Body Count – Manslaughter

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Avis :

S’il y a bien deux genres qui semblent totalement antinomiques, ce sont le rap et le métal. D’un côté, on a une musique dite de banlieue, qui rappelle les gangsters et des personnes peu fréquentables et de l’autre, on a une musique plus technique mais très agressive et qui a la réputation d’une musique extrême de grands malades mentaux. Mais s’il y a bien une chose qui rapproche ces deux sons, c’est la sensation d’appartenir à deux genres extrêmes et de réunir un groupe de personnes qui semblent appartenir à des marginaux. D’ailleurs le mix des deux genres connait un avènement durant les années 90/2000 avec le nu métal, un genre qui favorise des paroles rappées avec un métal puissant à l’arrière. On peut citer des groupes devenus cultes maintenant comme Limp Bizkit (souvent décrié) ou encore Korn (qui a su se renouveler depuis). Mais bien avant le succès de ce genre, en 1990, le rappeur, acteur, producteur Ice-T, alors fan aussi de Jimi Hendrix, forme Body Count, un vrai mélange de rap hardcore et de métal hardcore. Le groupe sort un premier skeud en 1992, Cop Killer, mais il va être retiré des ventes suite à des paroles jugées trop violentes sur le racisme dans la police (terriblement d’actualité en ce moment, comme quoi le phénomène n’est pas nouveau). Mais le groupe change la pièce et l’album sort avec un autre titre, Body Count. Jusqu’en 2006, le groupe va sortir des albums qui auront un grand succès, notamment dans les thèmes abordés comme le racisme, mais le line-up change constamment, suite à pas moins de trois décès. Le groupe est alors revenu en 2014 avec Manslaughter, skeud qui nous intéresse maintenant et qui est un excellent cru !

Histoire de bien commencer les choses, le skeud démarra avec Talk Shit, Get Shot. Il s’agit d’un morceau fort, puissant et qui montre que le rap peut facilement se concilier avec le métal. Les riffs sont agressifs, les paroles suivent un flow parfait et le tout forme quelque chose de cohérent. Au niveau de la technique, on peut dire que Ice-T s’est entouré de grands musiciens, à l’image de Pray for Death, le deuxième morceau. Ici, on sera plus dans le gros métal hardcore, confinant certains solos à des morceaux de Slayer ou encore de Pantera. De jolis noms qui manquent cruellement à la musique métal aujourd’hui. Mais là où Body Count réussi son coup, c’est que les paroles suivent parfaitement le rythme des grattes, donnant une espèce osmose ultra agréable à l’oreille et très puissant. D’ailleurs, le refrain sera rapidement mémorisé et on pourra chanter à tue-tête « Pray, Pray for Death, Pray ». Et quasiment tout l’album sera du même acabit, avec des morceaux d’une grande variété et d’une grande puissance. Back to Rehab est un excellent hit en puissance avec un refrain ultra dynamique et qui va à une vitesse folle, notamment au niveau de la cohérence entre la batterie et la guitare. La face hardcore explosera dans le morceau Pop Bubble, critique acide de la musique commerciale et de la radio avec un certain Jamey Jasta, frontman de Hatebreed, éminent groupe de hardcore métal. Le titre surpuissant ne laissera aucun répit l’auditeur. On peut aussi parler de la vitesse d’exécution de Bitch in the Pit, un titre ultra dynamique, au refrain accrocheur et d’une drôlerie sans faille.

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Bien entendu, le skeud ne sera pas sans faille, à commencer par 99 Problems BC, qui et plus rap avec une instrumentalisation moindre que dans les autres titres. Sans être fondamentalement mauvais, il reste anecdotique et plutôt long avec des paroles putassières qui ne servent pas à grand-chose. On pourra aussi critiquer Institutionalized 2014 qui est tellement rapide qu’il en oublie l’harmonie malgré des paroles très cyniques sur les points de vue de la société actuelles sur les gens qui jouent au jeu vidéo, qui veulent voir leurs mails ou encore qui mangent un sandwich avec de la viande. Mais le groupe rebondit bien avec des morceaux plus construits que d’autres, à l’image de Enter the Dark Side, un titre plus calme, mais plus sombre et plus lourd qui possède une vraie intro qui pose d’emblée une atmosphère pesante. On ressentira, mais de façon amoindrie, avec Get a Job, qui prône le fait de chercher par tous les moyens un vrai travail pour gagner sa vie. Enfin, les deux derniers morceaux sont moins marquants, mais ils sont plus construits, moins foufous et montrent que le groupe peut aussi produire des titres plus importants et plus techniques.

Au final, Manslaughter, le dernier effort de Body Count, que l’on attendait depuis huit ans, est un excellent album. Puissant, violent, technique, intelligent, le groupe fait écho à ce vieux métal hardcore que l’on entend plus maintenant, la faute à un genre qui se perd face à la démarche commercial de l’industrie du disque. Un album qui montre aussi que rap et métal peuvent s’accoupler sans donner quelque chose de stérile, surtout quand c’est bien fait.

  1. Talk Shit, Get Shot
  2. Pray for Death
  3. 99 Problems BC
  4. Back to Rehab
  5. Manslaughter
  6. Get a Job
  7. Institutionalized 2014
  8. Pop Bubble
  9. Enter the Dark Side
  10. Bitch in the Pit
  11. Black Voodoo Sex
  12. Wanna Be a Gangsta
  13. I Will Always Love you
  14. 99 Problems BC (Rock Mix)

Note : 17/20

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Par AqME

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