu le prouver dans Le Chat à 9 Queues et le meurtre de la jeune amie de Suzy, tombant dans les fils de fer et un modèle d’exécution et de douleur.

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On t’avait dit de mettre l’élastique à la cheville et pas à la gorge !

Au final, Suspiria est une immense réussite. Délaissant le giallo pour aller de plus en plus dans l’horreur, Argento propose une vision folle de la sorcellerie et propose un film à l’univers visuel riche, jouant avec les effets de lumière, mais aussi avec le spectateur, montrant à chaque fois des scènes plus ou moins déroutantes. Il compose ainsi un film terrifiant, touchant la grâce entre horreur et sublime. Bref, un très bon film d’horreur, et dont la musique devient omniprésente et angoissante, en sus des décors. A voir !

Note : 17/20

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